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La science s’invite dans l’actualité… et les chercheurs du CNRS nous aident à la décrypter !
A l’heure où la communauté scientifique tire la sonnette d’alarme concernant la survie des coraux et le maintien des écosystèmes marins, Serge Plane, écologue au CNRS, nous dévoile 3 choses à savoir sur ces organismes marins.
Les coraux ne couvrent que 0,1 % de la surface des océans. Malgré cette présence infime, ces derniers abritent 25 à 30 % de la biodiversité marine. Ils jouent également un rôle essentiel de barrière naturelle, protégeant les côtes de l’impact des vagues et de la houle. Pour de nombreuses sociétés humaines, les coraux constituent par ailleurs une ressource alimentaire, un atout économique et un levier touristique majeur, comme par exemple aux Maldives, aux Seychelles ou en Polynésie, où le tourisme représente la première source de revenus. Serge Plane le souligne, les récifs contribuent directement au bien-être et aux moyens de subsistance d’environ un humain sur huit (1 milliard d’humains).
L’idée de point de bascule, largement mobilisée par les chercheurs, repose sur des modèles mathématiques montrant qu’au-delà d’un certain seuil de perturbation, un écosystème ne peut plus revenir à son état initial. Mais appliquer ce concept aux écosystèmes vivants est délicat : les écosystèmes ne se reconstruisent jamais à l’identique, car ils possèdent une capacité d’adaptation propre tout en gardant les mêmes fonctions. Les récifs coralliens en offrent une illustration saisissante : même après des stress majeurs – blanchissement, attaques d’étoiles de mer ou autres perturbations – un récif fortement dégradé peut se régénérer entièrement en cinq à sept ans. Cette rapidité dépasse largement celle des forêts tropicales, dont les arbres, parfois centenaires, nécessitent des décennies pour se reconstituer après un incendie. Quoi qu’il en soit, la dégradation des récifs coralliens progresse aujourd’hui dangereusement. Serge Planes souligne que, faute de pouvoir réduire rapidement nos émissions de carbone, il est essentiel de réduire les stress locaux qui dépendent de décisions locales, comme l’amélioration du traitement des eaux usées ou la lutte contre la prolifération algale. De telles mesures permettraient de réduire les sources de stress et de limiter la dégradation des coraux.
Les multiples stress qui affectent les récifs coralliens n’ont pas les mêmes conséquences partout. Certaines familles de coraux, comme les coraux branchus, s’y montrent particulièrement sensibles, tandis que des espèces pionnières plus résistantes peuvent recoloniser les zones dégradées et relancer la dynamique du récif. D’autres études portant sur les “oasis coralliennes” révèlent même l’existence de sites où aucun déclin notable n’est observé, pour des raisons encore mal comprises. Comprendre ces trajectoires atypiques nécessitera des suivis à très long terme, jusqu'à des décennies car les coraux, dont certaines espèces vivent plusieurs siècles, s’inscrivent dans des cycles biologiques longs et complexes. C’est précisément pour élucider ces mécanismes que l'expédition Tara Coral lèvera l’ancre le 16 décembre direction l’Asie du Sud-Est, une région où les récifs semblent mieux résister qu’en mer Rouge, dans l’océan Indien ou dans les Caraïbes. Identifier les mécanismes qui expliquent ces différences pourrait aider à freiner la dégradation de nombreux récifs.
Serge planes est écologue au CNRS, directeur du LabEx Corail, centre d’excellence qui regroupe l’ensemble des scientifiques français travaillant sur l’écologie au sens large des récifs coralliens, et il coordonne le consortium Tara Pacific. Ses recherches portent sur l'étude de la génétique des populations des organismes marins.
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