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Deux mathématiciens français lauréats d’un prix ICIAM 2019

17 septembre 2018

Claude Bardos et Yvon Maday, aux côtés de Giulia Di Nunno, Siddhartha Mishra et George Papanicolaou, sont les cinq lauréats des Prix ICIAM 2019. Toutes nos félicitations !

L’ICIAM
Le Conseil International pour des Mathématiques Industrielles et Appliquées (ICIAM) est une organisation mondiale des sociétés de mathématiques appliquées et d’autres sociétés ayant un intérêt significatif pour les mathématiques industrielles ou appliquées. Ses objectifs principaux sont de :
- Promouvoir les mathématiques industrielles et appliquées à l’échelle mondiale ;
- Favoriser les interactions entre ses sociétés membres ;
- Promouvoir les objectifs de ses sociétés membres ;
- Coordonner des rencontres internationales régulières sur le thème des mathématiques industrielles et appliquées, notamment en lien avec les pays en développement.

Congrès et prix ICIAM
Les congrès ICIAM se tiennent tous les quatre ans. Cinq prix majeurs y sont décernés :
- ICIAM Collatz Prize
- ICIAM Lagrange Prize
- ICIAM Maxwell Prize
- ICIAM Pioneer Prize
- ICIAM Su Buchin Prize.

Les prix 2019 seront remis aux lauréats au cours du 9e congrès de l’ICIAM qui se tiendra à Valencia en Espagne du 15 au 19 juillet 2019.

- ICIAM Maxwell Prize
Le prix ICIAM Maxwell a été établi pour offrir une reconnaissance internationale à un mathématicien qui a fait preuve d’originalité en mathématiques appliquées. D’un montant de 5000 USD, il est financé par l’Institute of Mathematics and its Applications (IMA).

Claude Bardos, lauréat 2019 de l’ICIAM Maxwell Prize
L’ICIAM Maxwell Prize est décerné à Claude Bardos pour ses contributions majeures aux équations aux dérivées partielles non linéaires, à la théorie cinétique et à la mécanique des fluides mathématique. Il a exercé une influence directe et indirecte sur des générations de mathématiciens appliqués par son travail majeur et fécond sur les équations aux dérivées partielles hyperboliques, les équations cinétiques, les limites de systèmes de particules et les équations de Vlasov. De plus, ses recherches profondes et innovantes en dynamique des fluides ont fait avancer notre connaissance des équations d’Euler et de la dynamique des gaz, de l’équation Navier-Stokes et des problèmes de couches limites. Ses contributions balaient tout un champ d’étude, équations aux dérivées partielles non linéaires, théorie du contrôle, asymptotiques hautes-fréquences, ainsi que les méthodes numériques. Son approche témoigne d’une excellence à transformer une intuition physique en outils mathématiques rigoureux. Au début des années 1990, avec Golse et Levermore, il a montré que les solutions renormalisées de DiPerna et Lions pour l’équation de Boltzmann convergent vers des solutions faibles de Leray-Hopf des équations de Navier Stokes. Il a obtenu des résultats sur la validité des approximations de Hartree et de Hartree Fock, découvrant des structures analytiques et géométriques profondes qui ouvrent à une nouvelle compréhension de la mécanique quantique et pose les bases d’un traitement numérique plus efficace de problèmes en chimie quantique. Il a remodelé le paysage des mathématiques appliquées sur les 40 dernières années. Il a enrichi notre compréhension des équations aux dérivées partielles non linéaires, développé des outils analytiques nouveaux et puissants et formé une nouvelle génération de mathématiciens.
Claude Bardos est professeur émérite à l’université Paris Diderot et membre du laboratoire Jacques-Louis Lions (LJLL - CNRS, Université Paris Diderot & Sorbonne Université).

Lire l’interview de Claude Bardos

- ICIAM Pioneer Prize
Le Pioneer Prize récompense un travail pionnier introduisant des méthodes de mathématiques appliquées et des techniques des sciences du numérique dans un problème industriel ou dans un nouveau champ scientifique d’application. D’un montant de 5000 USD, il est financé par la société de mathématiques appliquées et industrielles (SIAM).

Yvon Maday, lauréat 2019 de l’ICIAM Pioneer Prize
L’ICIAM Pioneer Prize est décerné à Yvon Maday en reconnaissance de son rôle de premier plan dans l’introduction de méthodes puissantes pour la simulation numérique, comme les méthodes spectrales, la réduction de modèles, la décomposition de domaine, les modèles et la simulation en sciences médicales, l’interaction fluide-structure et la chimie ab-initio. Plusieurs de ses travaux ont conduit à lancer des start-ups et sont extrêmement utilisés dans l’industrie.
Yvon Maday est professeur à Sorbonne Université, professeur invité à Brown University et membre du laboratoire Jacques-Louis Lions (LJLL - CNRS, Université Paris Diderot & Sorbonne Université). En parallèle des responsabilités qu’il a eues, il a travaillé en interaction avec les ingénieurs, chimistes et biologistes, et avec l’industrie. Son intérêt pour l’interdisciplinarité et la recherche industrielle l’ont conduit à créer l’école d’été du CEMRACS. En 2017, il a fondé l’institut Carnot SMILES, qui a pour but de promouvoir des collaborations entre la recherche académique et industrielle dans les domaines de la modélisation, de la simulation, de l’optimisation et de la science des données. Son développement et son analyse des méthodes numériques ont toujours été menées pour leur capacité à traiter des applications concrètes, ce qui a naturellement conduit Yvon Maday à interagir avec d’autres disciplines. Avec Anthony Patera, il a introduit et analysé la méthode des éléments spectraux de Legendre en particulier pour des modèles de fluides comme Stokes et Navier-Stokes. Cette méthode a conduit au code Nek5000 pour les équations de Navier-Stokes par Paul Fischer, qui est largement utilisé pour la simulation de la turbulence sur des machines massivement parallèles. Avec Christine Bernardi, il a introduit la méthode des éléments Mortier (Mortar element method) qui est devenue d’usage régulier pour le calcul parallèle et a été appliquée à la dynamique des fluides, à l’électro-magnétisme et à la mécanique du contact. Avec Jacques-Louis Lions et Gabriel Turinici, il a développé des méthodes de décomposition de domaines en temps pour les problèmes d’évolution. Cette technique, appelée "pararéelle" permet un drastique gain de temps de calcul par rapport aux schémas d’évolution standards. Avec Anthony Patera, il a développé et analysé plusieurs techniques de réduction de modèle pour les problèmes dépendant de nombreux paramètres, en particulier la méthode des bases réduites, ainsi que la méthode d’interpolation empirique (EIM). Cette dernière est remarquablement originale dans sa formulation et son analyse, qui la relie aux techniques d’hyper-réduction.
Yvon Maday a toujours développé et analysé des méthodes numériques caractérisées par leur capacité à traiter d’applications concrètes, suivant en cela son goût naturel pour l’interaction avec les autres disciplines. Pour les applications aux sciences médicales, les éléments Mortiers sont utilisés pour le couplage fluide-structure afin de simuler les écoulements sanguins. La méthode des Reduced Basis Elements a été utilisée pour la simulation de la respiration avec de prendre en compte la géométrie complexe du poumon. En chimie quantique, les méthodes de décomposition de domaine permettent une réduction spectaculaire du temps calcul pour la simulation de la solvation. Outre ses contributions fondamentales en chimie computationnelle avec Eric Cancès et Jean Philip Piquemal qui vont s’enrichir grâce à la collaboration avec Laura Grigori pour passer à l’exascale et qui vont encore l’occuper pendant plusieurs années, il a commencé à s’investir à la station de biologie marine à Roscoff et travailler avec des collègues biologistes sur des modèles pour l’holobionte marin.

Lire l’interview d’Yvon Maday

Une autre interview sur le blog « De la découverte à l’innovation du CNRS ».

- ICIAM SU BUCHIN PRIZE
Le Su Buchin Prize a été établi pour offrir une reconnaissance internationale à une contribution individuelle remarquable à l’application des mathématiques aux économies émergentes et au développement humain, en particulier pour le niveau économique et culturel des pays en développement. D’un montant de 5000 USD, il est financé par la China Society for Industrial and Applied Mathematics (CSIAM).

Giulia Di Nunno, lauréate 2019 de l’ICIAM Su Buchin Prize
L’ICIAM Su Buchin Prize est attribué à Giulia Di Nunno pour avoir implanté activement et efficacement des projets durables destinés à encourager l’enseignement et la recherche mathématiques au plus haut niveau dans les pays africains en développement.
Giulio Di Nunno est professeur à l’université d’Oslo. Pendant la dernière décennie, en parallèle de sa carrière académique, elle a dirigé le comité pour les pays en développement de l’European Mathematical Society (EMS). Elle est au cœur de deux initiatives sans précédent : le programme EMS-Simons pour les professeurs invités et le programme des centres régionaux émergents d’excellence (ERCE).
Le programme de la fondation Simons et de l’EMS sponsorise des séjours visant à promouvoir des recherches conjointes entre jeunes chercheurs et chercheurs seniors et à augmenter la capacité globale dans les institutions académiques africaines. Ce programme est ouvert à tous les domaines des mathématiques pures et appliquées et à la statistique et il s’adresse aux collègues basés en Afrique.
Le label ERCE est attribué à des institutions qui font preuve d’un niveau remarquable en enseignement et en recherche dans leur aire géographique d’influence, ce qui les rend attractif pour le étudiants d’autres régions ou pays. Ce label est attribué pour une période de 4 ans et peut être renouvelé. Le point de mire de ce programme est l’enseignement des étudiants au niveau du master et si possible de la thèse. Giulia Di Nunno a coordonné les procédures d’évaluation et de sélection pour la campagne de recrutement.

- ICIAM COLLATZ PRIZE
Le Collatz Prize a été établi pour offrir une reconnaissance internationale à des scientifiques de moins de 42 ans pour leur travaux remarquables en mathématiques industrielles et appliquées. D’un montant de 5000 USD, il est financé par la Société de mathématiques appliquées et de mécanique (GAMM).

Siddhartha Mishra, lauréat 2019 de l’ICIAM Collatz Prize
L’ICIAM Collatz Prize est attribué à Siddhartha Mishra pour ses contributions fondamentales qui combinent habilement la modélisation de problèmes du monde réel avec une analyse mathématique rigoureuse par le développement de schémas numériques efficaces et précis et le calcul haute performance. Siddhartha Mishra est professeur à l’ETH Zurich et professeur II à l’université d’Oslo.
Siddhartha Mishra est un concepteur ingénieux d’excellentes méthodes numériques, principalement pour les systèmes de conservation hyperbolique et de lois d’équilibre et il a une compréhension profonde de leurs fondements mathématiques et physiques. Il a produit des codes pour des problèmes réels compliqués sur des données réelles, par exemple les tsunamis générés par des éboulements de roches et les vagues dans l’atmosphère solaire. Il utilise des expériences numériques pour gagner en perspicacité dans l’analyse des équations aux dérivées partielles. En particulier, avec U.S. Fjordholm, R. Käppeli et E. Tadmor, il a montré que l’instabilité Kelvin-Helmholtz en dynamique des fluides est due à la physique et non à des schémas numériques. Cela les a conduits à inventer un schéma d’approximation numérique des solutions à valeur mesure de lois de conservation hyperbolique et a abouti à la première preuve de convergence de solution entropique à valeur mesure des équations d’Euler compressibles dans plusieurs dimensions. En chemin, ils ont fait plusieurs avancées remarquables : une preuve que la reconstruction essentielle non oscillatoire (ENO) est stable, ce qui était un problème ouvert depuis environ 25 ans ; la création d’un schéma TeCNO - le premier schéma stable d’ordre arbitrairement haut pour les systèmes multidimensionnels non linéaires des lois de conservation ; avec C. Schwab et d’autres, le développement du concept de méthodes Monte Carlo multi-niveaux de quantification d’incertitude pour les systèmes hyperboliques non linéaires.

- ICIAM LAGRANGE PRIZE
L’ICIAM Lagrange Prize a été établi pour offrir une reconnaissance internationale à un mathématicien ayant apporté une contribution exceptionnelle aux mathématiques appliquées tout au long de sa carrière. D’un montant de 5000 USD, il est financé par les quatre sociétés membres, les sociétés brésilienne SBMAC, espagnole SeMA, italienne SIMAI et française SMAI.

George Papanicolaou est lauréat 2019 de l’ICIAM Lagrange Prize
L’ICIAM Lagrange Prize est attribué à George Papanicolaou pour son utilisation brillante des mathématiques pour résoudre des problèmes importants en science et en ingénierie, en particulier des problèmes impliquant la non-homogénéité, la propagation des ondes, les milieux aléatoires, la diffusion, le scattering, l’imagerie et la finance.
George Papanicolaou est Robert Grimmett Professor à l’université de Stanford. Il a consacré sa carrière à l’analyse et à la prédiction de plusieurs phénomènes dans le monde qui nous entoure qui impliquent des échelles multiples et qu’on saisit comme aléatoires. Parmi les outils qu’il a développés, certains sont enracinés en analyse "pure" et théorie des probabilités, combinées avec l’analyse asymptotique et le calcul. En particulier, ses travaux sur les ondes en milieu aléatoire et sur l’analyse multi-échelle des systèmes stochastiques ont donné lieu au livre "Analyse asymptotique de structures périodiques", avec Bensoussan et Lions, qui a eu un immense impact sur le développement de méthodes d’homogénéisation. Il a été pionnier dans la théorie mathématique du retournement temporel pour les ondes aléatoires et les milieux hétérogènes. On lui doit des contributions importantes en mathématiques financières en particulier pour comprendre la fluctuation et l’évaluation des risques. Il a contribué au développement des méthodes d’imagerie comme le radar à synthèse d’ouverture et l’imagerie des capteurs passifs avec bruit ambiant. Il a apporté d’importantes contributions à l’analyse du scattering et de la diffusion, y compris la diffusion de la turbulence.

Source : communiqué de l’ICIAM