Histoire

 

Gérard Mégie (1er juin 1946 - 5 juin 2004)
Un parcours exemplaire, trop tôt interrompu

Gérard Mégie, décédé le 5 juin 2004, dans l'exercice de ses fonctions, à l'âge de 58 ans, des suites d'une longue maladie, avait été nommé Président du CNRS le 31 octobre 2000.

 

Gérard Mégie, né le 1er juin 1946, était ancien élève de l'Ecole Polytechnique (1965) et Docteur ès Sciences (1976). Boursier de recherche au CNES (1968-1974), il a successivement été attaché, chargé, maître, puis directeur de recherche au CNRS (1974-1988). Nommé Professeur à l'Université Pierre et Marie Curie depuis 1988, il était membre de l'Institut Universitaire de France depuis 1998. Après en avoir été Directeur adjoint de 1984 à 1996, il a dirigé le Service d'aéronomie(CNRS / université Pierre et Marie Curie / université de Versailles Saint-Quentin-en-Yvelines) de 1996 à 2000. Il a également créé l'Institut Pierre-Simon Laplace des sciences de l'environnement global dont il a assuré la direction de 1991 à 2000.

 

Les recherches de Gérard Mégie, fondées sur une double approche expérimentale et théorique, portaient sur les équilibres physiques et chimiques de l'atmosphère terrestre. Après avoir étudié l'origine des espèces métalliques dans la haute atmosphère, il s'est intéressé au problème de l'évolution de la couche d'ozone stratosphérique sous l'influence des activités humaines. Ses principaux travaux concernaient le développement de méthodes de mesure originales des variables atmosphériques par sondage laser et la modélisation de la variabilité naturelle de l'ozone et de son évolution sous l'influence des activités humaines. Il a participé à la mise en œuvre de nombreux moyens d'observation de l'atmosphère depuis le sol et différentes plates-formes embarquées (avion, ballon, satellite) et at coordonné plusieurs campagnes d'étude de l'ozone dans les régions polaires, arctiques et antarctiques. Ses recherches portaient également sur l'étude des équilibres chimiques de la troposphère en relation avec l'augmentation de la pollution photo-oxydante à différentes échelles de temps et d'espace, et plus généralement les liens entre l'évolution de la composition chimique de l'atmosphère et les problèmes de changement climatique. Il était également impliqué dans des recherches pluridisciplinaires portant sur les impacts économiques et sociaux des problèmes d'environnement (changements climatiques, ozone stratosphérique).

 

De 1989 à 1991, Gérard Mégie a été directeur scientifique des sciences de la Terre et de l'Univers à la direction de la recherche et des études doctorales du ministère de l'Education nationale. En sa qualité d'enseignant-chercheur soucieux de l'insertion des étudiants et de l'harmonisation européenne et internationale des diplômes, il a contribué à inspirer l'élaboration de la réforme du LMD (Licence, Master, Doctorat) et s'employait à sa mise en œuvre, en donnant vie notamment au concept d'école doctorale.

 

Membre de nombreux comités scientifiques européens et internationaux, Gérard Mégie a largement contribué à la structuration de la recherche dans les domaines de l'environnement et de l'espace tant au plan national, au sein de l'Institut national des sciences de l'Univers (INSU/CNRS) et du CNES, qu'aux plans européens et internationaux. Ayant exercé de nombreuses responsabilités au sein du Comité national de la recherche scientifique, très actif au sein du département des sciences de l’univers du CNRS, Gérard Mégie a présidé, à l’INSU, la commission spécialisée « Océan-Atmosphère » de 1991 à 1999. De 1999 à 2000, il a présidé le Comité de coordination des sciences de la planète et de l’environnement auprès du ministre chargé de la Recherche. Depuis 2000, il présidait le Comité des programmes scientifiques du CNES. Au plan international, il a notamment présidé la Commission internationale de l’ozone du conseil scientifique des unions internationales (ICSU) (1988-1996), le Comité scientifique pour l’observation de la Terre de l’Agence spatiale européenne (ESA) (1994-1999), le Comité scientifique « Stratosphère » de la Commission européenne (1989-2004). Il co-présidait le Comité scientifique international auprès des parties au Protocole de Montréal pour la protection de la couche d’ozone. A ce titre, il a assuré la coordination des rapports internationaux sur l’état de la couche d’ozone stratosphérique en 1998 et 2002. Il était également membre, depuis 2001, du European Research Advisory Board (EURAB) de la Commission européenne et, depuis 2003, du High Level Political Expert Group on European Research Council (ERCEG) de l'Union européenne.

 

Président du CNRS depuis novembre 2000, Gérard Mégie a lancé une importante réflexion stratégique qui a permis l'élaboration du « Projet d'établissement », sur lequel reposait le premier contrat d'action pluriannuel du CNRS signé avec l'Etat en mars 2002. Sous son impulsion, le conseil d'administration du CNRS a adopté, en juin 2003, une prise de position publique exprimant les inquiétudes du conseil face à la situation financière précaire de l'établissement. En mars 2004, Gérard Mégie a présenté avec Bernard Larrouturou, directeur général du CNRS, leur « Projet pour le CNRS », qui permettra à l'organisme d'évoluer en profondeur, et qui constitue une importante contribution au débat actuel sur l'avenir de la recherche française.

 

Acteur de la construction de l'Espace européen de la recherche, Gérard Mégie était l'initiateur du colloque « Europe de la Recherche : objectif 2010 » que le CNRS a organisé les 8 et 9 juillet 2004, à Paris. Profondément engagé en faveur du développement du dialogue entre la science et la société, il était aussi à l'origine de la refondation en 2002 du Comité d'éthique du CNRS.

 

Pour Bernard Larrouturou, « Gérard Mégie était un scientifique de renommée mondiale, et aussi un homme de grande culture, humaniste et pédagogue, apprécié de tous pour son ouverture d’esprit, sa rigueur intellectuelle et sa finesse d’analyse. Faisant preuve d’une constante attention aux autres, toujours accompagnée de chaleur et de simplicité, Gérard Mégie laisse dans la communauté scientifique de très nombreux amis. Son départ laisse à la tête du CNRS un vide très douloureux ».

 

Gérard Mégie était l'auteur de plus de 240 publications scientifiques dont près de 100 publications dans des revues internationales à comités de lecture et plus de 120 actes de colloques et rapports scientifiques. Il était l'auteur de deux ouvrages sur l'ozone stratosphérique : Stratosphère et Couche d'Ozone (Editions Masson) en 1991 et Ozone, l'équilibre rompu (Presses du CNRS) en 1989. Il était également le coordonnateur scientifique de deux rapports de l'Académie des Sciences : Ozone et propriétés oxydantes de la troposphère (1993), et Ozone Stratosphérique (1998) parus aux Editions Lavoisier.

 

Gérard Mégie s'était vu décerner la médaille d'argent du CNRS (1987), le Grand Prix de l'Union internationale des associations de prévention de la pollution atmosphérique (1991), le Grand Prix du Commissariat à l'Energie Atomique de l'Académie des Sciences (2001) et la Médaille Alfred Wegener de l'Union européenne des géosciences (2004). Il était membre de l'Académie des Sciences et membre de plusieurs Académies nationales et internationales. Gérard Mégie était chevalier de l'Ordre du Mérite (1990) et Chevalier de l'Ordre National de la Légion d'Honneur (2001).

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