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Start-up

Introduction en bourse réussie pour GenSight Biologics

La société biopharmaceutique GenSight Biologics, créée en 2012 et issue, en partie, des travaux de l’Institut de la vision1, a réalisé début juillet 2016 une levée de fonds de 45 millions d’euros lors de son introduction en Bourse. Elle développe des candidats médicaments combinant thérapie génique et dispositifs technologiques innovants, dont le principal – GS010 – a démarré deux études cliniques de phase III en février.

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« Quand tu auras mon âge, tu auras perdu presque complètement la vue. Tu ne verras que du jaune, des ombres et des lumières. Ne t'inquiète pas. La cécité progressive n'est pas une chose tragique. C'est comme une lente soirée d'été », se disait à lui-même Jorge Luis Borges dans sa nouvelle L’Autre, parue en 1975 dans le Livre de Sable.

Comme le décrit poétiquement l’écrivain argentin, certaines maladies neurodégénératives de la rétine - rétinites pigmentaires, dégénérescence maculaire liée à l’âge, neuropathie optique héréditaire de Leber - se manifestent par une perte de vision progressive, ou rapide selon les cas, qui bouleverse le quotidien et l’autonomie des patients.

Ces maladies, contre lesquelles aucun traitement curatif n’existe à ce jour, constituent le cœur de cible des recherches de GenSight Biologics, qui développe des traitements innovants de thérapie génique. Cette société biopharmaceutique a été fondée en 2012 par Bernard Gilly et José-Alain Sahel, Médaillé de l’innovation 2012 du CNRS et directeur de l’Institut de la vision (CNRS/UPMC/Inserm).

Début juillet 2016, afin de renforcer son développement, la start-up a procédé à son introduction en bourse sur Euronext Paris. En quelques jours, elle a levé 45 millions d'euros et conclu la plus importante levée de fonds en France cette année pour une biotech. Des fonds d'investissement gérés par Novartis, Abingworth, Medixi Ventures, Versant Ventures et Bpifrance (Fonds biothérapies innovantes et maladies rares), ainsi que Bpifrance Large Venture, s’étaient engagés à souscrire respectivement à hauteur de 17,3 millions et 12 millions d'euros maximum.

Cette levée de fonds intervient quelques mois après le lancement de deux études cliniques de phase III de GS010 en Europe et aux États-Unis. Avec GS030, GS010 constitue le principal candidat médicament développé par la société. L’approche associe thérapie génique et plateforme technologique - séquence de ciblage mitochondrial pour l’un, optogénétique liée à un dispositif de stimulation visuelle pour l’autre – et prévoit une unique injection du gène d’intérêt, encapsulé dans des vecteurs AAV (adeno-associated virus), directement dans l’humeur vitrée de l’œil.

 

GS010 en phase III d’essai clinique

GS010 s’attaque à la neuropathie optique héréditaire de Leber (NOHL), une maladie génétique rare qui touche les adolescents et les jeunes adultes (environ 1 400 à 1 500 personnes par an aux Etats-Unis et en Europe). Cette dégénérescence des cellules ganglionnaires de la rétine, qui se transmet par la mère, a pour origine des mutations de gènes mitochondriaux codant pour des NADH déshydrogénases. Ces protéines appartiennent à un large complexe enzymatique de la chaine respiratoire mitochondriale, indispensable à la production d’adénosine triphosphate (ATP), principale source d’énergie d’une cellule. Trois gènes ont été reliés à la NOHL et concentrent l’essentiel des mutations à l’origine de la maladie. La mutation du gène NADH déshydrogénase 4 (ND4) représente environ 75 % d’entre elles.

Le traitement développé s’appuie sur une technologie issue des travaux de l’Institut de la vision : l’association d’une séquence de ciblage mitochondrial (mitochondrial targeting sequence ou MTS) au gène d’intérêt2. Une fois ce dernier transféré dans les cellules, la séquence nucléotidique oriente le gène vers les mitochondries. Là, il y est traduit en une protéine fonctionnelle capable de corriger la fonction mitochondriale déficiente ou manquante, et potentiellement de restaurer la vision des patients.

Les deux études cliniques de phase III (Rescue et Reverse) démarrées en février 2016 ciblent des patients atteints de NOHL induite par la mutation ND4 et ayant subi une perte d’acuité visuelle depuis moins d’un an. Le but est de déterminer si GS010 est en mesure de stopper ou de restaurer la perte d’acuité visuelle d’un œil malade à des stades précoces de la maladie.

Pratiquées en double masqué, les études incluront chacune 36 patients, répartis sur sept centres hospitaliers. Le protocole prévoit une injection unique, intravitréenne, de GS010 dans un des deux yeux et une injection simulée (sham) dans l'autre oeil. A l’issue d’une période de 48 semaines, les patients bénéficieront d’un suivi d’au moins 3 ans pour évaluer l’efficacité et la tolérance du traitement sur le long terme. Les premiers résultats sont attendus fin 2017.

 

L’optogénétique, pour redonner à voir

GS030 cible quant à lui les rétinites pigmentaires (RP) et la dégénérescence maculaire liée à l’âge (DLMA). Touchant une personne sur 4 000 à des âges variables, les RP sont des maladies génétiques qui se caractérisent par la dégénérescence des photorécepteurs - des neurones sensibles à la lumière - et un dysfonctionnement de l'épithélium pigmentaire. Les mutations affectent des gènes impliqués dans le fonctionnement et la régulation des cellules visuelles de la rétine. Plus d’une quarantaine de gènes ont été identifiés à ce jour. Celui de la rhodopsine, un pigment protéique photosensible, est muté dans près d’un quart des cas. La DMLA atteint, elle, la macula, la zone centrale de la rétine. Survenant après 50 ans, elle est la première cause de malvoyance dans les pays développés. Ses causes demeurent encore mal connues.

Le traitement, en cours de développement chez GenSight Biologics, vise l’introduction dans l’œil d’un gène codant pour une protéine capable de restaurer une certaine photosensibilité des cellules rétiniennes, afin de transmettre une information au cerveau. La technique prévoit également l’utilisation de lunettes biomimétiques stimulant la protéine dans sa longueur d’onde et amplifiant l’image reçue.

 

1 CNRS/Université Pierre et Marie Curie/Inserm.

2 Brevet « Importation d’une protéine mitochondriale au moyen d’une méthode allotropique améliorée » WO2006117250, 09/11/2006.

 

Contacts :

Thomas Gidoin / Gensight Biologics / tgidoin@gensight-biologics.com

José-Alain Sahel / Institut de la vision / j.sahel@gmail.com