Déclaration du G6 : les leçons tirées de la pandémie de Covid-19

CNRS

Le réseau G6, qui regroupe les principaux organismes pluridisciplinaires de recherche européens – CNR (Italie), CNRS (France), CSIC (Espagne), Helmholtz Association, Leibniz Association et Max Planck Society (Allemagne) – et représente 135 000 collaborateurs, a publié un rapport sur les enseignements tirés de la pandémie de COVID-19 et propose des pistes d’actions en réponse.

Alors que la pandémie actuelle de SARS-CoV-2 frappe depuis près deux ans et a mis les États du monde entier en difficulté tant sur le plan sanitaire, qu’économique et sociétal, le réseau G61 publie un rapport ayant pour but de proposer des éléments de réflexion et des pistes pour mieux anticiper et aborder de futures pandémies mondiales.

La pandémie de COVID-19 a montré qu'il restait beaucoup à faire pour améliorer la préparation et la résilience des sociétés. Les défis qui en résultent ne peuvent être relevés seuls par des régions ou des États, mais imposent des structures décisionnelles, la mise à disposition d'expertises, des bases juridiques pour garantir une réponse rapide et, surtout l’accroissement des connaissances. Rédigé dans le contexte de la pandémie actuelle de SARS-CoV-2 par un groupe de douze experts appartenant aux organismes du G6, ce rapport résume certains des enseignements préliminaires pouvant être tirés de l'expérience récente de la pandémie de COVID-19 pour mieux affronter des futures pandémies.

Soulignant la responsabilité incombant aux communautés scientifiques en période de pandémie, et la nécessité accrue de capacités de décision politique et d’actions basées sur la connaissance scientifique, le rapport met en avant une quinzaine de points :

- Dans le cas où une propagation à l’échelle mondiale ne peut être évitée, une stratégie de faible incidence prenant en compte les impacts économiques et sociétaux dans les différentes parties du monde devrait être visée.

- Pour sensibiliser le public et garantir le respect des règles, la stratégie de réponse, l'état actuel des connaissances, la justification de chaque action et les incertitudes potentielles doivent être clairement communiqués.

- Des dispositions légales aux niveaux régional, national et européen doivent être adoptées à l'approche des crises pour éviter des vides juridiques et permettre une mise en œuvre rapide des mesures.

- Des actions de prévention, de détection et de freins à la pandémie, coordonnées aux échelles européennes et mondiales, doivent être définies dès le départ, en exploitant l'ECDC2, l'HERA3 et l'OMS4 comme structures de communication et de soutien.

- Un comité d'experts européen permanent et multidisciplinaire sur les pandémies devrait être créé sous l'autorité de l'HERA.

- Le partage et l'échange de données ont été déterminants pour comprendre rapidement la physiopathologie de l'infection par le SARS-CoV-2. Soutenir le développement de la science ouverte est essentiel pour se préparer aux futures pandémies.

- Les recherches interdisciplinaires en économie, écologie, sciences humaines et sociales doivent être soutenues aux niveaux national et européen pour développer une agriculture durable, résiliente et respectueuse de l'environnement et pour mieux comprendre le comportement socio-anthropologique lié à l'émergence et à la propagation des maladies infectieuses.

- La pandémie de COVID-19 a mis en évidence la nécessité de coordonner les essais cliniques au niveau européen, sur la base de lignes directrices communes.

- Des systèmes de surveillance rapides et efficaces, comprenant des tests de détection précoce, le séquençage génomique des agents pathogènes et une surveillance représentative des pandémies, doivent être intégrés aux systèmes de surveillance européens et mondiaux.

- De nouveaux outils de diagnostic ainsi que des technologies d’observation des aérosols sont nécessaires et devraient être développés et financés au niveau européen.

- Pour mieux se préparer aux futures pandémies, il convient d'élaborer un cadre de compétences européen impliquant des décideurs politiques, des scientifiques et d’autres acteurs appropriés aux niveaux régional, national et européen.

- Des scientifiques issus de nombreux domaines de la recherche fondamentale ont apporté des connaissances essentielles à la lutte contre les pandémies . Une recherche fondamentale forte est nécessaire pour combler rapidement les lacunes en matière de connaissances et pour se préparer à de futures crises de causes encore inconnues.

- Les infrastructures de recherche européennes et internationales telles qu'EVA5, InfraVec6 ou INFRAFRONTIER7 ont joué un rôle crucial dans les crises sanitaires passées liées à des virus et sont d'une grande importance pour la communauté des chercheurs. Elles nécessitent un engagement politique et des efforts d'investissement soutenus aux niveaux national et européen.

- Les effets secondaires de la pandémie et les mesures mises en œuvre pour la freiner, dans des domaines autres que la santé doivent être surveillés et pris en compte à long terme. Par exemple, une analyse coûts-bénéfices approfondie est nécessaire avant de décider la fermeture des établissements d'enseignement tels que les écoles et maternelles, car ces fermetures peuvent avoir des conséquences négatives à long terme qui ne peuvent être prédites, en particulier pour les enfants et les adolescents.

- Une pandémie expose la stabilité financière à des risques majeurs sur le long terme. Anticiper ces risques par des politiques économique et fiscale appropriées peut contribuer de manière importante à contenir ces risques.

- Si à court terme une réponse massive et spécifique à la pandémie s’est imposée, garantir une capacité de réponse, sur la base de mesures moins spécifiques, planifiées sur le long terme, pour faire face à un éventail de risques connus et inconnus, devrait être un axe de réflexion privilégié.

  • 1. Consiglio Nazionale delle Ricerche (CNR, Italie), Centre national de la recherche scientifique (CNRS, France), Consejo Superior de Investigaciones Cientificas (CSIC, Espagne), Helmholtz-Gemeinschaft, Leibniz-Gemeinschaft et Max-Planck-Gesellschaft (Allemagne).
  • 2. Centre européen de prévention et de contrôle des maladies.
  • 3. Autorité européenne de préparation et de réaction aux urgences sanitaires. Créée au cours de la pandémie de Covid-19, l’HERA a pour but de préparer l’Union européenne aux futures menaces sanitaires transfrontalières.
  • 4. Organisation mondiale de la santé.
  • 5. European Virus Archive. EVA mobilise un réseau mondial d'expertise en virologie pour collecter, amplifier, caractériser, standardiser, authentifier, distribuer, collecter les virus.
  • 6. Infravec2 est un projet d'infrastructure international et interdisciplinaire sur les insectes vecteurs de maladies humaines et animales, notamment les moustiques, les phlébotomes, d'autres mouches et les tiques.
  • 7. L’infrastructure de recherche européenne, INFRAFRONTIER vise à fournir à la communauté de la recherche biomédicale les outils nécessaires pour démêler le rôle de la fonction des gènes dans les maladies humaines.