Robotique humanoïde : le CNRS et Wandercraft structurent leur partenariat

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Le CNRS et Wandercraft ont signé, à VivaTech, un protocole d'accord destiné à cadrer leurs futures collaborations en robotique humanoïde et en physical AI. L’objectif : lever plus vite les principaux verrous scientifiques du domaine, dans un contexte de compétition internationale accrue.

Pendant dix ans, Wandercraft s'est fait connaître pour ses exosquelettes innovants. L'entreprise française propose aujourd'hui Calvin, un robot humanoïde déjà déployé chez le groupe automobile Renault pour des tâches de manutention, comme le port de pneus. 

Le choix de la forme humanoïde n'a rien d'anecdotique : les usines partout dans le monde sont pensées pour un gabarit humain. Un robot à morphologie humaine peut s'y insérer sans réinventer les lignes de production. « Cela répond aussi à des problèmes de pénurie de main-d'œuvre et de troubles musculo-squelettiques, sur des tâches qui ont peu de valeur ajoutée », explique Véronique Ribière, responsable de la filière Industrie du futur, robotique et IA à la Direction des relations avec les entreprises (DRE) du CNRS. 

C'est précisément cette évolution vers la robotique humanoïde qui a conduit le CNRS et Wandercraft à formaliser leur rapprochement. L'enjeu dépasse désormais la seule conception d'un robot. Le protocole s’attaque au développement d’une nouvelle génération de machines intelligentes capables d'agir dans le monde physique. Une accélération mondiale que la Chine tire aujourd'hui vers l'avant.

La physical AI, un défi scientifique à relever


Les robots humanoïdes commencent à trouver leurs premiers débouchés industriels. Mais ils restent encore loin de pouvoir percevoir, décider et agir de manière autonome et fiable dans des environnements changeants. C'est tout l'enjeu de la physical AI

« Pour l’heure, nous savons déjà reproduire une partie de ce que savent faire les êtres humains. Mais plus on cherche à généraliser les capacités du robot, plus cela devient complexe », souligne Matthieu Masselin, CEO de Wandercraft. Pour y parvenir, la recherche explore plusieurs pistes, notamment les modèles combinant vision et langage (VLA, VLM) afin de piloter la manipulation d’objets par un robot. « Il existe aujourd'hui des VLA extrêmement impressionnants dans les laboratoires, mais leur niveau de fiabilité reste encore insuffisant au regard des exigences industrielles », ajoute-t-il. 

Lever ces verrous requiert des compétences diverses, allant de la robotique à l'intelligence artificielle. Et le protocole doit transformer ces défis scientifiques en collaborations concrètes.

Fédérer les laboratoires, décloisonner les disciplines


Le partenariat s'appuie sur une histoire déjà ancienne de collaborations entre Wandercraft et plusieurs laboratoires du CNRS. Par exemple, des chercheurs de l’Institut des systèmes intelligents et de robotique (ISIR, CNRS / Sorbonne Université) ont contribué à améliorer les algorithmes d'assistance variable des exosquelettes de l'entreprise, afin d'affiner l'effort partagé entre le patient et la machine. La start-up s'appuie également sur des briques technologiques issues de la recherche française, comme la bibliothèque logicielle open source Pinocchio, développée au LAAS-CNRS (Laboratoire d'analyse et d'architecture des systèmes) pour le calcul des mouvements et de la dynamique des robots.

Matthieu Masselin, CEO de Wandercraft, et Mehdi Gmar, Directeur général délégué à l'innovation du CNRS, lors de la signature du protocole d'accord sur le stand du CNRS à Vivatech, vendredi 19 juin 2026. © David Pell

Avec plus de 1100 laboratoires, le CNRS dispose aujourd'hui d'un large éventail d'expertises. Le protocole signé à VivaTech doit faciliter les collaborations sans multiplier les accords bilatéraux avec chaque laboratoire. Les deux partenaires peuvent identifier plus vite les équipes pertinentes et construire une feuille de route scientifique partagée. Les premiers travaux communs pourraient ainsi porter sur la physical AI, la locomotion en environnement industriel, et l'interaction humain-machine. D’autres pistes portent sur les modèles de fondation robotiques ou encore la manipulation et le port de charges lourdes.

Pour le CNRS, ce protocole rapproche la recherche des cas d'usage. Il connecte également des disciplines évoluant encore trop en silos autour des besoins de la start-up deeptech. « Aujourd'hui, il y a une mutualisation des expertises avec les équipes d'informatique, de cybersécurité, des matériaux… Mais aussi autour de la sobriété et des sciences humaines et sociales sur les questions d'acceptabilité », rapporte Véronique Ribière.

Au-delà des deux partenaires, le protocole s'inscrit dans un mouvement plus large de la filière française de la robotique. Les utilisateurs finaux expriment des besoins technologiques de plus en plus précis et leurs verrous scientifiques sous-jacents. Les politiques publiques soutiennent à leur tour le renforcement d’une filière française de la robotique à travers plusieurs appels à projets  France 2030. Lancé le 10 juillet dernier, le nouvel appel à projet « Défi Flagships » soutient, par exemple, le développement de sous-systèmes innovants pour la robotique, les drones et les équipements intelligents. 

Un enjeu de souveraineté technologique


Derrière ce protocole d'accord, le CNRS et Wandercraft affichent une ambition commune : renforcer une filière française de robotique humanoïde capable de rivaliser à l'international. Pour le CNRS, l'enjeu dépasse le simple transfert de technologies. « Le savoir-faire et l’expertise existent. C'est en travaillant main dans la main avec les industriels que nous pourrons les conserver et les transformer en France et en Europe », souligne Véronique Ribière.

Pour Wandercraft, ce partenariat présente aussi un intérêt en matière de maîtrise des connaissances. « Il y a moins de risques de fuite de connaissances lorsque nous travaillons avec des laboratoires français qu'avec des laboratoires situés dans d'autres zones géographiques. Il y a aussi moins de risques de contribuer à créer de futurs concurrents », souligne Matthieu Masselin. 

Le protocole ouvre ainsi la voie à une feuille de route scientifique commune. De quoi identifier les sujets prioritaires pour Wandercraft et les laboratoires du CNRS dans les prochains mois.

Le consortium Maestro : robotique intelligente et IA physique

Mené par l'Inria et le CNRS, Maestro a un objectif : permettre aux robots de quitter les environnements strictement contrôlés, tels que les usines et les entrepôts, pour évoluer aux côtés des humains dans des environnements complexes et dynamiques. Les recherches sont axées autour du développement d’architectures de contrôle différentiables et visent à développer une pile logicielle open source de référence mondiale pour la robotique intelligente et l'IA physique.

Le projet fédère des équipes de recherche et quatre acteurs industriels : Wandercraft, Safran, Renault et Helsing. 

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