CNRS La lettre innovation

Partenariats, création d'entreprises, brevets, licences, événement... Retrouvez tous les mois les dernières actualités de la valorisation et de l'innovation au CNRS.

Brevets et licences

Un lave-mains collectif sans contact à partir de pièces recyclées

Yann Philippe Tastevin, anthropologue au Laboratoire interdisciplinaire solidarités, sociétés, territoires1, en collaboration avec un fablab de Dakar (Sénégal), a utilisé des pièces de véhicules hors d'usage pour construire des lave-mains collectifs sans contact. Plusieurs prototypes ont été installés et une gamme de lave-mains a été développée sur le même principe.

illustration

L'innovation est le plus souvent synonyme de hautes technologies. Mais pas pour Yann Philippe Tastevin, anthropologue au Laboratoire interdisciplinaire solidarités, sociétés, territoires, qui depuis des années s'intéresse aux processus d'innovation résolument fondés sur la low tech et le recyclage, couramment pratiqués dans les pays du sud. « Dans ce type de processus, c'est le besoin qui commande l'innovation, et la conception comme la réalisation du nouveau produit reposent sur le réassemblage original de composants existants », indique le chercheur.

C'est sur ce principe qu'est né à Dakar un lave-mains collectif sans contact, pour répondre à la problématique de la contamination par les mains dans le contexte de la pandémie de COVID-19, avec un accès à l'eau souvent difficile dans l'espace public. Au cours d’enquêtes de terrain préalables, l'anthropologue était entré en contact avec le fablab "Defko Ak Ñëp" de Ker Thiossane à Dakar, et tout un écosystème d'artisans, réparateurs, fondeurs, ferrailleurs… qui pratiquent la récupération de pièces, provenant en particulier de véhicules hors d'usage. En collaboration avec Bassirou Wade, soudeur et designer autodidacte, Yann Philippe Tastevin réfléchit alors à la conception d'un lave-mains qui répondrait à trois exigences : permettre un usage collectif, sans contact, et avec une consommation d'eau minimale.

Le dispositif réalisé comprend ainsi quatre postes de lavage, un circuit d'eau et de savon liquide, et un réservoir de 200 litres qui permet 2 000 lavages. Chaque lavage demande dix fois moins d'eau qu'avec un robinet à détection infra-rouge. La plus grande partie du système est constituée de pièces de récupération, telles que des câbles de frein, des durites d'essence, ou encore des pédales de motos pour commander le lavage au pied. Les premiers prototypes ont été installés dans une mairie de Dakar, sur l'esplanade d'une mosquée, puis dans un hôpital pour enfants. Des modèles à deux postes et à un seul poste ont également été fabriqués à destination des écoles, des collectivités locales et des particuliers. Des prototypes à la petite série, une gamme est née, fabriquée à la commande et commercialisée directement par Bassirou Wade. 

Une démarche exemplaire qui pourra faire des émules, y compris sous d'autres cieux : Bassirou Wade présentera le lave-mains de Dakar à la biennale du design de Saint-Étienne en 2022.

 

1 CNRS/Université Toulouse Jean Jaurès. Depuis le 01/09/2021, Yann Philippe Tastevin effectue ses recherches au Laboratoire international de recherche Environnement, Santé, Sociétés (CNRS/Université Cheikh Anta Diop de Dakar)

Contact :

Yann Philippe Tastevin / Chercheur au Laboratoire international de recherche Environnement, Santé, Sociétés / yann.tastevin@cnrs.fr