Le CNRS distingue les premiers lauréats de la médaille de la médiation scientifique

Institutionnel

La médaille de la médiation scientifique du CNRS récompense des femmes et hommes, scientifiques ou personnels d'appui à la recherche, pour leur action, ponctuelle ou pérenne, personnelle ou collective, mettant en valeur la science au sein de la société. Soutenue par le Ministère de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Innovation, cette première médaille de la médiation scientifique distingue Jean-Michel Courty, Audrey Dussutour, le collectif ClimaTicTac et le festival international de documentaires Jean Rouch. Pour cette première médaille, le CNRS a choisi d’octroyer une médaille particulière à l'animateur scientifique Mathieu Vidard pour son engagement à parler des sciences sur des médias de grande écoute. Ces médailles leur seront remises le 29 septembre 2021 à l’issue du Forum des Nouvelles initiatives en médiation scientifique à Paris.

Outil de diffusion de la culture scientifique, la médiation scientifique nécessite du temps et repose sur une volonté individuelle ou collective de s’impliquer auprès des citoyennes et citoyens. La transmission des connaissances est une des missions du CNRS ; il était donc naturel de reconnaître et valoriser celles et ceux qui s’engagent dans cette démarche. « Parler de science à un large public et expliquer la démarche scientifique sont des actions essentielles pour lutter contre les fake-news et toutes les formes d’obscurantismes » indique Antoine Petit, P.-DG du CNRS. « Je félicite chaleureusement les premiers lauréates et lauréats de cette nouvelle médaille. Elles et ils sont les visages d’une science ouverte et intègre que le CNRS, avec ses partenaires, construit au quotidien … »   

Audrey Dussutour, éthologiste et dompteuse de blob

Audrey Dussutour a toujours été fascinée par les sciences : la physique, l’astrophysique, la biologie mais surtout l’étude du comportement animal, l’éthologie. Pour elle, voilà l’opportunité d’étudier les animaux sans trop les perturber. Durant ses études à Toulouse, elle découvre l’intelligence collective dont sont capables les insectes sociaux - fourmis, abeilles ou chenilles processionnaires. Elle entre au CNRS en 2009 au Centre de recherches sur la cognition animale - CBI1 et y rencontre le « blob », ou Physarum polycephalum, un organisme unicellulaire aux capacités remarquables :  ni animal, ni végétal, ni champignon, sans cerveau, c’est un champion qui peut apprendre voire transmettre des informations en fusionnant avec ses congénères. Ses travaux scientifiques reconnus internationalement sont mis à profit pour des actions de médiation - plus de 200 au cours de sa carrière - qui portent sur le comportement des fourmis et du blob. En 2017, elle publie son premier ouvrage, « Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur le blob sans jamais oser le demander », une autobiographie croisée entre son quotidien de chercheuse et celui du blob. Entré au zoo de Vincennes en 2019, ce dernier a également rejoint Thomas Pesquet dans l’ISS en juillet 2021. Audrey Dussutour est parvenue, en articulation avec ses travaux de recherche fondamentale, à faire du blob un fascinant outil de vulgarisation.

 

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Audrey Dussutour © David VILLA / ScienceImage, CBI / CRCA / CNES / CNRS Photothèque

Jean-Michel Courty, physicien tout terrain

Tout au long de sa carrière, Jean-Michel Courty, professeur à Sorbonne Université depuis 2003, s’est attaché à explorer les multiples facettes du métier d’enseignant-chercheur : produire de nouvelles connaissances, transmettre le savoir, participer à l’organisation des activités universitaires et diffuser largement les connaissances scientifiques. Normalien, il entre au CNRS en 1990 au laboratoire Kastler Brossel2 où l’essentiel de ses recherches porte sur l’optique quantique et l’étude des fluctuations quantiques de la lumière. Depuis janvier 2001, il tient avec Édouard Kierlik la chronique mensuelle "Idées de Physique" dans la revue Pour la Science ; les deux physiciens y décryptent les lois de la physique à travers des phénomènes simples en les incarnant par des objets du quotidien. Leurs objectifs : se poser comme « experts des questions sans experts », contribuer au renouveau de l’enseignement de la physique, sortir des sentiers battus pour la vulgarisation et diffuser une physique de proximité. De 2007 à 2021, il s'est investi dans la communication scientifique de l’Institut de physique (INP) du CNRS - et plus largement de l’établissement. Si Jean-Michel Courty agit dans un cadre professionnel et institutionnel, au sein de son université et du CNRS, il agit également dans un cadre personnel. Lors du premier confinement lié à la pandémie de Covid-19, il lance avec sa femme Cécile sa propre chaîne YouTube, Merci la physique. Ni mode d’emploi, ni leçon de physique, il y présente et explique des expériences reproductibles à la maison avec ce que l’on a sous la main. De fait, l’activité de médiation scientifique de Jean-Michel Courty s’inscrit dans la durée ; elle se poursuit, se cherche et se réinvente encore aujourd’hui pour demain et pour tous.

 

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Jean-Michel Courty © Pierre Kitmacher/ Sorbonne université

ClimaTicTac, un jeu de stratégie éducatif, coopératif et écoresponsable

Inspiré par l’Accord de Paris sur le climat, le jeu ClimaTicTac a été imaginé par un collectif d’une quinzaine de scientifiques, de doctorants et de médiateurs scientifiques de l’Institut Pierre-Simon Laplace (IPSL)3, et de l’Association Science Technologie Société (ASTS). À l’initiative de deux climatologues du CEA, au Laboratoire des sciences du climat et de l’environnement4, Valérie Masson-Delmotte et Gilles Ramstein, le collectif s’est attaché à développer un outil de médiation ludique et non anxiogène sur le changement climatique, sa cause, ses manifestations, ses impacts, les efforts d’adaptation et d’atténuation nécessaires. Jeu de plateau coopératif, ClimaTicTac permet de faire prendre conscience du caractère global et collectif du problème et de sa gestion à court et long termes. Les aléas et les leviers d’actions sont donnés aléatoirement par des cartes et des défis ludiques affectant l’efficacité des actions. Les joueurs sont ainsi appelés à se concerter pour optimiser leurs actions et leurs chances de gagner la partie ; sans coopération pour maîtriser les rejets de gaz à effet de serre, ils sont collectivement perdants et découvrent les conséquences en cascade des risques climatiques. Diffusé dans un premier temps au sein d’établissements scolaires franciliens, ClimaTicTac a pu également être mis en avant à de nombreuses occasions comme la Fête de la Science ou le Forum Météo-Climat. Le collectif s’attache désormais à le déployer sur l’ensemble du pays et pour tous avec l’éditeur de jeux Bioviva, qui commercialisera Climat Tic-Tac à la rentrée 2021 - à partir de 10 ans et quel que soit le niveau de formation scientifique.

 

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Jeu Climatictac © Science&co / IPSL

Festival international Jean Rouch, anthropologie visuelle

Fondé en 1982 par l’ethnologue-cinéaste Jean Rouch (1917-2004), scientifique novateur et père de l’anthropologie visuelle, le Festival international Jean Rouch est le rendez-vous des cinéastes et des chercheurs en sciences humaines et sociales (SHS). Depuis près de 40 ans, le Festival fait ainsi découvrir ou redécouvrir au grand public des filmographies, des chercheurs-cinéastes, des courants et des tendances en SHS à travers les films documentaires d’aujourd’hui et du patrimoine ethnographique, issus notamment du fonds de CNRS Images. S’inscrivant dans l’héritage de son fondateur, l’objectif du Festival est de rendre compte de la diversité et de l’originalité des genres et des écritures cinématographiques, ainsi que de la richesse de la recherche en sciences humaines. Plus de 70 films documentaires y sont programmés en compétition internationale ou en séances thématiques ; huit prix sont aussi décernés aux documentaires retenus pour l’originalité de leur thématique scientifique et de leur démarche innovante. Le Festival se poursuit tout au long de l’année sur le territoire français et à l’étranger avec des projections « hors les murs » afin de partir à la rencontre de nouveaux publics. Il organise aussi tous les ans des rencontres professionnelles et des Master class dans le but de transmettre et partager les expériences et les pratiques cinématographiques de chercheurs ou de cinéastes à destination des scientifiques, des étudiants et du grand public.

 

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Prix spécial de la médiation scientifique pour Mathieu Vidard, passeur de science à l’antenne

Littéraire de formation, Mathieu Vidard est arrivé à la médiation scientifique par passion, avec un peu de culot mais surtout par hasard. À la rentrée 2006, France Inter fait le pari de consacrer une émission quotidienne à l’actualité de toutes les sciences et c’est à lui que revient la charge de l’animer. Au-delà du défi, c’est un véritable succès. Pendant 13 ans, La Tête au carré donnera chaque jour la parole aux chercheurs, écoutée par près de 800 000 auditeurs. Infatigable passeur de science, Mathieu Vidard multiplie les supports de médiation : à la radio, dans ses ouvrages et puis… à la télévision. À partir de 2010, il présente sur France 2 J’ai marché sur la Terre, série documentaire qu’il a créée avec Aline Richard, directrice du magazine La Recherche. Là, il part à la rencontre de scientifiques à travers le monde. En 2017, c’est la Science grand format sur France 5. Sous forme d'enquêtes scientifiques, il décrypte grâce aux chercheurs les dernières grandes découvertes. En 2019, Mathieu Vidard passe de la Tête à la Terre. Son émission quotidienne prend un virage écologique. Toujours avec éclectisme et pédagogie, La Terre au carré se consacre désormais au climat et à l’écologie, loin de discours parfois perçus comme moralisateurs par le grand public. À la rentrée 2020, il lance avec Lucie Sarfaty et Romain Weber un tout nouveau podcast à destination du jeune public, Olma, une machine imaginaire qui se nourrit de toutes les connaissances du monde. Mathieu Vidard a réussi à faire de ses émissions un carrefour où les idées circulent. Et sont entendues.

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Mathieu Vidard © Nathalie Guyon / FTV

 

 

 

 

 

 

 

 

 

  • 1. CNRS/Université Toulouse III Paul Sabatier. Le CRCA fait partie du Centre de biologie intégrative (CNRS/Université Toulouse III – Paul Sabatier).
  • 2. CNRS/Sorbonne Université/ENS-PSL/Collège de France
  • 3. IPSL : Fédération de 8 laboratoires de recherche franciliens (CNRS/École Polytechnique/Université Versailles Saint-Quentin/CEA/Sorbonne Université/IRD/École des ponts ParisTech/Université Paris Saclay)
  • 4. CNRS/CEA/Université Versailles Saint-Quentin-en-Yvelines. Le LSCE fait partie de l’IPSL.

Contact

Alexiane Agullo
CNRS press officer