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Brevets et licences

Un matériau pour le stockage réversible d'informations cryptées

Un consortium pluridisciplinaire de chimistes de l’Institut des sciences chimiques de Rennes1 a développé un matériau imprimable par irradiation aux UV et résistant à de nombreux cycles d’écriture-effacement. Parmi ses applications potentielles : le stockage d'informations cryptées et la lutte anti-contrefaçon.

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En incorporant des composés émetteurs de lumière dans une feuille de polymère, des chimistes de l’Institut des sciences chimiques de Rennes1 ont créé un matériau capable de stocker des informations invisibles à la lumière du jour, mais révélées par un éclairage ultra-violet. Ce matériau qui a fait l’objet d’une demande de brevet européen2 soutenue par la SATT Ouest Valorisation, a l'avantage d'être réutilisable : la durée de vie des données imprimées peut être réglée et une fois les données effacées le support est disponible pour une nouvelle impression.

Pour inscrire des données sur le matériau, deux voies sont possibles : L'impression, en irradiant la feuille de polymère avec une lampe UV à travers un masque, et l'écriture directe à l'aide d'un faisceau laser émettant dans l'ultra-violet. Ces données, invisibles à la lumière du jour, peuvent ensuite être lues par simple irradiation avec une lampe UV. En ajustant certains paramètres, par exemple le temps d'exposition, la durée de vie des données cryptées varie de quelques minutes à plusieurs jours. L'effacement peut être accéléré par chauffage. Outre le caractère réversible de l'inscription, le procédé a l'avantage d'être simple et peu coûteux. Les composés utilisés ne contiennent de plus, ni cadmium, ni plomb, ni terre rare, contrairement aux dispositifs émissifs actuellement commercialisés.

Le matériau développé à l’Institut des sciences chimiques de Rennes est un polymère PMMA3 dans lequel sont incorporés un composé émetteur organique (bleu-vert) et un composé émetteur inorganique (rouge). Pour fabriquer ce matériau, plutôt que d'incorporer les émetteurs dans une matrice de polymère préalablement synthétisée, les chimistes ont mis au point une synthèse par copolymérisation qui donne une feuille de PMMA incorporant les deux types d'émetteurs, distribués de manière homogène et stable. Ces travaux sont publiés dans la revue Materials Today4.

Parmi les applications potentielles de ce matériau émissif, figurent l'enregistrement de données cryptées ou des dispositifs anti-contrefaçon. Son développement est poursuivi par l’intégration d'autres types d'émetteurs, en faisant varier leur concentration dans le polymère, mais aussi en explorant d'autres polymères susceptibles de donner naissance à des matériaux émissifs capables de réagir de manière réversible à un stimulus externe, comme par exemple des peintures luminescentes réagissant à la pression.

 

1 Institut des Sciences Chimiques de Rennes (CNRS/INSA Rennes/ENSC Rennes/Université Rennes 1)

2 Brevet « Luminescent material made of a polymer-matrix comprising luminescent organic compound and luminescent metal clusters » déposé le 24 avril 2019.

3 Le polyméthacrylate de méthyle, PMMA, est un polymère thermoplastique transparent obtenu par polyaddition dont le monomère est le méthacrylate de méthyle (MMA).

4 Self-erasable Inkless Imprinting Using a Dual Emitting Hybrid Organic-Inorganic Material. S. Khlifi, N. Fournier Le Ray, S. Paofai, M. Amela-Cortes, H. Akdas-Kiliç, G. Taupier, S. Derien, S. Cordier, M. Achard, Y. Molard. Materials Today 2020 

Contact :

Yann Molard / Enseignant-Chercheur à l’Institut des sciences chimiques de Rennes / yann.molard@univ-rennes1.fr