Sept conseils au Forum des NIMS
Organisé le 29 septembre 2021 par le CNRS et la CPU, le Forum des NIMS a rassemblé les acteurs du monde de la médiation scientifique pour discuter des innovations, possibilités et évolutions des métiers, notamment dans une société marquée par la crise sanitaire.
Comment inclure et engager les publics dans une société post-covid ? C’est la question posée cette année par le Forum des NIMS – les nouvelles initiatives de médiation scientifique – rendez-vous annuel organisé par le CNRS et la CPU
Expositions trop « descendantes », conférences pas assez engagées politiquement, un tout numérique qui ouvre des opportunités mais peut rester excluant et modifie les métiers… L’équilibre est difficile à trouver et les enjeux vertigineux : inclure toutes les catégories de population, rendre accessibles les contenus, tout en engageant les publics et diffusant au plus grand nombre, mais sans reproduire les schémas de culture dominante. Des défis relevés par la dizaine d’intervenants et les 7 stands et démonstrations présents cette année au Centre International de conférences de Sorbonne Université pour cette cinquième édition du Forum des NIMS qui a accueilli plus de 250 professionnels et amateurs du secteur, en plus d’une diffusion en ligne.
Par cet événement, le CNRS a voulu saluer « toutes les actions qui foisonnent, tout le temps passé et toutes les petites pierres posées pour mettre la science au cœur de la société », a déclaré Marie-Hélène Beauvais, directrice de cabinet, lors de son discours d’ouverture au nom d’Antoine Petit, président-directeur général du CNRS. La diffusion de la culture scientifique est une mission « portée par le CNRS à tous les niveaux – professionnels de la médiation scientifique en unités et délégations – et par toutes les actions de la direction de la communication, ainsi que dans les protocoles signés avec les régions ».
Une mission également de l’Université, a précisé Virginie Dupont, vice-présidente de la CPU et présidente de l’Université Bretagne Sud pour qui le Forum a été « un moment de rencontres, de prolongement du travail qui se fait dans les laboratoires mais aussi dans la société civile ».
L’engagement des « passeurs de sciences » est particulièrement reconnu par les médailles de la médiation scientifique du CNRS. La journée s’est ainsi conclue par la première cérémonie de remise de ces médailles à un palmarès qui traduit la diversité de ces actions de médiation scientifique. Une médiation « vivante, créative et dynamique », selon Antoine Petit, qui doit sans cesse se renouveler pour transmettre à la fois les résultats scientifiques et la manière dont les sciences se construisent.
Tour d’horizon de 7 façons de faire présentées au Forum des NIMS cette année :
Réinventer un musée en éteignant la lumière
Cheffe du service ateliers et visites au Musée du Louvre, Nathalie Steffen a partagé l’ensemble des dispositifs mis en place pour transformer le musée, d’une destination touristique pour les étrangers à un lieu de proximité pour les Français et les Franciliens. En accueillant chaque visiteur individuellement aux Nocturnes gratuites du samedi depuis 2019 et en mettant à disposition des bus sur le territoire, le Musée du Louvres voulait faire tomber les barrières économiques, géographiques, symboliques. Deux à trois milles personnes chaque soir ont ainsi pu se réapproprier les lieux, profitant d’activités inédites comme un coin puzzles, des spectacles vivants ou des visites à la lampe torche. Visites mini-découverte de 20 minutes sans inscription, kits d’activités gratuits pour que parents et enfants puissent « se passer des médiateurs », ouverture prochaine d’un nouvel espace de médiation de 1200 m2 qui s’inspire de tout cela… Le rapport au musée s’en trouve simplifié.
Susciter l’émotion pour engager… même les décideurs !
Avec les petites ondes participatives (projet ePOP), l’Institut de recherche pour le développement (IRD) et RFI Planète Radio donnent la parole aux invisibles directement impactés, déjà aujourd’hui, par les bouleversements globaux liés aux changements climatiques. Depuis 2017, dans 31 pays et 45 langues, de jeunes réalisateurs créent des reportages courts en faisant par exemple témoigner leurs aînés, afin d’attirer le regard sur une problématique locale. Des vidéos qui sont l’occasion de temps de dialogue et de débat entre scientifiques, citoyens, artistes et pourquoi pas, élus et décideurs. Ces derniers sont aussi impliqués, parfois avec difficultés, dans le projet Val d’herens
Renouveler les classiques toujours efficaces
Où sont les laboratoires dans la ville et qu’étudient-ils au quotidien ? Pour aider ses étudiants et personnels à répondre à cette question qu’eux-mêmes se posent parfois, et pour susciter la curiosité du grand public qui passe devant le campus, l’Université de Saint Etienne a mis en place des panneaux sur ses grilles. En une phrase chacun co-construite avec les scientifiques, ils décrivent le sujet de recherche de 13 laboratoires et sont accompagnés d’articles courts pour les personnes souhaitant en savoir plus.
Jouer pour mieux s’interroger
Condamne-t-on de la même manière une femme ou un homme à toutes les époques ? La condition sociale d’une personne influence-t-elle le prononcé de sa peine ? Pourquoi tant de pays ont aboli la peine de mort ? Pour transmettre des connaissances historiques et déclencher une réflexion sur le sens de la peine, le jeu de plateau La Sellette place le joueur dans la posture d’un juge qui s’interroge sur la peine à infliger à un coupable dans quatre affaires criminelles distinctes, dans l’Ancien Régime ou à la période post-révolutionnaire. Développé au Centre d’histoire judiciaire
Porté par l’Ifremer et l’association Les Petits Débrouillards, le jeu « Mon lopin de mer » incite le jeune public à se créer un lien avec le monde marin et littoral, grâce à un « espace à soi » qui permet une reconnexion avec la nature. Un jeu collaboratif, intergénérationnel, pour se poser des questions et faire le lien entre transformation de ces mondes et activités du quotidien. Une version commerciale du jeu devrait être disponible fin 2022.
Engager tous les sens pour éveiller la curiosité
Que ce soit le projet « Des mondes au creux de l’oreille »
Éviter de vieillir avec son public et embrasser les possibilités offertes par les nouvelles technologies
Avec 7e science, Sorbonne Université utilise le cinéma comme porte d’entrée vers les sciences. Lancée juste avant la crise du Covid-19, cette série de podcasts a permis de toucher un nouveau public, les personnes présentes sur la plateforme Binge qui héberge le podcast et avec laquelle l’université collabore étroitement. Alain Riazuelo, chargé de recherche CNRS à l'Institut d'astrophysique de Paris qui a participé à un épisode sur le film Interstellar, a décrit les podcasts comme « une émission de radio sans le stress du direct » qui serait plus efficace aujourd’hui pour s’adresser aux jeunes et sans doute faire venir à ce type de vulgarisation des chercheurs et chercheuses qui hésiteraient à participer à du direct. Seul regret : le format restreint en durée. Une contrainte levée par les émissions en direct sur des plateformes comme Twitch, à l’image des Cephalus Live proposés par l’association Collectif Conscience qui détournent les codes de la plateforme pour attirer un nouveau public vers les sciences. La même association présentait également un autre dispositif, Mondes imaginaires, qui se déploie d’une part en conférence théâtralisée et interactive « dont vous êtes le héros » laissant le public s’approprier des connaissances scientifiques sur les exoplanètes, et d’autre part en format atelier ou hackathon pour mettre la science au service de la créativité et comprendre l’impact des choix de création sur l’exoplanète créée. « Il ne faut pas vieillir avec son public mais tâcher de se renouveler », a résumé Alain Riazuelo.
Créer du lien avec la science
Professeur à Institut d'astrophysique spatiale