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w 26 | L’enquête cnrs I EL JOUALNR Changement climatique : évidences et incertitudes Le climat de la Terre change, c’est une certitude. Celui d’aujourd’hui n’est pas celui d’hier – voyez les longues périodes glaciaires – et ne sera évidemment pas celui de demain. Machine complexe et dynamique en constante évolution, il subit en effet de très nombreuses influences : la course de la planète autour du Soleil, l’activité de notre étoile, les mouvements de l’atmosphère, le cycle de l’eau… La liste est longue et, par conséquent, les prédictions sur son avenir particulièrement difficiles tant le nombre de paramètres à prendre en compte apparaît vertigineux. Malgré tout, les scientifiques sont sûrs d’une chose : les activités humaines perturbent la belle mécanique climatique. Rappel des faits. une part d’impr évisible Dans l’atmosphère, il existe des gaz dits à effet de serre, la vapeur d’eau et le dioxyde de carbone au premier chef, qui empêchent l’énergie de la Terre de s’échapper dans l’espace et maintiennent ainsi une température clémente à sa surface. Sans eux, il ferait en moyenne – 18 °C sur notre Terre, contre 15 °C aujourd’hui. Or, comme le résume Jean- Louis Dufresne, du Laboratoire de météorologie dynamique1- IPSL « si les teneurs en vapeur d’eau et en dioxyde de carbone se modifient, l’effet de serre change, et c’est tout l’équilibre énergétique de la planète, donc son climat, qui se modifient. Nier ce fait est un non-sens scientifique ». Justement, la quantité de dioxyde de carbone dans l’atmosphère a fortement augmenté au cours du siècle dernier, ce qui coïncide avec l’avènement de notre société industrielle basée sur les énergies fossiles. Quant à la vapeur d’eau, si les activités humaines ne la perturbent quasiment pas directement à grande échelle, elle dépend fortement du climat tout en agissant sur lui, par un jeu subtil d’actions et de rétroactions. Pour autant, les scientifiques sont loin d’avoir tout saisi du changement climatique. Quelle ampleur aura-t-il ? Quelles en seront les conséquences ? Sur ces questions, l’incertitude est encore de mise. Et pas seulement dans les modèles numériques qui simulent les climats passés ou futurs ou dans les marges d’erreur dans l’interprétation des traces des climats passés. « C’est surtout que la nature n’a tout simplement pas décidé ce qu’elle allait faire, souligne Hervé Le Treut, directeur de l’IPSL. Il y a une part imprévisible dans le climat que la science ne pourra jamais appréhender. » Sans même les perturbations d’origine humaine, le climat fluctue, à toutes les échelles, et ce de manière aléatoire. « C’est un système chaotique, précise Jean-Louis Dufresne. Or, à l’échelle d’une dizaine d’années, les perturbations anthropiques ou naturelles sont inséparables de l’évolution purement aléatoire. On ne peut pas les distinguer. » L’exemple des températures est flagrant. Sur une échelle d’une centaine d’années, l’augmentation est facilement observable (+ 0,9 à 0,2 °C près depuis 1900). Les activités humaines et l’augmentation de l’effet de serre qui en découle expliquent bien cette hausse. Sur dix ou vingt ans, c’est une autre histoire. Les analyses les plus récentes montrent un ralentissement de la montée des températures. Or, à cette échelle de temps, le caractère chaotique du climat rend difficile toute interprétation. « Ce genre d’observations ne remet pas en cause la réalité du réchauffement global, assure Jean-Louis Dufresne. Mais, plus on veut observer les choses précisément, plus on est limité dans le temps et dans l’espace du fait de la rareté des observations disponibles, et plus la variabilité naturelle du climat prend de l’importance. » Et il n’existe à ce jour aucun moyen direct pour résoudre ce problème. des questi ons en suspe ns L’analyse des grandes évolutions du climat passé peut évidemment fournir de précieux renseignements sur cette variabilité, mais les méthodes d’étude sont indirectes et possèdent elles aussi leur lot d’incertitudes. « Prenez l’exemple du Soleil, indique Jean-Louis Dufresne. Nous savons que son activité influence le climat de la Terre et que cette activité se traduit par le nombre de taches sombres à sa surface. Mais comment 15 L’archipel des Maldives pourrait disparaître sous la montée des eaux océaniques. © R. Kraus e/RE UTER S


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