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Description des confinements recommandés par la Commission de Génie Génétique

 

Description des confinements pour les animaux transgéniques

I - Description des critères de confinement en fonction des techniques de transgénèse et des espèces animales auxquelles elles sont appliquées.

A) Cas général (applicable en particulier aux animaux transgéniques de laboratoire)

Un certain nombre de règles générales s'appliquent à tous les animaux indépendamment de leur mode de vie. Les locaux doivent de plus correspondre aux caractéristiques physiologiques de l'espèce.

  • Les séquences d'ADN qui sont destinées à être transférées à des animaux pour les rendre transgéniques ne doivent contenir qu'un minimum de séquences non nécessaires à l'expression des transgènes. Les séquences annexes (fragments de plasmides, linkers, résidus de construction de gènes) doivent autant que possible être éliminées dans la dernière phase de la préparation du fragment d'ADN devant être transféré.
  • Les animaux impliqués dans la transgenèse (ceux étant effectivement transgéniques et ceux présumés non-transgéniques ayant reçu de l'ADN étranger lors de leur vie embryonnaire) doivent être élevés à l'écart des autres animaux de la même espèce pour empêcher tout croisement incontrôlé. Pour la même raison, ces animaux ne doivent pas pouvoir circuler librement. Le local doit être pourvu d'un dispositif d'accès contrôlé.
  • Toutes les cages ou structures de confinement doivent être numérotées et répertoriées. La mention "organisme génétiquement modifié" doit être notée sur les cages. Tous les animaux transgéniques doivent être facilement identifiables et leur historique doit pouvoir être retrouvé. Le transport des animaux transgéniques doit être effectué dans des conditions de confinement identiques à celles de l'élevage. Les animaux transgéniques n'étant plus impliqués dans des expérimentations doivent être euthanasiés dans des conditions telles qu'aucun transfert génétique ne puisse avoir lieu. Les animaux présumés non- transgéniques après examen par la technique d'amplification d'ADN (PCR) peuvent éventuellement être réutilisés pour d'autres expérimentations (mère porteuse, immunisation) mais ils ne doivent jamais être utilisés pour la reproduction. Les animaux transgéniques ainsi que les animaux présumés non-transgéniques ne doivent pas être proposés à la consommation humaine sans qu'un avis de la Commission de Génie Biomoléculaire n'ait été donné cas par cas.
  • Lorsque des vecteurs viraux sont utilisés pour véhiculer les gènes étrangers, les conditions de confinement des animaux transgéniques sont les suivantes : lorsque les vecteurs utilisés sont des virus inactivés, les animaux doivent être maintenus dans des conditions identiques à celles utilisées pour les animaux virémiques jusqu'à ce que l'absence de particules virales dans les les fluides biologiques ait été démontrée. Les souches d'animaux utilisées doivent contenir le moins possible de séquences virales endogènes pour diminuer les chances de recombinaison avec le vecteur. S'il s'avère qu'aucune régénération de virus actif n'a lieu, les animaux peuvent être alors maintenus dans les conditions moins rigoureuses en application des règles de déclassement. Lorsque les vecteurs viraux utilisés sont des virus ayant gardé tout leur pouvoir infectieux, les mesures de confinement sont celles appliquées habituellement aux animaux infectés par l'agent viral correspondant. Ces mesures sont aussi applicables lorsque la technique de transfert de gène n'a pas impliqué un vecteur viral mais que la séquence d'ADN introduite peut conduire à la production de particules infectieuses.
  • Les animaux doivent donc être maintenus dans les conditions strictes de confinement qui sont celles classiquement appliquées aux animaux virémiques (isolement empêchant la pénétration d'animaux parasites, maintien des salles d'élevage en pression négative, filtration de l'air sortant des salles d'élevage, destruction de tous les déchets et des animaux par incinération ou par tout autre procédé approprié). Les locaux abritant de tels animaux ne doivent être accessibles qu'aux expérimentateurs et aux agents responsables de l'élevage et de l'entretien des b’timents. L'inscription "animaux virémiques" doit être présente sur les structures de confinement lorsque les animaux sont virémiques.
  • Lorsque des cellules sont utilisées pour la transgenèse (transfert de gènes dans des cellules E.S. en culture et transfert d'embryons chimères dans l'oviducte), les conditions de maintien des animaux ne sont pas différentes de celles retenues pour la micro-injection dans le pronucleus. Il en est de même dans le cas où un ADN étranger serait introduit dans les spermatozoïdes ou directement dans l'embryon par une quelconque autre méthode.
  • Lorsque des vecteurs épisomaux sont utilisés, il doit être vérifié que ces vecteurs sont stables et ne sont pas transmis aux bactéries intestinales de l'animal transgénique.

 

B) Cas particuliers

La transgenèse est applicable à toutes les espèces animales, il convient donc de prendre en considération toutes les situations qui peuvent se rencontrer et qui sont assez différentes selon le mode de vie des animaux.

L'ensemble des règles qui suivent vaut aussi pour les animaux qui ont reçu un gène étranger qu'ils abritent dans leurs cellules somatiques (thérapie génique).

1) Les mammifères transgéniques domestiques

Les mammifères domestiques actuellement utilisés sont le lapin, mais aussi le porc, le mouton, la chèvre et la vache. En ce qui concerne ces animaux dont la taille est trop grande pour convenir aux isolateurs conventionnels, il convient de se reporter à l'annexe III.4. Il est concevable que cette liste s'allonge dans l'avenir. Dans la plupart des cas, les mammifères domestiques n'ont que peu de chance de survivre longtemps dans des conditions naturelles et encore moins de chance de s'y reproduire. Un soin particulier doit toutefois être pris pour que ces animaux ne puissent s'échapper et être mis en contact avec des animaux sans rapport avec les expériences de transgenèse. Les animaux doivent être identifiés individuellement avec la mention "organisme génétiquement modifié".

Etant donné le prix de revient élevé des animaux domestiques, il paraît logique de tenter de réduire le coût des expérimentations en réutilisant les mammifères non-transgéniques. Il devrait être possible de consommer les mammifères domestiques présumés non-transgéniques si le test de détection de transgenèse est la PCR (la technique de Southern ne permettant pas de détecter les animaux transgéniques ayant un mosaïcisme prononcé). Un avis de la Commission de Génie Biomoléculaire est requis au cas par cas. Par souci de précaution, même les mammifères domestiques considérés comme non-transgéniques après la détection par la PCR ne doivent pas être utilisés pour la reproduction.

2) Les oiseaux transgéniques

Plusieurs techniques permettent de transférer des gènes chez les oiseaux.
La technique de micro-injection de gène dans l'embryon précoce est peu utilisée, la manipulation des embryons précoces chez ces espèces étant trop malaisée. Une autre technique consiste à utiliser des vecteurs rétroviraux (vecteurs viraux inactivés ou virus ayant gardé leur virulence). Les précautions à respecter sont celles définies plus haut en faisant une distinction entre les vecteurs viraux inactifs et les vecteurs ayant gardé leur virulence. Un examen particulièrement approfondi et suivi doit être fait pour s'assurer que les oiseaux transgéniques n'ont pas régénéré de virus actifs même dans le cas où des virus inactivés ont été utilisés comme vecteurs.

Lorsque des cellules d'embryons précoces ou des cellules primordiales germinales sont utilisées pour transférer des gènes étrangers, les conditions de confinement sont comparables à celles définies pour les cellules E.S. de mammifères.

3) Les animaux aquatiques transgéniques

La technique de transgenèse appliquée aux animaux aquatiques poïkilothermes (poissons, échinodermes...) est actuellement celle qui consiste à micro-injecter l'ADN étranger dans le cytoplasme des embryons précoces. Des transferts d'ADN étranger via le spermatozoïde ou directement par électroporation sont envisageables. L'utilisation des vecteurs viraux et des cellules E.S. n'est pas actuellement pratiquée. Les précautions à prendre pour ces espèces concernent donc essentiellement la dissémination des animaux transgéniques. Les espèces aquatiques de laboratoire ne posent pas de problèmes particuliers autres que ceux des autres animaux transgéniques. Il n'en va pas de même des espèces qui doivent se développer dans des bassins de dimensions relativement grandes (truite, saumon, carpe, huître, etc ...). Pour des raisons pratiques de renouvellement et d'évacuation d'eau, ces bassins sont souvent au contact direct des eaux fluviales. Des dispositifs efficaces (filtres et des barrières électriques) ne permettant pas aux poissons de passer, doivent être placés dans le courant d'eau à l'entrée et à la sortie des bassins d'élevage.

Certains dispositifs doivent être placés dans le circuit d'évacuation de l'eau usée mais au-dessus du niveau de l'eau pour permettre de repérer facilement des animaux qui se seraient échappés et, au besoin, pour limiter leur possibilité de survie. Lorsque les bassins sont à l'air libre, des grilles doivent recouvrir l'eau pour empêcher les oiseaux de s'emparer d'animaux et de les transporter dans un autre bassin, un étang ou une rivière. Les animaux aquatiques transgéniques doivent être maintenus dans des conditions physiques et physiologiques où ils ne peuvent se reproduire, ou placés dans des systèmes de confinement empêchant la fuite des gamètes ou des jeunes embryons dans l'environnement (filtres, agents désinfectants...). Dans le cas où l'ADN transféré contiendrait des séquences virales susceptibles d'engendrer des animaux virémiques, les eaux évacuées devraient être décontaminées en suivant les méthodes classiquement utilisées pour les mêmes animaux virémiques non-transgéniques.

4) Les insectes transgéniques

Les précautions prises pour empêcher les animaux transgéniques de s'échapper dans l'environnement doivent être spécifiques des caractéristiques de l'espèce (détection automatique des insectes échappés des enceintes d'é1evage, filtre empêchant le passage des animaux, sas équipés de fermetures étanches, sas avec lampes U.V., sas refroidis au voisinage de 0° C).

Des conditions de confinement physique spécifiques doivent être appliquées dans le cas d'insectes non volants.

5) Les autres espèces animales

Une évaluation du risque et une définition du confinement seront faites au cas par cas en fonction de l'espèce considérée.

 

II - Classement des animaux transgéniques et description du confinement physique correspondant

La manipulation des animaux abritant des gènes étrangers dans leurs cellules somatiques ou germinales doit être réalisée dans des conditions de confinement différentes selon leur nature. Il convient en particulier de distinguer le transfert de gènes, l'élevage et la collecte des organes. Le transfert de gènes peut, selon la méthode utilisée, s'accompagner d'un relargage transitoire ou non de particules virales. Les animaux doivent alors être maintenus dans des conditions de confinement correspondant à la classe du vecteur viral mise en jeu. Pendant la période d'élevage qui suit, les animaux transgéniques peuvent ne plus relarguer de particules virales. Ils peuvent dès lors être déclassés et maintenus dans des conditions de confinement moins contraignantes. Lorsque la barrière biologique naturelle est rompue et, en particulier pendant les prélèvements d'organes, les animaux sont susceptibles de relarguer de nouveau des particules virales. Ils doivent alors être manipulés dans des conditions de confinement appliquées à la classe des virus correspondants.

 

A) Classement des animaux abritant un gène étranger

Classe 1 :
  • Animaux abritant un gène ne leur conférant aucun effet nuisible connu pour
    l'homme ou l'environnement ;
  • Animaux ne relarguant jamais de particules virales ;
  • Animaux susceptibles de relarguer des particules virales de classe 1.


Classe 2 :

  • Animaux abritant un gène mobilisable ayant un effet nuisible pour l'homme ou l'environnement (animaux abritant un gène de prion, un gène codant pour un récepteur de virus, etc...) ou leur conférant un effet nuisible pour l'homme ou l'environnement.
  • Animaux susceptibles de relarguer des particules virales de classe 2.

Classe 3 :

  • Animaux susceptibles de relarguer des particules virales de classe 3 ou abritant un gène de prion muté dans une position associée à une pathogénicité chez l'homme.


Classe 4 :

  • Animaux susceptibles de relarguer des particules virales de classe 4.

 

B) Le confinement pour les animaux abritant un gène étranger

Animaleries A 1
  • Animaleries conventionnelles avec des dispositifs empêchant la dissémination des animaux dans l'environnement selon l'espèce concernée (voir paragraphe A).
  • Les animaux sont éliminés à la fin des expériences.
Animaleries A2
  • a) Dans le cas des animaux relarguant des particules virales :
    animaleries ayant les caractéristiques des animaleries A1 et comportant en plus le confinement des locaux de type L2 (animaux maintenus dans des enceintes ne permettant pas la diffusion des particules virales, inactivation par autoclavage des déchets et des animaux , etc...).
  • b) Dans les cas des animaux abritant des gènes mobilisables nuisibles pour l'homme ou l'environnement ou leur conférant un effet nuisible pour l'homme ou l'environnement :
    Animaleries ayant les caractéristiques des animaleries A1 et comportant des dispositifs renforcés pour empêcher toute dissémination des animaux dans l'environnement.
Animaleries A3
  • Animaleries ayant les caractéristiques des animaleries A1 comportant en plus le confinement des locaux de type L3 (local sous pression négative et muni d'un sas, air sortant à travers des filtres HEPA, inactivation des déchets et des animaux par autoclavage dans le local...).
Animaleries A4
  • Animaleries ayant les caractéristiques des animaleries A1 et comportant en plus le confinement des locaux de type L4.

 

Type d'animalerie
A1
A2
A3
A4
Confinement physique

conditions habituelles d'élevage avec des barrières physiques spécifiques pour les espèces pouvant se multiplier dans l'environnement, les animaux transgéniques sont isolés des animaux non expérimentaux

conditions définies pour l'animalerie A1

conditions définies pour l'animalerie A1

conditions définies pour l'animalerie A1

les animaux sont maintenus à l'inté rieur de barrières physiques reforcées s'ils abritent des gènes nuisibles pour l'homme ou l'environnement, les animaux sont maintenus dans les conditions définies pour les locaux de type L2 s'ils relarguent des particules virales les animaux sont maintenus dans les conditions définies pour les locaux de type L3 les animaux sont maintenus dans les conditions définies pour les locaux de type L4
tous les animaux expérimentaux sont éliminés tous les animaux expérimentaux sont autoclavés (1) tous les animaux expérimentaux sont autoclavés (1) tous les animaux expérimentaux sont autoclavés (1)
Classe des animaux
1 2 3 4

(1) Ces dispositions s'appliquent aux animaux de petite taille.

 

III - Dissémination d'OGM

Tout projet de dissémination d'organismes génétiquement modifiés doit recevoir au préalable l'autorisation de la Commission de Génie Biomoléculaire (CGB).

(CGG janvier 2000)

 

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