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Stratégie

Le CNRS renforce son programme prématuration

Véritable booster de valorisation pour la recherche, le CNRS renforce son programme prématuration et pourrait tripler son budget à l’horizon 2020.

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Comment favoriser la traduction d’une recherche scientifique en une recherche appliquée ? Voilà à quoi le programme de prématuration du CNRS répond en soutenant les toutes premières étapes de développement de projets émergents à fort potentiel d’innovation de rupture. En partant de l’observation du principe de base d’une idée innovante, l’objectif est de développer le concept ou l’application de la technologie et d’en fournir la démonstration expérimentale.

Après une action pilote conduite en 2014 par l’Institut de Physique, le CNRS a lancé en 2015 le programme de prématuration. Ce dernier reçoit une centaine de demandes par an pour environ 20 projets sélectionnés par un jury composé d’industriels, d’entrepreneurs et d’investisseurs.

La sélection des projets se fait selon des critères de concept scientifique original, d’impact socio-économique et de perspectives de marché. A ce jour, le programme a soutenu 82 projets engageant en moyenne 100 000 euros pour chacun. Grace à son augmentation de budget, le programme de prématuration pourra apporter son soutien à plus de projets et potentiellement tripler le nombre de projets accompagnés.

L’objectif de la prématuration est de permettre aux projets d’atteindre une maturité de niveau 3 sur l’échelle TRL1 (la preuve de concept) avant d’ouvrir leur technologie à une maturation (aboutissant à sa démonstration en milieu représentatif), puis à un transfert au monde socio-économique en partenariat avec un industriel. Parmi les 46 projets terminés, 70 % avaient validé leur preuve de concept. Parmi eux, 19 entraient en programme de maturation, 22 se tournaient vers la vers la création de start-up et 5 vers un transfert de licence. 

De la prématuration à la valorisation

Preuve de l’efficacité du programme, le concours i-Lab, organisé par le ministère de l’Éducation supérieur, de la Recherche et de l’Innovation a couronné en 2018 cinq projets ayant bénéficié du programme de prématuration du CNRS, Moiz, Cryodelight, Spinofrin, Treefrog Therapeutics et Exotrail, pour le caractère innovant de leurs technologies. A ce palmarès, s’ajoutent les deux projets lauréats du Concours Mondial de l’Innovation : Oncofactory et Damae Medical. Ces résultats illustrent bien le rôle majeur d’aiguillon et d’initiateur du programme de prématuration du CNRS. « La prématuration sert de catalyseur pour sortir les idées du laboratoire, explique Olivier Bourgeois à l’origine du projet Moiz. Elle permet de clarifier les idées et montrer la preuve de concept. C’est un secteur de financement nécessaire qui n’est aujourd’hui occupé par personne d’autre. »

Le projet Moiz né à l’Institut Néel2 développe des modules de mesure autonomes, connectés, de récupération d'énergie par effet thermoélectrique. Résultat d’expériences développées par le chercheur Olivier Bourgeois et Dimitri Tainoff depuis une vingtaine d’année, c’est un bel exemple de science fondamentale qui a su être transféré vers la valorisation. La prématuration a notamment permis à l’équipe de Moiz de faire une première étude de marché, déposer deux brevets et de bénéficier de la formation HEC Challenge Plus. « La formation a été absolument essentielle. Nous avions une culture de chercheurs et étions très loin de l’état d’esprit d’entrepreneurs. En apprendre plus sur l’analyse de marché, le démarrage d’une entreprise, tout cela a été très important », explique le chercheur dont la start-up issue du projet Moiz sera lancée au début de l’année 2019.

Une expérience que partage Pascale Senellart, chercheuse à l’origine du projet Cryodelight, né au Centre de nanosciences et de nanotechnologieset développant des composants pour l’industrie quantique permettant de diminuer les temps de calcul des technologies quantiques optiques par plusieurs ordres de grandeur.

« Grace au programme de prématuration, nous avons aussi suivi une formation à l’entrepreuneuriat qui nous a permis de créer de nouveaux réflexes tels que la réflexion à ce qu’est un client. Nous aimons notre technologie, mais pourquoi le client doit-il l’aimer ? Qu’est-ce qui distingue ma technologie des autres ? Quel est son prix ? »

En 2016 alors que sa recherche sur la brillance des sources de photons donne des résultats spectaculaires qui attirent l’attention internationale, la chercheuse et son équipe, assaillis de demande de collaborations, décident de se lancer dans l’aventure de l’entrepreneuriat. « Il fallait sortir de l’activité de recherche pour stabiliser notre technologie, la rendre plus robuste et plus reproductible », note Pascale Senellart.

Le programme de prématuration leur permet de créer en 2017 la start-up Quandela et de commencer à vendre dans la foulée. Aujourd’hui l’équipe travaille sur une levée de fond pour permettre à Quandela de gagner en autonomie en achetant son propre équipement de laboratoire.

Maturation, SATT et partenaires économiques

Denis Spitzer a lui aussi fait le choix de la création de start-up suite au programme de prématuration. Actuel directeur général de Spinofrin (créée en mars 2018 et née d’une technologie développée au Laboratoire des nanomatériaux pour les systèmes sous sollicitations extrêmes4), la start-up développe une technologie brevetée pour la submicronisation de composés organiques fragiles pour les industries pharmaceutiques, agroalimentaires et cosmétiques.

Cet ancien acteur du transfert de technologie retourné à la recherche dans les années 2000, invente un procédé qu’il soupçonne d’intérêt pour le marché de la valorisation. Après une première démarche infructueuse auprès de la SATT5, c’est vers le programme de prématuration qu’il se tourne pour développer son projet.

« C’est le programme de prématuration qui nous a fait rencontrer la société Technofounders avec laquelle nous avons concrétisé Spinofrin. C’est un programme qui permet de financer des choses très diverses : la mise au niveau technologique, l’étude de marché ou encore le financement d’un ingénieur sur un an. Il a également mis à notre disposition un référent industriel qui nous a beaucoup aidé. »

La prématuration, en plus de consolider un projet, permet également de délimiter sa direction. C’est l’expérience qu’a pu vivre Pierre Nassoy à l’origine du projet Treefrog Therapeutics, né au Laboratoire photonique numérique et nanoscience6 et développant une technologie brevetée de production de cellules souches pour le criblage de médicaments et le développement des initiatives de thérapie cellulaire.

« Lors de notre dépôt de dossier au programme de prématuration, il nous a été demandé de renforcer notre portefeuille de brevets et de trouver des méthodes et applications alternatives à notre méthode de production de capsules. Cela nous a permis de renforcer notre projet. »

Durant la période de prématuration, l’équipe dépose sept brevets dont quatre directement liés au programme de prématuration et prend contact avec la SATT Aquitaine qui décide de lancer une étude de marché à hauteur de 120 000 euros.

« L’étude de marché nous a permis de nous rendre compte que le contrôle et la production des capsules de cellules souches pouvaient être un marché plus important que le criblage de médicaments et donc de réorienter notre projet. Nous avons alors décidé de nous focaliser sur une usine à cellule souches », rapporte le chercheur qui, suite à un programme de maturation et l’obtention du prix i-Lab, compte créer une start-up en septembre 2018.

Marcel Guyot à l’origine du projet Exotrail, technologie brevetée de propulsion dédiée à l’industrie spatiale, a lui aussi choisi la prématuration pour consolider une recherche de plusieurs années. Après un groupement de recherche dans les années 2000 qui lui permet de fabriquer le prototype d’un micro-propulseur le plus petit au monde, le programme lui permet une seconde fabrication de prototype et de mener une étude de caractérisation avant d’entrer en maturation avec la SATT Paris Saclay.

« La prématuration est un outil fondamental pour entrer en maturation. Nous avons ainsi pu profiter de la SATT qui a mandaté des experts pour valider la pertinence de la technologie » rapporte Jean-Luc Maria, ancien porteur technique du projet en maturation et actuel directeur technique de la start-up Exotrail. Née du projet en 2017, l’objectif de la jeune start-up, après une première levée de fonds, est de finaliser son produit et d’en faire une démonstration dans l’espace.

1 Technology readiness level ou Niveau de maturité technologique

2 CNRS

3 CNRS/Université Paris Sud/Université Paris Saclay

4 Université de Strasbourg/CNRS/ISL

5 Société d’accélération du transfert de technologie dont le CNRS est actionnaire

6 Institut d’optique graduate school/CNRS/Université de Bordeaux