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N° 274 I septembre-octobre 2013 L’enquête | 25 w À voir sur le journal en ligne : le film Métatron, une nature q Bien souvent, les débats sur l’évolution climatique se focalisent principalement sur la température de la Terre ou la hausse du niveau des mers. Mais de nombreux effets sont déjà très visibles, en particulier sur la faune et la flore. « Comme pour les écosystèmes continentaux, l’évolution climatique est un facteur qui s’ajoute à d’autres perturbations des milieux marins, telles la pollution ou la fragmentation des habitats, et l’arrivée d’espèces exotiques, résume Jean-Pierre Féral, de l’Institut méditerranéen de biodiversité et d’écologie marine et continentale1 de la station maritime d’Endoume, à Marseille. On en observe nettement les conséquences. La température de la Méditerranée a grimpé de 1 °C en seulement trente ans. C’est considérable ! » Des centaines d’espèces de poissons, d’algues et d’invertébrés venues de la mer Rouge depuis le percement du canal de Suez, ou qui étaient à l’origine localisées au large du Maghreb, atteignent Pour distinguer l’effet du climat de celui des autres perturbations dans les observations de la vie marine, les chercheurs étudient de manière comparée des zones touchées et des aires marines protégées de la pollution, comme la réserve corse de Scandola. « L’impact du réchauffement sur la vie marine est rarement pris en compte dans les rapports comme celui du Giec, regrette Jean-Pierre Féral. Mais les choses évoluent, car la raréfaction des ressources marines, en particulier halieutiques, et son impact sur nos besoins alimentaires commencent à inquiéter. » 1. Unité CNRS/Aix-Marseille Université/IRD/ Université d’Avignon. contact : Jean-Pierre Féral > jean-pierre.feral@imbe.fr le Bassin nord-occidental de la Méditerranée, profitant de températures plus clémentes. « Le mérou se reproduisait sur les côtes d’Afrique du Nord. Désormais, il se reproduit aussi sur nos côtes », remarque Jean-Pierre Féral. Le réchauffement et les canicules qu’il provoque ont parfois des conséquences dramatiques. « En 1999, 2003, 2006 et 2009, la mortalité a été catastrophique pour certaines espèces d’éponges, d’algues et d’invertébrés, poursuit le chercheur. Pendant plus d’un mois, les eaux chaudes de surface sont venues remplacer l’eau à 12-13 °C des profondeurs, touchant des espèces qui ne peuvent se déplacer. » en cage. des effets déjà bien visibles 12 Ce chardon Berardia subacaulis, dans les Hautes Alpes, devrait voir son aire de répartition diminuer fortement du fait des changements climatiques. 13 Ce poisson Thalassoma pavo a migré vers les côtes nord de la Méditerranée. 14 La mortalité de masse des gorgones rouges pourrait s’accentuer avec le réchauffement de la Méditerranée. © IPSL/CEA 13 14 12 © S. BE C/CNRS Phototh èqu e © S. Ruitt on/AMU © F. Zu berer/CNRS


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