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Quelques questions à Claire Voisin

21 septembre 2016

À l’occasion de la médaille d’or de Claire Voisin, l’Insmi a posé quelques questions à la mathématicienne.

Claire, peut-on te demander ce que tu as ressenti lorsque Alain Fuchs t’a téléphoné pour t’annoncer cette médaille ?

Claire : J’ai trouvé cette nouvelle sidérante. Pour moi, la médaille d’or était réservée à des sortes de demi-dieux. Je me suis sentie extrêmement honorée d’être choisie par le CNRS ; il y a tant d’excellents scientifiques, et une telle explosion de la connaissance et des publications ! J’ai aussi ressenti une certaine inquiétude, devant une telle récompense. Mais, bien sûr, c’est formidable pour moi.

Est-ce que tu peux nous dire ce que tu aimes dans les mathématiques ?

Claire : Tout, ou presque. C’est un univers infini, qui devient de plus en plus grandiose au fur et à mesure qu’on progresse : on comprend mieux la profondeur des grands théorèmes et de plus on a pas mal de questions en tête, beaucoup plus qu’on n’en peut résoudre. J’aime à la fois les grands théorèmes, les belles définitions, les grandes conjectures mais aussi tous les petits problèmes qui nous interpellent personnellement, qui parfois sont très difficiles car ils n’entrent dans aucun cadre théorique. Avec les mathématiques, on ne s’ennuie jamais. Il y a également une grande part de travail en solitaire, mais c’est un aspect du métier que j’aime.

As-tu un résultat préféré ?

Claire : C’est difficile de choisir. La géométrie algébrique complexe s’est constituée autour de résultats très profonds comme le principe ’’GAGA’’, difficiles et profonds comme le théorème de décomposition de Hodge ou la résolution des singularités, difficiles, beaux et profonds comme le théorème de plongement de Kodaira ou le théorème de Mori d’existence de courbes rationnelles. Dans les années plus récentes, Graber-Harris-Starr, ou Boucksom-Demailly-Paun-Peternell ont fait des choses superbes sur les courbes rationnelles dans les variétés algébriques. De plus la géométrie algébrique ne fonctionne pas seulement autour de théorèmes spécifiques mais aussi autour de théories, selon le mode de pensée de Grothendieck. Parfois c’est juste la bonne définition qui fait progresser les choses. J’ai beaucoup travaillé ces dernières années sur la notion de décomposition de la diagonale introduite par Bloch et Srinivas.

Que conseillerais-tu à un jeune homme ou une jeune fille qui veulent faire des maths ?

Claire : Je trouve que l’écueil actuel en mathématiques est la tendance à la spécialisation. Il faut avoir envie de toucher à tout, même si cela évoque plus un défaut qu’une qualité. Cela me serre le coeur de voir des jeunes se contenter d’apprendre ce qui concerne un microdomaine. Cela me paraît important de savoir regarder ailleurs et la dynamique qui se situe à l’intersection de plusieurs sous-domaines est à long terme celle qui fait le mieux évoluer les mathématiques. Il ne faut donc pas se restreindre à ce dont on a besoin pour les besoins de sa recherche immédiate. J’aurais également envie de leur dire que je pense sincèrement que c’est un métier idéal, même s’il faut parfois gérer l’aspect déstabilisant qui peut venir lorsque les maths résistent.

- Pour retrouver Claire sur Daily Motion : Interview croisée avec Jean-Michel Coron ;

- Pour lire un article sur Claire dans CNRS Le Journal ;

- Pour en savoir plus sur la géométrie algébrique et les travaux de Claire ;

- Communiqué de presse du CNRS

The 2016 CNRS Gold Medal is awarded to the mathematician Claire Voisin