L’Union mathématique internationale fête ses 100 ans

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L’Union mathématique internationale (IMU) fête son centenaire les 27 et 28 septembre prochains à Strasbourg. Président du Comité national français des mathématiques qui co-organise la cérémonie, Bertrand Rémy nous explique en quoi cet événement est une reconnaissance mondiale de l’école mathématique française.

La communauté des mathématiques se réunit en septembre pour célébrer le centenaire de l’Union mathématique internationale. Que représente cette organisation ?

Bertrand Rémy1 : L’IMU est une organisation scientifique internationale dont l’objectif est de soutenir et de promouvoir les mathématiques, les mathématiciens et mathématiciennes dans le monde entier. Elle est la société savante mondiale en mathématiques. Organisation non gouvernementale et à but non lucratif, elle réunit en particulier le Congrès international des mathématiciens2 (ICM) tous les quatre ans pour y remettre certains des prix les plus prestigieux en mathématiques, comme la médaille Fields et le prix Gauss3. C’est aussi au cours des assemblées générales de l’IMU que sont programmés les prochains ICM, comme celui qui aura lieu à Saint-Pétersbourg en juillet 2022.

L’Union compte aujourd’hui environ 90 pays membres. Avec un an de retard à cause de la pandémie mondiale, nous célébrons son centenaire à Strasbourg, à l’endroit même où elle a été fondée le 20 septembre 1920, marquée par la situation particulière après la Première Guerre mondiale. Même si l’IMU d’aujourd’hui – qui siège maintenant à Berlin – a en fait été recréée après la Seconde Guerre mondiale, le centenaire de la fondation permet de mesurer le chemin parcouru en montrant que l’Union cherche désormais à inclure les scientifiques de tous les pays. C’est pourquoi la cérémonie prend la forme d’une conférence scientifique titrée « Mathematics without borders ». Celle-ci est placée sous le haut patronage de Monsieur Emmanuel Macron, Président de la République, et présentera une allocution enregistrée de la ministre Frédérique Vidal. Le programme comprend 14 intervenants et intervenantes, dont quatre Français.

Comment la communauté française est-elle représentée auprès de l’IMU ?

B. R. : Lorsque, en 1952, l'Union mathématique internationale a été reconstituée, la France fut un des premiers pays membres et un comité national, le Comité national français des mathématiques (CNFM), a été créé pour faire l’interface avec la communauté française. Association régie par la loi de 1901, il compte aujourd’hui 25 membres dont quatre délégués de l’Institut national des sciences mathématiques et de leurs interactions du CNRS (INSMI). Le CNFM organise en partie le financement de la délégation française lors des Congrès internationaux des mathématiciens, et vote aux assemblées générales de l’IMU. Enfin, nous avons cette année interpellé l’IMU quant à la situation délicate de collègues, le turc Tuna Altınel (qui a été libéré) et le russe Azat Miftakhov, qui font face à la justice pour leurs idées.

Quelles sont les priorités que l’IMU souhaite promouvoir à l’occasion de son centenaire ?

B. R. : Depuis sa fondation, l’Union a parcouru un bon chemin en termes de représentativité des mathématiciens et mathématiciennes. Par exemple, depuis 2015, un Comité pour la place des femmes œuvre au sein de l’IMU pour améliorer la visibilité des femmes mathématiciennes, encourager la mise en réseau et fournir des informations fiables sur le sujet. Mais il reste des efforts à faire : la parité dans le domaine et dans les instances représentatives est loin d’être atteinte. L’IMU veut aussi s’ouvrir d’un point de vue géographique : le continent africain n’est ainsi pas encore assez impliqué en termes institutionnels.

Selon moi, la diffusion des sciences est également une priorité : mettre les recherches mathématiques, et la science en général, à la portée du grand public est très important. Des initiatives nationales sont lancées régulièrement, comme la Maison des mathématiques et de l’informatique de l’Université de Lyon qui est entièrement pilotée par des enseignants-chercheurs passionnés. Faire connaître les carrières aux jeunes doit aussi permettre de préparer le futur. La Commission internationale de l’enseignement mathématique se donne ainsi pour mission d’améliorer les conditions d’enseignement des mathématiques à travers le monde.

Enfin, l’accès libre aux avancées de recherche en mathématiques est un sujet d’actualité : les publications ouvertes se développent, en particulier en France.

Justement, quelle est la place de la France dans la communauté mondiale en mathématiques ?

B. R. : La France est dans une situation contrastée. Elle est reconnue à l’international pour le niveau de sa recherche : de nombreux Français remportent des médailles Fields et des prix Gauss ; deux Françaises, Alice Guionnet et Laure Saint-Raymond, sont par exemple invitées parmi les orateurs et oratrices du prochain ICM, Congrès qui a été accueilli par la France plus souvent qu’à son tour. Mais les élèves français sont en difficulté dans la matière et il est compliqué de connaître les raisons de cette situation. De même, le pays ne brille pas par son niveau de parité et d’ouverture sociale dans le domaine.

En revanche, la diffusion des sciences y est bien développée. Plusieurs laboratoires et institutions développent des programmes pour cela, à Lyon, Grenoble, Rennes, Toulouse et ailleurs. L’année scolaire 2019-2020 était d’ailleurs l’Année des mathématiques organisée par le CNRS en partenariat avec le Ministère de l’Éducation nationale et de la Jeunesse, et un accord a été signé pour pérenniser les formations d’enseignantes et enseignants de mathématiques en laboratoires de recherche. Et la France, avec une forte implication du CNRS à travers l’INSMI et de l'Université Grenoble Alpes, a mis en place un modèle rare pour l'édition scientifique ouverte avec ​​le centre Mersenne qui mutualise plusieurs tâches éditoriales afin de permettre à une quinzaine de revues de mathématiques de qualité d’offrir du contenu en open access.

  • 1. Enseignant-chercheur dans l’Unité de mathématiques pures et appliquées (CNRS/ENS Lyon), Bertrand Rémy est président du Comité national français des mathématiciens (CNFM) et membre du Comité d’organisation du centenaire de l’Union mathématique internationale.
  • 2. Le premier Congrès international des mathématiciens a eu lieu à Zurich en 1897. L’IMU a été créée juste avant l’ICM de Strasbourg de 1920.
  • 3. La médaille Fields est souvent présentée comme le prix Nobel des mathématiques. Le prix Carl-Friedrich-Gauss récompense des travaux en mathématiques appliquées.