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Start-up

Des entrepreneurs en résidence accompagnent les projets de start-up du CNRS

Pour mieux accompagner les scientifiques qui préparent le lancement d'une start-up et accélérer la structuration de leur projet, le programme Rise du CNRS met à leur disposition un entrepreneur pour les aider à travailler leur positionnement sur le marché, et à mettre au point le modèle de développement de la future entreprise. Deux "entrepreneurs en résidence" témoignent de leur expérience.

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Le programme Rise du CNRS, piloté par CNRS Innovation, a pour objectif d’accompagner les projets de start-ups deeptech issus de technologies développées au sein des plus de 1 000 laboratoires du CNRS et de ses partenaires. Afin d'accélérer cette maturation, CNRS Innovation propose aux scientifiques à l'origine du projet d'être accompagnés par un entrepreneur en résidence pour aider à structurer le projet de start-up et plus particulièrement les aspects business et opérationnels. Agissant comme un réel CEO, ou son bras droit, il aide notamment l’équipe à identifier les marchés prioritaires de leur technologie, à construire les couples produit-marché, et à établir avec eux leurs besoins de financement.

Jean-Baptiste Genaud et Luigi Formicola ont récemment rejoint CNRS Innovation pour jouer ce rôle d'entrepreneur en résidence auprès de futures start-up du CNRS.

 

Quel est votre parcours, et pourquoi avez-vous choisi de vous investir en tant qu'entrepreneur en résidence ?

Luigi Formicola : Après un parcours de chercheur en biologie cellulaire et moléculaire, j’ai rejoint une start-up biotech dans laquelle, durant six ans, en lien avec les fondateurs de l'entreprise, mon travail s'est partagé entre le développement commercial et la gestion des projets. C'est à l'issue de cette expérience, au cours de laquelle j'ai appris à accompagner le développement de technologies issues de laboratoires académiques, que j'ai rejoint CNRS Innovation comme entrepreneur en résidence, pour accompagner sur le volet business des start-up dans le domaine des sciences de la vie.

 

Jean-Baptiste Genaud : Ingénieur R&D dans une entreprise de lasers, je me suis demandé comment transférer une innovation technologique du laboratoire de recherche vers le monde socio-économique. J'ai alors complété ma formation par un master en entrepreneuriat et innovation pour comprendre comment une innovation pouvait répondre à un enjeu sociétal et devenir un produit correspondant à la demande d’un marché. Ensuite, j'ai occupé plusieurs fonctions en lien avec la recherche et l'innovation, notamment dans l'organisation du concours i-Lab, avant de rejoindre CNRS Innovation pour accompagner le développement des start-up dans le secteur des sciences de l’ingénieur.

Comment s'organise le travail avec l'équipe à l'origine de la future start-up?

L. F.: En général, cela commence par une phase de diagnostic et d'étude du projet de start-up, de manière à en avoir une vision globale, sur le plan scientifique comme sur les aspects business (marchés, concurrence, propriété industrielle). Mon objectif est d’identifier les points clés qu'il faudra travailler avec l'équipe du projet. L'idée est de challenger le modèle de développement que l'équipe a déjà en tête, de les amener à se poser des questions qui éventuellement conduiront à le modifier ou le transformer. Cette prise de contact est aussi importante pour faire connaissance avec les membres de l'équipe et évaluer les motivations de chacun.

J.-B. G.: En arrivant chez CNRS Innovation, j'ai assisté à la réunion de lancement des projets qui rassemble les porteurs scientifiques et les start-up managers du programme Rise et qui définit les feuilles de route d’accompagnement pour l'année à venir. J'ai ainsi pu identifier les thèmes sur lesquels il fallait particulièrement m'impliquer avec les équipes des projets que j'allais suivre. Le plus important concerne la démarche marketing : quel produit pour quel marché ? Comment identifier le segment client ? Quelle stratégie produit ? Quid de la concurrence ? Plusieurs actions sont mises en place pour répondre à ces questions : elles vont de l’étude de marché, jusqu’aux interviews d’acteurs, en passant par un diagnostic sur la propriété industrielle qui permet de faire une analyse de l'état de la concurrence et des partenaires possibles.

Pouvez-vous donner un exemple de votre rôle dans un projet que vous accompagnez ?

L. F.: Je suis l'entrepreneur en résidence dédié à la start-up en création ExAdEx-Health1, qui développe des modèles de tissus humains. Au départ, les porteurs du projet avaient surtout en tête de s'adresser aux laboratoires pharmaceutiques et aux industriels des cosmétiques, qui en ont besoin pour leur R&D. J'étudie avec eux le potentiel de leur technologie dans le domaine médical et thérapeutique, car les possibilités y sont également variées et très importantes. Cela peut conduire à réévaluer le modèle d'affaires, et nous sommes en train de définir les priorités de développement.

J.-B. G.: De mon côté, je travaille sur un projet baptisé Hopcast2 - une technologie numérique qui permet d'échanger directement des données entre terminaux voisins sans passer par les réseaux télécom. Les porteurs du projet avaient une vision à long terme du potentiel énorme de la technologie. Mais pour démarrer la start-up et convaincre des acteurs du secteur de s'y intéresser, il fallait se focaliser d'abord sur des utilisations à plus court terme, qui répondent à une demande clairement identifiée. C'est ce que nous avons fait, en commençant par développer une application de transfert de données qui facilite l'accès des étudiants en télétravail aux contenus pédagogiques, en visant le marché africain, car le wifi est peu développé en Afrique, et le transfert de données par réseau mobile y est très cher. Sur cette base, nous travaillons maintenant sur la stratégie de financement, et sur les canaux d'accès aux marchés prioritaires ressortis des nombreuses interviews d’acteurs menés avec les fondateurs dans le cadre de Rise.

Quelle suite envisagez-vous à cette mission ?

L. F.: À l'issue d'une mission de six mois en tant qu'entrepreneur en résidence, il est envisagé que nous ayons la possibilité d'intégrer complètement l'équipe d'un projet, en tant que dirigeant de la start-up, si celle-ci n'en est pas encore pourvue, ou en tant que membre opérationnel. Cette décision dépend bien sûr de l'intérêt personnel que l'on porte à un projet particulier, mais elle doit aussi se fonder sur la qualité des relations humaines et sur la coopération qui s'est développée au cours des mois avec les porteurs du projet de start-up.

J.-B. G.: Je confirme que l'aspect humain est primordial pour s'insérer complètement dans un projet de start-up, tout autant que la maturité du projet. Accompagner pendant six mois les équipes des start-up, tout en bénéficiant des réseaux de compétences que propose CNRS Innovation, est donc une occasion exceptionnelle de réussir au mieux son engagement effectif dans une start-up.

 

1 "Pour ExAdEx-Health, Luigi Formicola a effectué une étude de marché préliminaire dans le domaine clinique et a proposé des pistes pour définir la vision stratégique de notre future société. Il nous accompagne de manière très opérationnelle sur le pilotage du développement de la partie clinique de notre technologie pour une thérapie cellulaire dans le domaine de l'obésité. Luigi participe activement à nos réunions d'équipe et joue un rôle moteur dans la rédaction d'un dossier de labellisation deeptech auprès de BPI France. Enfin, il nous aide également à identifier des guichets de financements." indique Vincent Dani, chercheur de l’Institut de biologie Valrose (CNRS/Inserm/Université Côte d'Azur) et porteur d’ExAdEx-Health qui développe des modèles 3D de tissus adipeux humains à destination des industries pharmaceutiques et cosmétiques, et pour des applications thérapeutiques.

2 "Depuis environ six mois, Jean-Baptiste Genaud fait partie de l'équipe CNRS Innovation qui accompagne Hopcast dans le cadre du programme Rise. Il participe à toutes les réunions et nous a aidés à monter le dossier du concours i-Lab, pour lequel ses connaissances en finance et marketing ont été très utiles. Jean-Baptiste a également réalisé plusieurs études de marché, complétées par des entretiens avec des acteurs des marchés visés par Hopcast. Son aide est également très précieuse pour identifier les sources de financement de notre projet." indique Farid Benbadis, du laboratoire LIP6 (CNRS/Sorbonne Université) et porteur d’Hopcast qui établit des liens de communication directe entre terminaux numériques afin d'échanger des données sans passer par le réseau.