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N° 274 I septembre-octobre 2013 Stratégie | 31 w j’ai pensé qu’il était temps de remettre en avant le coeur de notre activité et de reparler de la science vue des chercheurs, si j’ose dire. Les Fondamentales rassembleront plus d’une centaine de scientifiques de renom autour de la question : « Que reste-t-il à découvrir ? » Nous voulons mettre la lumière sur les questionnements, les découvertes, les avancées des connaissances, les nouvelles frontières abordées par les chercheurs, bref tout ce qui fait le prix de la recherche scientifique. Ces rencontres qui se tiendront pour leur première édition à Paris, à la Sorbonne, ont vocation à devenir un grand rendez-vous entre les Français et les scientifiques. Notre souhait est de revenir à nos fondamentaux, non pas pour ne parler que de recherche fondamentale, mais parce que la science, la recherche et l’accroissement des connaissances au profit de notre développement social, socioéconomique et culturel, c’est ce que le CNRS fait de mieux. D’ailleurs, les résultats scientifiques continuent d’être excellents. Nos chercheurs sont couronnés de prix prestigieux, et le CNRS figure en bonne place dans les classements mondiaux. Comment interprétez-vous ces bons résultats ? A. F. : La France est historiquement un pays de science, de culture et de technologie. Cette tradition et ces racines comptent beaucoup dans la présence et la compétitivité de notre recherche sur le plan international aujourd’hui. Pendant des siècles, notre pays a maintenu cette tradition d’accroissement des connaissances, de recherche, d’humanisme et d’universalisme. Au xxe siècle, l’organisation de la recherche s’est structurée, ce qui a contribué, après la Seconde Guerre mondiale, à la reconstruction du pays et au développement d’une recherche fondamentale et appliquée de grande qualité. Si on ajoute à cela un tissu universitaire bien réparti sur l’ensemble du pays et un système de grandes écoles qui a fait ses preuves dans la formation d’ingénieurs et de cadres, la France est un pays dont les racines scientifiques et technologiques sont à la fois anciennes et solides. Les bons résultats que nous avons aujourd’hui sont le fruit de cette accumulation, de cet effort continu sur le temps long. Même si nous traversons aujourd’hui une crise économique, le fait que la France soit capable de maintenir les efforts d’investissement dans la recherche signifie qu’elle continuera à être un grand pays scientifique. C’est enraciné dans notre culture. Tout de même, la France ne risque-t-elle pas d’être distancée dans la course à l’innovation, notamment par certains pays émergents qui déploient des moyens très importants ? A. F. : Effectivement, on constate dans beaucoup de pays un investissement massif dans la science et la technologie. Mais il s’agit, dans la plupart des cas, d’un rattrapage et d’une volonté d’asseoir le développement socio-économique sur la connaissance, comme c’est le cas dans les pays scientifiquement développés de longue date. Par ailleurs, les innovations ne vont pas forcément de pair avec la science : un grand nombre d’entre elles ne sont pas liées à des travaux de recherche. Si la France n’apparaît pas au meilleur niveau possible en termes d’innovation, la faute n’en incombe pas uniquement à la recherche académique. Cette faiblesse tient aussi à d’autres causes, profondes, comme la faiblesse de la culture de la prise de risques, la rigidité du système scolaire, la taille insuffisante des PME ou encore la mauvaise organisation des structures de financement pour l’innovation. Pour autant, la recherche publique ne doit pas s’exonérer des efforts pour mieux valoriser et transférer les connaissances lorsque celles-ci ont des perspectives d’application. La ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche a énoncé quinze mesures pour nous y aider. Nous y travaillons. Le transfert et la valorisation sont des processus très complexes qui dépendent aujourd’hui beaucoup de notre capacité à créer avec tous nos partenaires des écosystèmes au sein desquels on trouvera la meilleure recherche, les meilleurs étudiants et un système de valorisation adéquat. Des écosystèmes de ce type, il en existe déjà en France. Il faut les multiplier pour permettre à notre pays de tirer profit de son extraordinaire potentiel. « La France est un pays dont les racines scientifiques et technologiques sont à la fois anciennes et solides. » Autre aspect de cette compétition, le recrutement des jeunes chercheurs les plus prometteurs. Le CNRS reste-t-il attractif ? A. F. : Nous avons besoin de jeunes chercheurs, français et étrangers, pour rester une grande nation scientifique. Or la France continue de recruter, ce qui est en soi une façon de nous maintenir dans la compétition. Et, pour assurer ce recrutement de jeunes scientifiques, nous devons nous mobiliser pour attirer des cerveaux brillants vers des carrières scientifiques, considérées comme difficiles et peu rémunératrices. Cette faible attractivité n’est pas une spécificité française : tous les pays rencontrent peu ou prou les mêmes difficultés. Un autre point important est celui de la circulation des cerveaux : des scientifiques étrangers doivent venir travailler en France et, inversement, nos jeunes talents doivent pouvoir aller se frotter à différentes méthodes et pratiques de la recherche. Une bonne recherche, où qu’elle soit pratiquée, est profitable pour la science dans son ensemble. La science est aujourd’hui extrêmement mondialisée, et il serait donc dangereux de ne compter que sur notre vivier de scientifiques. Nous participons activement à la dynamique de coopération compétitive à l’échelle internationale, et c’est très bien ainsi. Dans ce contexte, le CNRS reste très attractif. Dans nos laboratoires, de nombreux jeunes chercheurs post-doctoraux français et étrangers postulent aux emplois que nous proposons. Si la science française reste au meilleur niveau de la compétition internationale, c’est aussi grâce à eux. 1. Aviesan, Ancre, Allistene, Allenvi, Athéna.


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