Quand le CNRS fait laboratoire commun avec les entreprises
Les 29 et 30 novembre prochain, le CNRS célèbrera ses laboratoires communs en activité, entre une unité, dont il est une tutelle, et une entreprise. Le 200e sera mis à l'honneur lors de cet évènement organisé au palais Brongniart à Paris.
Ce sont des centaines de produits, procédés et innovations technologiques qui ont vu le jour dans les laboratoires communs

Mais ne pas s’y tromper, les deux partenaires se connaissent souvent de longue date avant de franchir le pas. Certains même depuis le début de l’aventure des laboratoires communs (lire encadré). Désormais, ce format attire un grand nombre d’industriels. Le CNRS célébrera, les 29 et 30 novembre prochains, la signature de son 200e LabCom actif, réunissant le Laboratoire de spectroscopie pour les interactions, la réactivité et l'environnement (Lasire
Le tournant des années 1990
« Dès 1945, plusieurs membres du conseil d’administration du CNRS souhaitent investir dans des laboratoires où recherche et industrie partageraient des scientifiques du privé et du public », expose Denis Guthleben, attaché scientifique au Comité pour l’histoire du CNRS. Mais l’heure est plutôt à la reconstruction. Il faut attendre la loi d’orientation et de programmation pour la refondation de l'École de la République de 1982 pour qu’apparaissent les ancêtres des laboratoires communs. Le CNRS participe ainsi à la création de groupements d’intérêt public (GIP) avec de nombreux industriels : une filiale de Thomson, Rhône-Poulenc, Elf Aquitaine, Saint-Gobain, Renault, Air Liquide... « On voulait se rapprocher des poids lourds de l’industrie, car on pensait qu’ils étaient les premiers leviers de lutte face à la crise, renseigne Denis Guthelben. Le vivier des petites entreprises passait, par contre, complètement à la trappe, ce qui est loin d’être le cas aujourd’hui. »
Un rôle fondamental pour toutes les entreprises
« Si nous voulons des leaders économiquement et technologiquement souverains demain, cela nécessite un rapprochement entre la recherche publique et privée. C’est pourquoi nous voulons simplifier l’accès des entreprises au CNRS », rapporte Carole Chrétien. Actuellement, plus d’une unité́ sur dix du CNRS et de ses partenaires académiques dispose d’au moins un laboratoire commun. Et si ce type de recherche partenariale était historiquement lié à des grands groupes, les chiffres d’aujourd’hui illustrent une tout autre réalité : 66 % des laboratoires communs CNRS se font avec des TPE-PME et ETI
« Côté académique, ces structures permettent de réaliser des expériences scientifiques avec une technicité qui va au-delà̀ des capacités de l’unité mixte », témoigne Giorgio Santarelli, ingénieur de recherche CNRS coresponsable du laboratoire commun Starlight+ entre le Laboratoire photonique, numérique, nanosciences (LP2N
Les laboratoires communs peuvent-ils également offrir de nouvelles opportunités à de plus petites structures ? La réponse est à nouveau positive, comme l’indique Caroline Darcel, ingénieure principale chez Itasca Consultants et coresponsable du LabCom Fractory – centré sur la modélisation des impacts et des risques environnementaux – en partenariat avec Géosciences Rennes
Enfin, ils peuvent accélérer le développement d’une jeune pousse sur un marché compétitif. « En tant que start-up, on se lève le matin en pensant qu’on a une idée que personne n’a jamais eue, témoigne Arnaud Favareille, directeur général d’Iteca et coresponsable du LabCom Mach4 spécialisé dans le jumeau numérique, un double virtuel de machines industrielles qui permet de les piloter à distance. Notre collaboration avec l’Institut Pprime
De l’attractivité aux résultats de qualité
Ces laboratoires communs fonctionnent également à l’étranger. Le groupe Solvay, qui a bâti depuis 1990 plusieurs unités mixtes industrielles avec le CNRS en France, a également adopté ce format aux États-Unis et plus récemment en Chine en créant l’Eco-Efficient Products & Processes Laboratory (E2P2L
L’énergie au cœur du 200e laboratoire commun
« Nous avons une relation de confiance de longue date avec le CNRS qui est un partenaire stratégique de notre croissance dans les énergies nouvelles et sur les thématiques du développement durable », déclare Marie-Noëlle Semeria, directrice de la R&D de la compagnie TotalEnergies. C’est pour aller au cœur de la matière dans ces énergies décarbonées que l’entreprise lancera, fin novembre, le Centre de résonance magnétique électronique pour les matériaux et l’énergie (CR2ME) localisé à Lille. Ce laboratoire commun avec le Laboratoire de spectroscopie pour les interactions, la réactivité et l'environnement (Lasire
Au cœur de la collaboration : une expertise unique sur la résonance paramagnétique électronique (RPE). « Cette technique permet d’étudier des électrons non appariés, c'est-à- dire qui commencent à se déplacer librement au sein d’un matériau, et qui sont des marqueurs de son vieillissement et de sa dégradation », explique Hervé Vezin, directeur du Lasire. « Bénéficier de l’expertise unique du Lasire en RPE est pour nous un important facteur de différenciation qui vient renforcer notre démarche d’innovation dans les énergies renouvelables et l'électrique », soulève Marie-Noëlle Semeria. La RPE sera ainsi utilisée pour améliorer la fiabilité et la sécurité de batteries tout-solide
Par ailleurs, collaborer avec des chercheurs de haut niveau apporte davantage de visibilité. « Être associé au CNRS a facilité notre ouverture sur le monde académique local et valorisé l’image de Solvay sur la production de recherches de haut niveau », ajoute le directeur scientifique du groupe belge. Cette visibilité vient principalement des productions issues de ces collaborations. En France comme à l’étranger, les laboratoires communs génèrent bien évidemment des produits, des emplois, des publications scientifiques et des brevets. Le CNRS est d’ailleurs le premier codéposant français de brevets avec les entreprises (soit 30 % de ses brevets). De plus, la réussite de ces partenariats est contagieuse. Une quinzaine d’unités du CNRS et de ses partenaires académiques accueillent ainsi plus de trois laboratoires communs. « Un phénomène d’émulation qui s’explique par une valorisation importante des personnes impliquées et ce qu’elles apportent à leur laboratoire, leur entreprise, mais aussi à leur écosystème régional », remarque Cédric Lebailly, responsable du Service partenariat et valorisation de la recherche du CNRS en Limousin Poitou-Charentes.
La recherche, moteur de la relance française
Mais c’est aussi pour voir plus loin, avec plus d’ambition – notamment sur des enjeux stratégiques et sociétaux – que ces structures prennent de l’envergure aujourd’hui. « Les stratégies des Programmes et équipements prioritaires de recherche (PEPR
Néanmoins, plusieurs types de rapprochements seront nécessaires pour répondre à l’ensemble des défis du XXIe siècle. « Nous devons créer de nouveaux lieux de rencontre, multiplier les points d’accès, déclare Carole Chrétien. Des investissements colossaux sont alloués pour débloquer les verrous technologiques de grands pans de l’économie de demain et c’est grâce à la recherche fondamentale que les entreprises françaises pourront être de la partie. »
Découvrez la plaquette Laboratoires communs et le livret Les laboratoires communs : des réussites qui inspirent
