Crowdfight COVID-19 met en lien les scientifiques du monde entier

Recherche

Des scientifiques issus de plusieurs pays ont mis en place la plateforme en ligne Crowdfight COVID-19, afin de faire correspondre les demandes de chercheurs et chercheuses travaillant sur le coronavirus et les compétences de volontaires.

« Pour être capable de sortir à nouveau dans les rues, il faut trouver rapidement un traitement ou un vaccin contre le virus responsable du COVID-19. Une telle urgence est inédite dans l’histoire de la science qui est plutôt un processus lent », raconte Alfonso Pérez-Escudero, biophysicien CNRS au Centre de recherches sur la cognition animale1. Ses collègues Sara Arganda, biologiste à la King Juan Carlos University en Espagne, Daniel Calovi, du Max Planck Institute of Animal Behaviour en Allemagne, et lui-même souhaitaient « contribuer aux efforts de recherche immédiatement utiles » et ont pensé qu’ils ne devaient pas être les seuls scientifiques dans ce cas. Ainsi est née la plateforme Crowdfight COVID-19.

Cette plateforme participative a pour objectif de mettre l’ensemble de la communauté scientifique au service des recherches sur le coronavirus. « Évidemment entièrement gratuite », elle présente deux accès. D'un côté, les scientifiques travaillant ou souhaitant travailler sur le COVID-19, déposent une tâche à remplir ou posent une question technique qui dépasse leurs compétences. De l'autre, des volontaires issus de l’ensemble de la communauté scientifique, toutes disciplines confondues, proposent leurs compétences et leur temps. Les bénévoles gérant la plateforme font alors le lien.

Carte des volontaires de Crowdfight COVID-19

Lancée le 18 mars 2020, la plateforme a déjà recensé plus de 40 000 volontaires « de tous les pays », dont 50 % travaillent en biomédecine. « Les trois scientifiques qui ont lancé la plateforme ont été les premiers surpris de ce succès immédiat », estime Raphaël Jeanson, directeur adjoint du Centre de recherches sur la cognition animale et point de contact de ce nouveau réseau pour la France. Créé en « un ou deux jours à peine », assurent Sara Arganda et Alfonso Pérez-Escudero, le site a rapidement reçu de nombreuses demandes d’aide et atteint aujourd’hui 165 requêtes « validées », c’est-à-dire faites par des professionnels de la science et pour lesquelles la plateforme peut effectivement se rendre utile.

Ces demandes couvrent de nombreuses expertises, de la traduction de documents comprenant du jargon technique à l’annotation d’images. Les modélisateurs peuvent demander du temps de calcul, d’autres des réactifs particuliers ou bien une revue de la littérature pour identifier un protocole expérimental. Cela va jusqu’à la sollicitation de collaboration pour trouver une compétence particulière. 25 de ces requêtes auraient déjà donné des résultats.

Conçu pour faire gagner du temps aux scientifiques qui luttent contre l’épidémie, le questionnaire en ligne est simple et rapide à remplir. Une vingtaine de bénévoles supplémentaires s’efforce de rendre la démarche intuitive. Par exemple, des informaticiens réfléchissent à des algorithmes d’intelligence artificielle permettant de faire correspondre plus efficacement les offres et les demandes. « Nous sommes vraiment heureux de la façon dont la communauté scientifique a répondu à cet appel, en y dédiant beaucoup de temps et d’expertises », concluent Sara Arganda et Alfonso Pérez-Escudero.

  • 1. CNRS/Université de Toulouse Paul Sabatier.