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Start-up

Des mentors pour accompagner les projets de start-up du programme Rise du CNRS

À l'écoute des porteurs de projets, les mentors du programme Rise sont des scientifiques qui, fort de leur expérience dans l'entrepreneuriat, les incitent à se poser les bonnes questions sur le positionnement de leur produit, les besoins réels du marché, les investissements à réaliser, etc. Deux mentors témoignent de leurs expériences.

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Le programme Rise du CNRS, piloté par CNRS Innovation, a pour objectif d’accompagner les projets de start-up deeptech issus de technologies développées au sein des plus de 1 000 laboratoires du CNRS et de ses partenaires. Afin d'accélérer cette maturation, CNRS Innovation propose aux scientifiques à l'origine du projet d'être accompagnés par un mentor, un scientifique qui a réussi sa reconversion vers l'entrepreneuriat et met son expérience à leur service.

Oréda Boussadia, dans le domaine des sciences de la vie, et Rémi Jolly, pour les sciences de la matière et l'ingénierie, ont accepté de jouer ce rôle de mentor auprès de futures start-up du CNRS. Ils livrent ici leur témoignage sur une expérience enrichissante pour tous.

 

Quel est votre parcours, et pourquoi avez-vous accepté de devenir l'un des mentors qui accompagnent les projets du programme RISE ?

Oréda Boussadia : J'ai toujours été passionnée par la recherche sur la santé humaine et les métiers du laboratoire. J'ai commencé comme technicienne de laboratoire en biologie médicale. Puis j'ai continué mes études en sciences de la vie, jusqu'à mon doctorat en génétique moléculaire de l’université Paris XI. J’ai ensuite poursuivi en recherche académique au Max Planck Institute à Freiburg en Allemagne. Dans les années 2000, je rejoins une start-up du secteur des biotechnologies. J'ai alors complété ma formation de scientifique par un MBA, afin de répondre à la question que je me posais : comment fait-on pour développer une entreprise ? Durant ces années, j'ai compris que la recherche académique et l'entreprise privée ont des enjeux très différents, mais qu'il existe pourtant de réelles similitudes. Dans les deux cas, il faut avoir une vision, faire des hypothèses, procéder par itérations, observer, se tromper et recommencer. Cela exige de la résilience, de la persévérance et de la ténacité. La suite de mon parcours s'est effectuée dans des grandes et petites sociétés internationales de biotechnologie (sociétés de recherche sous contrat, ou façonniers), notamment à des postes de direction des opérations, du marketing et des ventes. Quand j'ai vu que le CNRS cherchait des mentors pour accompagner des projets de start-up, j'ai été tout de suite séduite, car j'ai toujours aimé partager mon expérience, et j'ai pensé que le fait d’être scientifique me permettrait de mieux comprendre les besoins des porteurs de projet.

Rémi Jolly : Après une formation scientifique à Centrale Lyon (1983), puis un master en génie chimique, et un doctorat à l'Institut de recherches sur la catalyse et l'environnement de Lyon (CNRS/Université Claude Bernard), j'ai fait toute ma carrière dans l'industrie, dans des centres de recherche de la métallurgie, puis comme responsable d'usine. Par la suite, j'ai complété ma formation par un MBA en 1998, et ai rejoint un poste de Chef de marché (chez Lafarge Aluminates racheté en 2017 par Imerys). Récemment, j'ai créé une activité de conseil en innovation tournée vers l'industrie. Dans ce cadre, j'ai souhaité mieux appréhender l'écosystème des start-up, et c'est en prenant des contacts que j'ai eu connaissance de la proposition du CNRS concernant le mentorat des projets RISE. Une démarche en phase avec mon activité professionnelle, et qui me donnait l'occasion de partager ma longue expérience industrielle.

 

Comment s'est passé le premier contact avec les porteurs de projet ?

O.B. : Après avoir rencontré les responsables du programme RISE, une quinzaine de projets m'a été présentée. J'en ai retenu deux : D4Zin1, qui développe des vaccins de nouvelle génération, et ExAdEx-Health2, qui propose des modèles de tissus humains pour la recherche biomédicale publique ou privée. À la première rencontre avec les porteurs de projet et les équipes, mon principe est qu'il faut avant tout écouter. Je n'ai pas voulu me poser en ''sachante'' qui apporte ses solutions, mais me mettre à l'écoute active de leurs besoins, et les éclairer sur les questions qu'ils se posent.

R.J. : À l'issue des premiers échanges avec CNRS Innovation, deux projets m'ont été confiés. PureNat3, qui développe une solution pour dépolluer l'air intérieur, basée sur un fil à coudre à base d’oxyde de titane qui élimine les polluants, bactéries et virus avec lesquels il rentre en contact. Et Sense44, un projet de capteurs chimiques de type MOEMS (Micro Opto Electro Mechanical Systems) à base de polymères, pour la détection de composés liquides ou gazeux. Pendant les premiers échanges avec les porteurs de projet, j'écoute leur présentation, et je pose beaucoup de questions. Mon but est de bien comprendre la technologie et le degré de maturité du projet. Mais ces échanges ont surtout pour objectif de faire émerger les problèmes ou les questions sous-jacentes : pourquoi tel choix a-t-il été fait ? D'où vient la certitude qu'il s'agit de la bonne solution ? Quel est le plan d’action ? etc.

Comment voyez-vous votre rôle de mentor?

O.B. : Je me rends disponible deux heures par mois. Je peux leur apporter ce que trente ans d'expérience professionnelle m'ont appris, en particulier sur les fonctions marketing et commerciale dans un contexte global de développement d’entreprise. Le plus important est selon moi de les amener à se poser des questions précises sur les marchés qu'ils visent de manière à envisager les meilleures décisions. Mais je reste extérieure à l'entreprise, et c'est à moi de m’adapter, en fonction de la maturité du projet, et des échanges avec celle ou celui qui le porte : ce n'est pas mon rôle de participer directement à des décisions opérationnelles et stratégiques. En effet, le rôle du mentor peut varier selon le degré d'avancement du projet. Ainsi, D4Zin était proche de la création de la start-up, et les questions portaient surtout sur le positionnement stratégique de la future entreprise. Dans le cas d'ExAdEx-Health, les besoins concernaient tout le processus de maturation du projet de start-up, depuis la compréhension du marché jusqu'au positionnement que pourrait prendre la société.

R.J. : Le mentor est un regard extérieur. Et c'est là que son expérience peut être vraiment utile. Par exemple, PureNat envisage un investissement relativement important dans une machine. Je leur ai posé la question : pourquoi investir maintenant, alors que vous êtes encore en phase de mise au point, et que vous pouvez très bien faire des essais chez un de vos partenaires ? Savoir à quel moment il est opportun d'investir dans des équipements de production est une problématique d'industrialisation que je connais bien. J'avais le recul nécessaire, et j'ai pu leur en faire profiter. Je suis sûr que la question sera posée par les investisseurs qui verront le dossier. Sense4, de son côté, poursuivait le développement de sa technologie, mais sans se préoccuper suffisamment, à mon avis, de leurs clients potentiels. Je leur ai conseillé d'aller les voir, de confronter leur offre avec les besoins effectifs et concrets des utilisateurs. Avoir une bonne idée, c'est bien, mais c'est son exécution qui est le plus important. Et si on veut la vendre, il faut que cela corresponde à une demande du marché.

De votre côté, que vous apporte cette expérience de mentor ?

O.B. : C'est une occasion de s'ouvrir à de nouveaux domaines, de découvrir des solutions technologiques innovantes et encore peu connues. Mais c'est surtout l'opportunité de rencontrer de personnes motivées, incroyablement ambitieuses et animées par de beaux projets qui pourraient impacter le marché de l’industrie de la santé. Ces échanges sont précieux, ils m’enrichissent, me font grandir aussi. C’est passionnant.

R.J. : C'est une excellente opportunité de s'immerger dans l'écosystème des start-up, et de mieux comprendre l'intervention des différents acteurs dans le processus d'innovation et de développement des activités.

 

1 Le projet D4Zin est porté par Anavaj Sakuntabhai du laboratoire Génomique évolutive, modélisation et santé (CNRS/Institut Pasteur)

2 Le projet ExAdEx-Health, est porté par Vincent Dani, chercheur de l’Institut de biologie Valrose (CNRS/Inserm/Université Côte d'Azur)

3 Le projet PureNat est porté par Natacha Kinadjian Caplat, issue du Centre de recherche Paul Pascal (CNRS/Université de Bordeaux)

4 Le projet Sense4 est porté par Sébastien Guerrault, président, sur une technologie issue du laboratoire d'Intégration du matériau au système (CNRS/Université de Bordeaux/Bordeaux INP)