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Comment les drogues détournent le fonctionnement de notre mémoire…

 

En activant le circuit de la récompense, les drogues détournent durablement et à leur propre avantage le fonctionnement de la mémoire associative et ce, au détriment du bon fonctionnement de la mémoire spatiale. C'est ce que vient de mettre en évidence une équipe de l'Institut de neurosciences cognitives et intégratives d'Aquitaine (INCIA, CNRS/Universités Bordeaux 1 et 2). Cette étude, publiée dans Journal of Neuroscience, apporte de nouveaux éléments utiles à la compréhension des mécanismes de l'addiction.

Le rôle du système dopaminergique dans les phénomènes de récompense, les émotions positives et les comportements addictifs est largement établi. La dopamine est cependant impliquée dans de nombreux autres processus, tels que la motricité ou certaines formes de mémoire.

Les chercheurs de l'INCIA ont comparé l'impact à long terme de récompenses naturelles (nourriture) et pharmacologiques (drogues) sur différentes formes de mémoire grâce à un test mettant des souris dans une situation de choix entre les deux bras d'un labyrinthe en Y, dont l'un était associé à une récompense (drogue ou nourriture). Ce test a été réalisé selon deux modalités d'apprentissage : dans un cas, la récompense était signalée par un indice alors que dans l'autre, les animaux devaient se souvenir de sa localisation spatiale à partir de points de départs différents à chaque essai.

Les résultats de cette expérience montrent que la stimulation pharmacologique du système de récompense (dopaminergique) par une drogue comme la morphine bloque la mémoire spatiale de type « déclaratif », qui implique l'hippocampe et le cortex préfrontal et repose sur des représentations spatiales chez l'animal et conscientes chez l'Homme. A l'inverse, cette stimulation favorise les apprentissages de type « conditionnement », qui impliquent des régions striatales telles que le noyau accumbens et le striatum dorsal. Contrairement à la morphine, l'utilisation de nourriture comme récompense lors d'un apprentissage autorise un usage flexible des deux formes de mémoire.

Ces résultats suggèrent que ces deux types de mémoires sont en compétition et que la suractivation de l'une d'entre elles (type associatif) empêche l'utilisation de l'autre (type spatial). De manière étonnante mais parfaitement logique, il est possible de récupérer une fonction hippocampique normale en bloquant, au niveau du striatum, l'expression de protéines (CREB, Fos) impliquées dans la plasticité synaptique et la consolidation mnésique.

Ces travaux montrent donc que l'activation du système de récompense par certaines drogues, ici les opiacés, détourne à leur profit le fonctionnement de la mémoire, en suractivant de façon persistante, c'est-à-dire longtemps après leurs effets pharmacologiques aigus, les réseaux neuronaux responsables d'apprentissages associatifs simples. Elles induisent ainsi une perte de flexibilité cognitive, autrement dit de la possibilité de s'adapter rapidement à une nouvelle situation. Cette perte de flexibilité pourrait jouer un rôle très important dans l'installation des comportements addictifs.



 

Figure : Contrairement à l'utilisation de nourriture (chips) comme récompense, qui autorise une certaine flexibilité cognitive, l'injection intracérébrale de drogue (morphine) dans l'aire tegmentale centrale (ATV) stimule durablement la mémoire associative (striatum) au détriment de la mémoire spatiale (hippocampe). © INCIA, Vincent David


 

 

 

En savoir plus

  • Disrupting effect of drug-induced reward on spatial but not cue-guided learning: implication of the striatal PKA/CREB pathway, Mathieu Baudonnat, Jean-Louis Guillou, Marianne Husson, Matthias Vandesquille, Marc Corio, Laurence Decorte, Angélique Faugère, Yves Porte, Nicole Mons, Vincent David, Journal of Neuroscience, 31(46):16517-16528, doi:10.1523/JNEUROSCI.1787-11.2011.

 

Contact chercheur

  • Vincent David
    Institut de neurosciences cognitives et intégratives d'Aquitaine (INCIA)
    UMR5287 CNRS/Universités Bordeaux 1 et 2
    Université Victor Segalen Bordeaux 2 - Bâtiment 2A
    146 Rue Léo Saignat - BP 22
    33076 Bordeaux Cedex

 

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