Décryptage : SOS corail en détresse

Environnement

Par leur diversité et la multiplication de leurs formes et de leurs couleurs, les récifs coralliens représentent un écosystème exceptionnel… mais particulièrement menacé par le réchauffement climatique. Un rapport signé par 160 scientifiques publié en octobre 2025 alertait sur la « crise sans précédent » rencontrée par les récifs coralliens d’eau chaude et déclarait que le point de bascule avait été atteint. Serge Planes, écologue au CNRS, nous éclaire. 

Coraux : le point de basculement est-il franchi ?

Les récifs coralliens connaissent une crise sans précédent à cause du réchauffement climatique. Explications avec Serge Planes, écologue au CNRS.

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Quel effet le réchauffement climatique terrestre a-t-il sur les récifs coralliens ?

Le réchauffement climatique a une conséquence immédiate sur le réchauffement des océans. Dans les zones tropicales, les espèces coralliennes sont déjà à la limite de leur tolérance thermique. Lorsque cette limite est dépassée, les phénomènes de blanchissement se répètent année après année, entraînant un déclin progressif des récifs coralliens.

Pourquoi les récifs coralliens sont-ils sensibles à la hausse des températures ?

Les récifs coralliens reposent sur le développement du corail, un organisme vivant en symbiose avec une algue microscopique qui lui fournit son énergie. Lorsque la température de l’eau dépasse les 30 à 31 °C, cette symbiose se rompt : l’algue provoque un stress oxydatif, le corail l’expulse, perd sa source d’énergie et finit par mourir par manque d’énergie. Ce processus, appelé blanchissement, s’est intensifié avec les canicules marines. Les années 2024-2025 ont d’ailleurs été qualifiées par la NOAA (National Oceanic and Atmospheric Administration) et plusieurs experts comme une période de blanchissement massif à l’échelle mondiale.

Pouvez-vous expliquer ce que recouvre la notion de “ point de basculement “ appliquée aux récifs coralliens ?

La question du point de basculement, évoquée dans plusieurs études, tend à dire que lorsque l’on passe ce seuil, il devient impossible de revenir à un récif tel qu’il était avec toutes ces fonctions.  Parler d’un basculement global est toujours délicat, même si c’est le cas de plusieurs récifs : ceux des Caraïbes, du golfe Persique, de la mer Rouge, ou encore certains de l’océan Indien.
Mais il existe d’autres endroits, comme le sud-est asiatique ou le Pacifique, où l’on n’observe pas un déclin aussi marqué. Dans ces zones-là, on peut penser que le tipping point n’a pas encore été atteint.

Au-delà du réchauffement climatique, existe-t-il d’autres facteurs aggravants ?

Le réchauffement climatique est aujourd’hui le moteur principal du déclin des récifs coralliens, mais ce n’est pas le seul. Tout ce qui relève de la gestion des eaux usées, des bassins versants, de la pêche, ou de l’extraction dans les récifs coralliens joue un rôle majeur.
S’il est difficile d’agir rapidement sur le climat, il est en revanche possible d’améliorer la qualité des eaux littorales et des bassins versants, de mettre en place des réserves marines, ou encore des systèmes de gestion qui permettent de donner du temps au corail pour s’adapter à des températures plus élevées.

Reste-t-il aujourd’hui une marge d’amélioration pour les récifs coralliens ?

Au-delà du côté pessimiste que montrent les études en cours, nous avons aussi le droit d’être un peu optimistes. Le récif corallien a une capacité de régénération rapide. Plusieurs études ont montré qu’après des dégradations importantes, un récif pouvait se régénérer en 5 à 6 ans. S’il n’y avait pas d’autres stress ni d’autres impacts, il pourrait retrouver un état presque initial, comme avant le déclin.

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