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Le PPR Autonomie lance son premier appel à projets

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Quelques mois après sa création, le Programme Prioritaire de Recherche sur l’autonomie met en place son premier appel à projets d’un montant global de 7 millions d’euros.

Lancé en mars 2021 avec un budget de 30 millions d’euros sur une durée de 5 ans, le Programme Prioritaire de Recherche (PPR) sur l’Autonomie vise à lancer des recherches dans de nombreuses disciplines pour faciliter ou préserver l’autonomie des personnes, qu’elles soient concernées par le vieillissement ou une situation de handicap. « Cette notion d’autonomie renvoie généralement à la capacité d’agir, de faire des choix pour soi-même, ou à l’idée de se fixer à soi-même ses propres règles selon une logique d’auto-détermination, explique Claude Martin, directeur de recherche en sociologie au Laboratoire ARENES1 et président du conseil scientifique du PPR Autonomie. Si elle concerne en particulier le grand âge ou les situations de handicap, elle nous concerne tous plus globalement, car l’autonomie dépend des situations dans lesquelles nous évoluons et de notre environnement. »

Un premier appel à projets sur les défis 1 et 2

Le conseil scientifique du PPR Autonomie2 avaient, dès son lancement, formulé trois priorités3 pour le PPR parmi lesquelles : l’identification des principaux défis scientifiques de la thématique de l’autonomie. Et c’est sur la base de quatre défis retenus (voir encadré) que le PPR Autonomie entend donner les orientations et les perspectives de recherche sur les 10 ans à venir. Le PPR Autonomie a publié son premier appel à projets portant sur les défis 1 et 2.

Pour le premier défi - qui vise à définir l’autonomie – le PPR propose deux axes de recherche. Le premier consiste à « faire la généalogie de la notion en allant chercher dans divers domaines (la philosophie, les études de genre, le traitement médiatique, par exemple) les racines et les usages de cette notion au-delà de sa définition administrative actuelle », explique Claude Martin. Le deuxième axe porte sur la généalogie de l’usage politique de cette notion d’autonomie. « Pourquoi et dans quelle mesure cette notion est-elle venue se substituer à d’autres comme l’opposition ‘capacité / incapacité’ ou encore à celle de dépendance ? », souligne Claude Martin.

Un défi pour l’action publique

Le deuxième défi concerne les politiques publiques. L’appel à projets propose comme premier axe de recherche de « caractériser des modèles nationaux de prise en charge des problèmes d’autonomie et de dépendance », informe Robert Lafore, professeur de droit public à Sciences Po Bordeaux, chercheur au Centre de droit comparé du travail et de la sécurité sociale et membre du conseil scientifique du PPR Autonomie.

L’objectif est d’identifier différents modèles d’action publique en termes d’autonomie : « mettre en avant les caractéristiques spécifiques de ces politiques, comment elles se différencient, mais également identifier différentes logiques d’ensemble. » Ceci devrait permettre de situer le cas français par rapport aux autres pays. « En partant de la comparaison de ‘ce qui est’, on pourrait se prononcer sur ‘ce qui pourrait être’. »

Le deuxième axe de recherche du défi 2 se focalise sur « la mise en œuvre de cette politique en France », et sur ses variations territoriales. « On peut imaginer des travaux de recherche portant sur un grand nombre de départements français pour mettre en lumière les difficultés que l’on sait importantes entre les besoins et attentes des personnes concernées et les réponses fournies par les dispositifs d’action publique », souligne Robert Lafore.

« Les porteurs de projets peuvent choisir de répondre aux deux défis »
Les équipes sont invitées à définir des projets susceptibles de couvrir les défis 1 et 2. « C’est notamment l’originalité de cet appel. Les porteurs de projets peuvent choisir de répondre à tout. »

Après les défis 1 et 2, le PPR Autonomie prépare un dispositif différent pour les défis 3 et 4 d’ici début 2022. « Nous envisageons des appels à manifestation d’intérêt adressés à l’ensemble de la communauté de recherche pour parvenir après un travail de séminaires à formuler un nouvel appel à pour ne retenir que quelques projets de grande envergure sur 5 ans mobilisant des consortiums d’équipes. » Ces projets porteront sur les expériences de perte d’autonomie et la perception des réponses fournies à cette perte, mais également sur les innovations en matière d’accompagnement, de compensation et de soutien, en particulier les innovations technologiques en lien avec les sciences de l’ingénieur et de l’information. « Nous souhaitons aider à faire aboutir des innovations qui tiennent compte des usages des personnes avec par exemple l’utilisation de living labs4 », conclut Claude Martin.

  • 1. CNRS/EHESP/Sciences Po Rennes/Université Rennes 1.
  • 2. Le conseil scientifique du PPR Autonomie est composé de 16 personnalités scientifiques venant des grands organismes de la recherche française, de directions scientifiques d’organismes du champ de l’autonomie, et de disciplines variées comme le droit, l’épidémiologie, la sociologie, la philosophie, la démographie, la santé publique, la biologie du vieillissement, la science politique ou encore l’informatique.
  • 3. Les trois priorités du PPR Autonomie sont : i) concevoir des développements scientifiques pensés avec et pour les populations concernées ; ii) mobiliser les ressources du PPR pour renforcer les structures et infrastructures pour la recherche dans le domaine de l’autonomie ; iii) identifier les principaux défis de la thématique de l’autonomie pour la recherche.
  • 4. Laboratoire de mise en situation réel et d’expérimentation de technologies.

Quatre défis

Défi 1 : définir la notion d’autonomie et les modalités de sa compréhension et de sa mesure.

Défi 2 : étudier la conception des politiques publiques en matière d’autonomie à l’échelle nationale et internationale

Défi 3 : interroger les situations et expériences d’autonomisation et de réduction de l’autonomie. 

Défi 4 : la conception, la réception et les usages des dispositifs et expérimentations innovants en matière d’adaptation de l’environnement et d’accompagnement humain des personnes en vue de leur autonomie