(Charles) Fabry & la spectroscopie
Physicien français, 1867-1945
On parle beaucoup de la couche d'ozone qui protège
la Terre des rayons ultraviolets du Soleil, mais peu de gens
connaissent celui qui en démontra l'existence en
1913 : Charles Fabry.
Né à Marseille en 1867, entré à l'École
Polytechnique en 1885, Fabry enseigne la physique
dans des lycées parisiens, puis à la faculté des
sciences de Marseille. C'est là qu'il rencontre un
autre polytechnicien, de quatre ans son ainé, dont
le nom restera attaché au sien pour la postérité :
Alfred Pérot.
Ce couple idéal de chercheurs - Fabry plutôt
théoricien, Pérot remarquable expérimentateur -
publiera de très nombreux travaux en optique, mais
son invention majeure reste le célèbre
"interféromètre de Fabry-Pérot".
Plaçons deux miroirs face à face et imaginons un
rayon lumineux qui circule perpendiculairement à
leurs surfaces. Il se réfléchit successivement sur
les deux miroirs et fait des allers-retours sur
lui-même. Ce rayon peut être vu commme une onde,
dont les différents passages se superposent
(interfèrent). La plupart du temps, les maxima et minima de l'onde tombent à des
endroits différents et leur superposition tend à les affaiblir. Mais
si la distance entre les miroirs est un multiple ou un demi-multiple
de la longueur d'onde, les passages successifs de l'onde coïncident
exactement et l'onde est préservée.
Dans un interféromètre de Fabry-Pérot, les miroirs ne sont que
semi-réfléchissants et laissent sortir une partie de la lumière. On
voit alors émerger la lumière dont la longueur d'onde (la "couleur")
s'accorde avec la distance entre les miroirs, tandis que les autres
couleurs semblent absorbées par l'appareil. Si l'on déplace l'un des
miroirs, on modifie les longueurs d'onde sélectionnées
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Ces anneaux d'interférence colorés sont produits par une lampe spectrale au mercure-zinc-cadmium (qui émet donc à plusieurs longueurs d'onde) observée au travers d'un interféromètre de Fabry-Pérot.
© CNRS Photothèque - Michel Marcelin |
C'est le même phénomène qui donne leurs couleurs
irisées aux bulles de savon : les deux faces du
mince film de savon jouent le rôle des deux
miroirs, et la couleur apparente en chaque point
dépend de l'épaisseur du film en ce point.
Fabry et Pérot ont ainsi pu réaliser des mesures
très précises, mais surtout favoriser l'essor
d'une discipline alors peu développée : la
spectroscopie.
On sait depuis Newton séparer les différentes
composantes de la lumière à l'aide d'un prisme. La
courbe qui représente l'intensité de la lumière
pour chaque longueur d'onde s'appelle un
"spectre". Par exemple, si l'on produit une décharge
électrique dans un gaz, celui-ci émet de la
lumière à certaines longueurs d'onde bien précises
si bien que son spectre présente des "raies"
brillantes. Au contraire, un gaz éclairé par de la
lumière blanche absorbe certaines longueurs d'onde
ce qui engendre des raies sombres. Ces raies
constituent la signature des molécules qui
composent le gaz. En les mesurant au laboratoire,
on pourra ensuite les reconnaître dans le spectre
d'une substance inconnue et en déduire quelles
molécules la composent, sans effectuer d'analyse
chimique. Ce qui est bien commode si l'on étudie
un astre lointain !
Éclairons maintenant un interféromètre avec la
lumière que l'on veut analyser. Faisons varier
continûment la distance entre les miroirs et
enregistrons au fur et à mesure l'intensité de la
lumière transmise, qui correspond à chaque instant
à une longueur d'onde déterminée : nous dessinons
peu à peu un spectre, considérablement plus précis
que celui qu'on obtient en une seule fois avec un
prisme. On recueille ainsi beaucoup d'informations
sur la source lumineuse ou les milieux traversés :
la température (qui influe sur l'intensité et la forme des
raies), la vitesse de déplacement (qui modifie les
longueurs d'onde), les autres composants du
mélange gazeux (qui peuvent aussi modifier les raies)...
C'est ainsi que Fabry a pu prouver l'existence de
la couche d'ozone, mesurer la vitesse de la
nébuleuse d'Orion ou la température du Soleil.
Aujourd'hui, la spectroscopie est toujours un champ de recherche actif
dont les techniques progressent sans cesse. La sonde Huygens
n'a-t-elle pas emporté un spectromètre pour analyser l'atmosphère et
le sol de Titan ? Plus près de nous, pensons au fameux "effet de
serre" responsable du réchauffement climatique
actuel, causé par des gaz (vapeur d'eau,
dioxyde de carbone, méthane etc.) qui laissent
passer la lumière du Soleil mais interceptent le
rayonnement infrarouge renvoyé par la Terre. On
connaît bien les principales raies d'absorption
responsables de l'essentiel de ce phénomène,
c'est-à-dire les longueurs d'onde presque
entièrement absorbées. Mais les petites variations
qui intéressent les climatologues se produisent
aux longueurs d'onde qui ne sont absorbées qu'en
partie : pour les comprendre il faut donc étudier
les raies les plus faibles de ces gaz, et les
spectres des gaz moins abondants. De quoi occuper
encore longtemps les chercheurs.
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Spectre d'absorption dans l'ultraviolet de l'acétylène (C2H2), un gaz présent dans l'atmosphère de Titan. En noir, à 20°C, température typique sur Terre. En rouge, à -100°C, température de la stratosphère de Titan.
© LISA (LaboratoireInter-Universitaire des SystèmesAtmosphériques), Créteil. Groupe GPCOS, programme SCOOP. |
Même s'il n'est plus guère utilisé comme
spectromètre, l'interféromètre de Fabry-Pérot conserve de nombreuses
autres applications, notamment dans certains dispositifs optiques où
il est nécessaire de sélectionner très finement la longueur d'onde.
Autre exemple : à l'observatoire européen Virgo, près de Pise, on en
a réalisé en plaçant des miroirs aux deux
extrémités de tubes de 3 km de long ! Avec deux
tubes de ce type placés perpendiculairement, où
l'on fait circuler des faisceaux lasers que l'on
combine ensuite, on peut détecter les déplacements
infimes (un milliardième de milliardième de mètre)
dûs au passage d'ondes gravitationnelles émises
par de lointains couples d'étoiles ou des
explosions de supernovæ.
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