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Le cortex cingulaire antérieur, entre douleur et dépression

 

Lorsqu’elle devient chronique, une douleur peut conduire à la dépression. Une collaboration internationale menée par le Dr. Ipek Yalcin, de l’Institut des neurosciences cellulaires et intégratives, a permis de caractériser dans un modèle animal le développement de ces troubles ainsi que le rôle-clé joué par une région du cerveau, le cortex cingulaire antérieur. Les chercheurs montrent qu’une hyperactivité de cette région corticale est essentielle à l’apparition des troubles de l’humeur, dont l’évolution au cours du temps diffère de celle des aspects sensoriels de la douleur. Ces travaux ont été publiés  le 20 février 2018 dans The Journal of Neuroscience.

 

La douleur est une expérience personnelle complexe. Elle combine des aspects sensoriels, dits « nociceptifs », et des aspects émotionnels, aversifs mais aussi affectifs, qui souvent conduisent à des troubles de l’humeur, tels que l’anxiété ou la dépression, lorsque la chronicité s’installe. En clinique humaine, de tels troubles s’observent chez près de 50% des patients douloureux chroniques. Ce lien entre corps et esprit interpelle. Il s’agit de comprendre comment, par la douleur qu’elle crée, une atteinte à l’intégrité du corps peut conduire à une pathologie psychiatrique.

Longtemps, la recherche chez l'animal s'est centrée sur la composante sensorielle de la douleur et ce n’est que ces dernières années que les progrès scientifiques ont permis de prendre en compte et étudier les aspects aversifs et anxio-dépressifs. Grâce à un modèle murin, et en combinant des approches comportementales, électrophysiologiques et optogénétiques, associant l’optique à la génétique, les chercheurs montrent qu'une hyperactivité des neurones des aires 24a et 24b du cortex cingulaire antérieur joue un rôle essentiel dans les troubles de l’humeur consécutifs à une douleur chronique, ici liée à une atteinte du nerf sciatique. Ce rôle du cortex cingulaire antérieur apparait spécifique des aspects aversifs et affectifs de la douleur chronique car cette région du cerveau n’exerce pas d’influence majeure sur la composante sensorielle de la douleur, en particulier sur l'hypersensibilité au toucher qui accompagne cette douleur chronique.

Les chercheurs montrent ainsi que le passage d’un état normal à un état considéré comme pathologique peut être reproduit chez des modèles murins de douleur ou de dépression, et que, comme observé en clinique humaine, il s’agit d’un phénomène progressif où les différents symptômes se manifestent selon différents décours temporels.

Les résultats révèlent aussi une dichotomie dans la pathologie douloureuse, entre les aspects sensoriels et les aspects affectifs qui accompagnent la douleur chronique. Cette dichotomie est sans doute à prendre en compte pour le développement de nouveaux médicaments anti-douleur. En effet, la validation chez l’animal des cibles pharmacologiques pour de tels médicaments est en général faite sur la seule composante sensorielle de la douleur.

Ces travaux ouvrent également la voie à une exploration préclinique plus fine du rôle des sous-régions corticales dans les troubles de l’humeur. En effet, c’est l’hyperactivité des neurones plus précisément situés dans les aires 24a et 24b du cortex cingulaire antérieur qui conduit à des symptômes apparentés à la dépression chez la souris. L’équivalence de ces aires avec celles, plus développées, présentes chez l’humain, permet d’envisager une exploration préclinique pertinente des mécanismes moléculaires et cellulaires conduisant à l’hyperactivité de ces neurones et aux troubles psychiatriques qui en découlent.

 

Figure : A. Les animaux présentant un état de type dépressif ont une hyperactivité des neurones des aires 24a et 24b du cortex cingulaire antérieur. B. L’inhibition optogénétique de ces aires corticales corrige les comportements de type anxio-dépressif provoqués par une douleur neuropathique

© Ypek Yalcin

 

En savoir plus

Contact chercheur

 

  • Ipek Yalcin

    Institut des neurosciences cellulaires et intégratives

    CNRS, Université de Strasbourg

    5 rue Blaise Pascal

     67000 Strasbourg

    +(33) 3.88.45.66.28

 

Mise en ligne le 28 février 2018

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