De la science qui se joue au Festival d’Avignon
Du 9 au 16 juillet, binôme fait monter la science sur les planches du Festival d’Avignon.
Tel un miroir déformé, le chercheur devient un objet d’étude pour les artistes. Le projet binôme, créé en 2010 par la compagnie « les sens des mots » donne carte blanche à un auteur pour interpréter les recherches d’un scientifique. Pour cette 11e édition, binôme mettra en scène cinq représentations du 9 au 16 juillet couvrant des thématiques allant des sciences du climat aux sciences de traitement du son. Valérie Masson-Delmotte
Cinquante minutes chrono
À l’origine de ce projet, il y a Thibault Rossigneux, metteur en scène, comédien, auteur et directeur artistique de la compagnie. « À l’époque, je réfléchissais à faire des programmes ‘arts et sciences’ avec l’envie d’un concept partant de l’écriture, le tout dans un format court et percutant », explique ce dernier. Il imagine alors un concept où chacun se mettrait en danger. Le chercheur et l’auteur.
Car binôme, c’est en premier lieu une rencontre chronométrée de cinquante minutes durant lesquelles le chercheur va présenter son sujet d’étude à un auteur qu’il rencontre pour la première fois. « Cela peut être des grands moments de solitude pour certains auteurs qui sont face à des sujets très pointus », s’amuse Thibault Rossigneux. Et la chercheuse en biomécanique des fluides au laboratoire Biomécanique et Bioingénierie
« Cette mise en fiction bouleverse les chercheurs »
Lorsque le chercheur en vient finalement à découvrir le texte, c’est lors d’un moment filmé par Thibault Rossigneux. « La découverte du texte est un moment très émouvant. La mise en fiction d’eux-mêmes ou de leur objet de recherche bouleverse les chercheurs », souligne-t-il. Et en effet, les chercheurs sont souvent étonnés par l’intimité que les auteurs ont réussi à déceler entre les lignes lors de l’échange initial. « L’œuvre de Catherine Zambon est très introspective. Elle se met à ma place et apporte ce regard extérieur. Elle a su déceler cette idée de renoncement, de sacrifice par rapport à la science qui me caractérise », estime Anne-Virginie Salsac. Et si le chercheur se voit dans ce miroir, l’auteur a toute sa présence également. « J’ai pu admirer ce qu’elle avait pu faire de mon récit. Le texte éclairait la science et amenait le lecteur à la comprendre, le tout intégré à une histoire qui était son histoire. Toute cette période de sa vie avait tourné autour de la mécanique des fluides », poursuit la chercheuse.
La science sur les planches
À Avignon, le public découvrira les textes des cinq auteurs mis en scène, mais également les images de la première rencontre ainsi que du chercheur lorsqu’il découvre le texte. « Il y a un gros complexe chez les chercheurs. La peur de ne pas être compris par la société et de se sentir isolé, rapporte Thibault Rossigneux. Avec binôme, ils voient qu’ils peuvent générer de l’intérêt et qu’ils peuvent être compris. » Et en effet, binôme apporte beaucoup aux chercheurs. « Lors d’une représentation, la science est vue par le prisme de l’art et donne un point de vue tout en originalité sur la recherche, mais également sur le chercheur lui-même », souligne Fabrice Imperiali.
Rencontres Recherche et Création
Également présentes au Festival d’Avignon pour leur 8e édition, les Rencontres Recherche et Création, portées par l’ANR