CNRS La lettre innovation

Partenariats, création d'entreprises, brevets, licences, événement... Retrouvez tous les mois les dernières actualités de la valorisation et de l'innovation au CNRS.

Brevets et licences

Une couche picturale bleue sans pigments

Des chercheurs de l'Institut lumière matière1, en collaboration avec l'artiste plasticienne Anne Goyer, ont mis au point une teinte bleue non pigmentaire, générée par la diffusion de la lumière sur des nanoparticules. Ce procédé est valorisé au travers de la création d’une start-up, avec le soutien de la Satt Pulsalys.

illustration

Au départ, il y a le travail intuitif d'une artiste plasticienne : Anne Goyer qui, pour obtenir certaines teintes bleues dans ses propres dessins, réalisait des empilements de couches de craie blanche et de poix minérale noire (un bitume2 naturel récolté au Puy de la Poix, en Auvergne). Une rencontre avec la chercheuse Anne Pillonnet, de l'Institut lumière matière1, a débouché sur un véritable projet scientifique : identifier l'origine de cette teinte bleue non pigmentaire, afin de l'optimiser et de la contrôler.

Les chercheurs ont d'abord voulu comprendre comment se formait ce bleu et quel était le rôle des différents ingrédients. En utilisant de multiples techniques (spectroscopies, colorimétrie, granulométrie laser, diffraction des rayons X et fluorescence X, microscopie électronique par balayage), ils ont analysé la composition de la couche picturale utilisée par l'artiste, et l'interaction entre la lumière et la matière. Conclusion : la teinte bleue est due à la présence de particules de taille nanométrique (environ 100 nm de diamètre) dans l'empilement de couches de craie et de poix minérale. Ces particules, dont la taille est inférieure aux longueurs d'onde de la lumière visible, provoquent un phénomène de diffusion Rayleigh3, responsable de la couleur bleue observée.

Après deux ans de recherche au laboratoire et d'essais réalisés par l'artiste, une procédure optimisée a été mise au point. Elle permet d'obtenir de manière fiable et reproductible des teintes bleues intenses.  « Le travail au laboratoire a permis de formaliser les différentes étapes, telles que le broyage manuel des particules minérales, ou les temps de séchage entre l'application des différentes couches », indique Anne Pillonnet. Ce nouveau protocole a fait l'objet d'un dépôt de brevet4 avec le soutien de la Satt Pulsalys, qui œuvre pour la valorisation du procédé.

Un premier projet de valorisation est lancé, à destination de l'industrie du luxe. Une chercheuse a été recrutée pour développer « un objet précieux » (sa nature reste aujourd'hui confidentielle), qui tirera parti de la teinte non pigmentaire, mais aussi du geste artistique qui est à l'origine de sa création. Un projet de start-up, avec un porteur identifié déjà introduit dans les marchés du luxe, est en cours. L'équipe de l'Institut lumière matière, toujours en lien avec Anne Goyer, veut poursuivre les recherches avec des laboratoires en histoire de l'art, afin d'explorer dans quelle mesure ce type de teintes non pigmentaires a pu être utilisé par des maîtres anciens5.

 

1 Institut Lumière Matière (CNRS/Université Claude Bernard Lyon1)

2 Un bitume est un mélange visqueux de composés hydrocarbures, de couleur brune ou noire.

3 La diffusion de Rayleigh est un mode de diffusion des ondes dont la longueur d'onde est beaucoup plus grande que la taille des particules diffusantes.

4 Brevet FR 1851 1727 « Procédé de peinture au bitume et kit de peinture associé », en copropriété CNRS/Université Claude Bernard Lyon 1, déposé le 27/2/2018

5 Structural blue coating based on glaze painting.Anne Goyer, Amina Bensalah-Ledoux, Davy Carole, Cécile Le Luyer, Tiphaine Blanchard, Isabelle Merdrignac, Isabelle Guibard, Anne Pillonnet, Arts et Sciences, 2, 3 (2019). 10.21494/ISTE.OP.2019.0423

Contact :

Anne Pillonnet / Institut lumière matière / anne.pillonnet@univ-lyon1.fr