La recherche française en outre-mer
Dossier : comment les scientifiques du CNRS produisent des connaissances essentielles pour protéger et préserver les territoires ultramarins.
Par leur position géostratégique, répartis sur les quatre océans, les territoires français d’outre-mer rassemblent une diversité de cultures, d’écosystèmes et d’espèces rare à l’échelle mondiale. En première ligne du changement global, ils voient la montée des eaux, la pression sur les ressources, les risques sanitaires ou l’érosion de la biodiversité frapper plus tôt et plus intensément qu’ailleurs.
Dans ces avant-postes du vivant, les scientifiques du CNRS, en collaboration étroite avec les universités et les acteurs locaux, observent, analysent et proposent des solutions. Qu’ils soient installés durablement sur place ou en mission, ils produisent des connaissances essentielles pour protéger les milieux naturels, renforcer la santé publique, préserver les cultures, imaginer des modèles énergétiques adaptés et accompagner l’adaptation au climat. Autant de clés pour aider les outre-mer à tracer, en connaissance de cause, leur futur.
La France ultramarine comprend treize territoires* en grande partie insulaires : les DROM-COM (départements et régions d'outre-mer et collectivités d'outre-mer) qui représentent environ 20% de la surface totale de la France et près de 4% de sa population. Ces territoires ultramarins constituent la deuxième plus grande Zone économique exclusive (ZEE) au monde où la France exerce ses droits spécifiques en matière d'exploitation et d'usage des ressources naturelles maritimes. En raison de la diversité de leurs ressources, de leur faune et de leur flore, incomparables, et de leurs spécificités culturelles, géographiques et climatiques, ces territoires sont un terrain unique pour le développement de travaux de recherche et d’innovation dans les domaines de la santé, des sciences sociales, de la transition énergétique, de la préservation de la biodiversité, de l’adaptation au changement climatique.
*La Réunion, Mayotte, Guadeloupe, Martinique, Guyane, Saint Pierre et Miquelon, Polynésie Française, Nouvelle Calédonie, Saint Barthelemy, Saint Martin, Wallis et Futuna, Clipperton, TAFF (Terres Australes et Antarctiques Françaises : l’archipel Crozet, les îles Kerguelen, St Paul et Amsterdam, Iles éparses et Terre Adélie).
Depuis 2023, le CNRS a défini une stratégie pro-active en adoptant la Feuille de route outre-mer du CNRS (lien FROM_CNRS_RESUME.docx) dont l’objectif principal est d’accroitre sa présence et son implication dans les territoires ultramarins. Dans les cinq territoires où il est présent (Antilles, Guyane, la Réunion, Polynésie Française, Nouvelle-Calédonie), le CNRS soutient des travaux de recherche résolument tournés vers les préoccupations de ces territoires qu’il mène en collaboration avec nos partenaires académiques et territoriaux à l’échelle, locale, régionale et internationale.
Ainsi, en s’appuyant sur les infrastructures d’observation et de recherche - telles que le réseau de systèmes d’observations distribués sur le littoral côtier (ILICO), l’Observatoire des sciences de l’Univers à La Réunion (OSU-R), Les Observatoires hommes-milieux (OHM) et les Zones Ateliers (ZA) - les équipes du CNRS s’impliquent dans des projets interdisciplinaires qui portent principalement sur les questions liées
au changement climatique et aux risques naturels ;
à l’étude et la préservation du patrimoine naturel et de la biodiversité ;
à la transformation des écosystèmes ;
aux modes d’adaptation des populations et de l’environnement au changement global ;
à l’indépendance énergétique et alimentaire ;
aux questions sanitaires liées aux épidémies et zoonoses (maladies et infections qui se transmettent des animaux à l'humain)
Le transfert des connaissances et l’éducation scientifique sont des priorités du CNRS, ainsi, au travers du partage des résultats et des méthodes, avec ses partenaires et les collectivités ultramarines, il s’attache à apporter des solutions concrètes aux problèmes des territoires d’outre-mer pour y construire un avenir durable dans le contexte d’enjeux planétaires de l’anthropocène (influence significative de l'être humain sur les écosystèmes).
Dossier : comment les scientifiques du CNRS produisent des connaissances essentielles pour protéger et préserver les territoires ultramarins.
Retrouvez les activités du CNRS et les projets menés par les laboratoires :
La Martinique et la Guadeloupe, situées au cœur de l’arc des Petites Antilles, constituent des territoires insulaires particulièrement exposés aux aléas naturels et aux effets du changement climatique. Leur environnement tropical, marqué par une forte biodiversité marine et côtière, ainsi que par une histoire sociale et culturelle singulière, en fait un terrain privilégié pour les recherches scientifiques.
Le CNRS y mène des recherches pluridisciplinaires en collaboration étroite avec l’Université des Antilles. Ses scientifiques sont notamment accueillis au sein des laboratoires PHEEAC (Pouvoirs, histoire, esclavages, environnement, Atlantique, Caraïbe) et BOREA (Biologie des organismes et écosystèmes aquatiques).
Sa présence s’appuie sur différents Services nationaux d’observation (SNO) déployés sur le territoire afin de suivre sur le long terme les dynamiques environnementales et les risques naturels. Ces infrastructures s’appuient sur des sites instrumentés en Martinique et en Guadeloupe, qui permettent d’observer en continu les phénomènes volcaniques, sismiques ou hydrologiques dans ces territoires particulièrement sensibles.
Les recherches du CNRS aux Antilles analysent les interactions entre les écosystèmes côtiers, les usages humains et les modes de gouvernance. Elles s’appuient sur des collaborations étroites avec les institutions et les acteurs locaux afin de produire des connaissances utiles à la gestion des milieux marins et littoraux.
Plusieurs projets illustrent ces travaux :
Web : Outre-mer, les vigies de l’océan | CNRS ; Le grand port maritime de la Martinique et le CNRS s'unissent pour préserver les coraux
Vidéos : CESAR - Environnement côtier sous la pression des sargasses ; Tortues instrumentées, Estimation des densités de tortues marines, Les recherches scientifiques sur les tortues marines aux Antilles-Guyane
Les recherches du CNRS contribuent à l’analyse de l’esclavage, des post-esclavages et de leurs héritages, en étudiant les mémoires, les patrimoines et les usages sociaux du passé. Elles éclairent les dynamiques historiques et culturelles qui structurent les sociétés antillaises contemporaines. Ces travaux mobilisent des ressources scientifiques de référence et des dispositifs de médiation innovants pour analyser les mécanismes de l’esclavage, de ses abolitions et de leurs héritages. En croisant histoire, sciences sociales et création, le CNRS favorise le dialogue entre recherche et société et éclaire les débats contemporains sur les mémoires et les réparations dans les sociétés antillaises.
Vidéo : Kouté Sa avec Dimitri Béchacq
Les recherches menées par le CNRS aux Antilles s’inscrivent dans une approche critique croisant écologie politique, mobilités et justice sociale. Elles explorent les relations entre crises environnementales, inégalités sociales, héritages coloniaux et dynamiques migratoires dans la Caraïbe.
Elles analysent notamment comment certaines crises écologiques - comme celle du chlordécone - révèlent des inégalités structurelles dans l’exposition aux risques, dans la reconnaissance des savoirs et les capacités de mobilité ou dans l’accès aux ressources environnementales. Ces travaux s’intéressent également aux diasporas caribéennes, aux mobilités régionales et transnationales qui participent à la transformation des territoires, des identités et des rapports à l’environnement, contribuant à une lecture située des enjeux contemporains de justice environnementale et sociale dans la Caraïbe.
Les recherches du CNRS aux Antilles reposent également sur des dispositifs d’observation scientifique de long terme. En Martinique et en Guadeloupe, plusieurs sites instrumentés permettent de suivre en continu l’évolution des phénomènes volcaniques, sismiques ou hydrologiques.
Ces observations fournissent des données essentielles pour mieux comprendre les dynamiques environnementales dans les territoires insulaires tropicaux et contribuent à l’anticipation des risques naturels ainsi qu’à l’action publique.
Les recherches du CNRS en Guyane se déploient autour de trois thématiques : la biodiversité amazonienne, les socio-écosystèmes d’Amazonie et le littoral sous influence de l’Amazone. Le CNRS est présent en continu depuis 2002, s’appuyant sur deux unités de recherche : l’Unité d’appui et de recherche CNRS, Université de Guyane et Ifremer (l’UAR LEEISA) et l’Unité mixte de recherche CNRS, AgroParisTech, INRAE, CIRAD, Université des Antilles, Université de Guyane (UMR ECOFOG). Voici leurs priorités scientifiques :
Explorer la biodiversité et surveiller les différents écosystèmes : c’est l’objectif de la station de recherche de Nouragues, implantée au cœur de la forêt amazonienne. Gérée par le CNRS, la station fournit ses services depuis 40 ans. Elle peut accueillir 18 scientifiques et s’ouvre à des résidences artistiques et pédagogiques. Le CNRS contribue également sur l’ensemble du territoire de la Guyane à mieux connaître la forêt primaire.
De nouvelles pistes de préservation de la forêt amazonienne s’ouvrent grâce à la biologie moléculaire et la génomique environnementale. Ces disciplines permettent de comprendre, du gène à l’écosystème, comment la biodiversité émerge. Le CNRS porte, en collaboration avec l’IRD et l’Université de Guyane, la plateforme de génomique Guyomique, installée à Cayenne sur le campus d’Institut Pasteur de Guyane. Le CNRS est également le principal instigateur du réseau international de recherche Amazonia Bio-Track qui fédère, depuis sa création en 2025, cinq pays amazoniens.
Les mangroves, ces forêts dans la mer, assurent une protection du trait de côte. Ce sont également des zones clés pour l’écosystème marin de Guyane et pour la productivité des pêcheries. C’est pourquoi le CNRS porte, en collaboration avec l’IRD, le Living- Lab Magellan dédié aux solutions fondées sur la Nature en mangroves. Cela entre dans le cadre du programme national de recherche (PEPR) SOLUBIOD. Avec l’expertise de ses chercheurs en ADN environnemental, le CNRS s’implique, aux côtés d’IFREMER, dans l’apport d’outils scientifiques pour une meilleure gestion des pêcheries côtières guyanaises.
Le trait de côte de Guyane est l’un des plus instable du monde, sujet à d’impressionnants mouvements de sable et de vase. En cause, les courants marins et l’influence sédimentaire du fleuve Amazone. Comprendre cette dynamique permet d’anticiper les risques d’érosion côtière et de submersion et, à court terme, l’envasement des voies navigables. Ces recherches s’appuient sur des services fournis par la station de recherche de l’ouest guyanais ainsi que le navire de façade océanique, Ayawande. Elles sont intégrées au Système national d’Observation DYNALIT et à l’infrastructure nationale littorale et côtière ILICO.
Prendre en compte des pratiques sociales et culturelles dans les dispositifs de santé, comprendre les structures d’habitat informel dans le contexte migratoire... Les recherches du CNRS s’intéressent à l’anthropologie sociale, environnementale et historique des milieux amazoniens pour mieux accompagner les transformations des socio-écosystèmes, ces systèmes complexes où les dynamiques naturelles et sociétales interagissent entre-elles. Un observatoire des interactions Hommes-Milieux est implanté depuis 2008 sur la zone frontalière du fleuve Oyapock, entre la France et le Brésil. Il étudie les dynamiques transfrontalières et les changements induits sur le bassin de vie. Encore émergent, le champ de recherche de l’ethnoécologie politique s’attelle aux questions liées à l’utilisation équitable des données de la biodiversité à l’heure de la mondialisation numérique et de la science ouverte. Depuis 2025, une Zone Atelier Guyane fédère les recherches sur les mosaïques de socio-écosystèmes co-existant sur le territoire.
Les spécificités de l’environnement amazonien – humidité, climat, éloignement des réseaux…- mettent matériaux et dispositifs technologiques à rude épreuve. C’est un défi pour des secteurs économiques tel celui du bâtiment, sujet à des normes de performance exigeantes. Les équipes du CNRS et de leurs partenaires (CIRAD, IRD, Université de Guyane) investissent depuis longtemps la recherche de solutions inspirées de la durabilité naturelle des écosystèmes guyanais. L’ingénierie du bois, avec plus de 1800 espèces présentes dans l’écosystème guyanais, est prometteuse. Les recherches, s’appuyant sur la chimie des bioressources, portent sur la durabilité de la filière et la diversification des voies de production. Le développement de matériaux biosourcés dans une démarche d'économie circulaire vise à développer le secteur de la construction tropicale écologique.
À La Réunion, le CNRS mène des recherches au cœur d’un territoire insulaire tropical, particulièrement exposé aux grands défis environnementaux et sanitaires. Ses travaux s’articulent autour de quatre grands axes : les effets du changement climatique, l’étude de l’atmosphère et des cyclones, les maladies émergentes et la santé des écosystèmes marins.
Présent sur l’île depuis les années 1990, le CNRS s’appuie sur plusieurs laboratoires en partenariat avec l’Université de La Réunion, Météo-France, l’Inserm et l’IRD. Ensemble, ces équipes étudient le climat, suivent les cyclones, analysent les risques sanitaires et développent des solutions pour mieux comprendre et protéger les milieux tropicaux.
Seul Observatoire des sciences de l’Univers (OSU) en Outre-mer, l’OSU-Réunion est rattaché à l’Université de La Réunion. Sa mission : observer sur le long terme l’environnement de l’île, de la terre à l’océan, en croisant des données physiques, chimiques et biologiques. Il joue aussi un rôle clé pour faire travailler ensemble les disciplines, former les étudiants et partager les connaissances pour et avec la société.
L’OSU-Réunion contribue notamment à l’Observatoire du littoral, qui suit et étudie l’évolution des côtes et éclaire les décisions publiques. Il participe aussi au Groupe Régional d’Expertise sur le Climat (GREC-Réunion) préparer les solutions d’adaptation au changement global, et accueille le Programme et Équipement Prioritaire de Recherche « Bridges », consacré à la gestion durable des ressources marines dans le sud-ouest de l’océan Indien.
Trois observatoires se fédèrent sous l’OSU-Réunion : l’OPAR la physique de l’atmosphère, l’OZC-R pour l’interface du sol et des plantes dans le contexte torrentiel de la Réunion, et l’OCTOPUS pour le fonctionnement des édifices coraliens dans leur dimension de socio-écosystème.
Ces trois observatoires sont affiliés à des structures nationales et européennes. Leurs données sont accessibles sur des catalogues, à l’échelle locale (catalogue Geosur) et nationale (DATA TERRA.)
Médias sociaux : X @osureunion ; Linkedin ; Youtube @osulareunion
Le LACy, laboratoire installé à La Réunion, étudie les cyclones tropicaux et le fonctionnement de l’atmosphère dans les régions tropicales. Ses chercheurs analysent à la fois la formation et l’évolution des cyclones, la composition physico-chimique de l’atmosphère et les phénomènes météorologiques propres à ces zones.
Leurs travaux ne s’arrêtent pas à la science du climat : ils s’intéressent aussi aux conséquences concrètes des cyclones sur les populations et les territoires. L’objectif est clair : améliorer les modèles de prévision numériques pour mieux anticiper ces événements et aider à réduire les risques.
Présent à La Réunion et dans tout le sud-ouest de l’océan Indien, le LACy contribue ainsi à mieux comprendre et gérer les impacts des aléas climatiques dans une région particulièrement exposée.
Vidéo : UN OEIL SUR L'ATMOSPHERE | TV5MONDE Europe ; Alertes cyclones un défi pour demain ! ; VIDÉO. Mieux anticiper les cyclones grâce aux tortues | TV5MONDE - Informations ; Piton de la Fournaise - Etna : Plumes de volcan (version longue) ; Chasseurs de nuages (Maïdo)
Le laboratoire Pimit étudie les maladies infectieuses dans les régions tropicales, en mobilisant plusieurs disciplines : biologie, écologie, épidémiologie, mais aussi sciences humaines et sociales. Son objectif est de comprendre comment les maladies passent de l’animal à l’humain et se propagent dans les populations.
Les scientifiques analysent à la fois les agents infectieux dans leur environnement naturel, les conditions qui favorisent leur émergence et les interactions entre les microbes et les organismes qu’ils infectent. Leurs travaux vont jusqu’à la clinique, avec le développement de tests de diagnostic et de traitements adaptés aux réalités locales. Une approche qui permet de mieux anticiper les risques sanitaires et de proposer des réponses concrètes face aux maladies émergentes.
Site web : https://umr-pimit.fr/
Créée début 2025, l’équipe SantEco réunit des scientifiques à La Réunion et en Nouvelle-Calédonie pour étudier la santé des écosystèmes tropicaux. Leur objectif : comprendre comment ces milieux fragiles réagissent aux pressions humaines et au changement climatique, et trouver des solutions pour mieux les préserver. Leurs travaux s’organisent autour de trois axes : la capacité des écosystèmes tropicaux insulaires à résister ou à se dégrader, l’étude des substances naturelles pour développer des biotechnologies durables, et la modélisation de la dynamique de ces écosystèmes pour anticiper leur évolution et éclairer les décisions.
Inscrite dans l’approche « One Health », qui relie santé humaine et santé de l’environnement, cette recherche permet de mieux comprendre les impacts du changement climatique, de la dégradation environnementale et de l’usage humain sur les écosystèmes. Elle vise à fournir des outils concrets pour orienter les politiques publiques, qu’il s’agisse de de conservation, de gestion durable des ressources, mais aussi de santé publique dans les territoires ultramarins.
La Nouvelle-Calédonie est un archipel du Pacifique sud dont l’île principale, sa Grande Terre s’étire sur près de 500 km. Elle est entourée de la deuxième plus grande barrière de corail au monde, abritant un immense lagon inscrit au patrimoine mondial de l’UNESCO. Sa géologie unique, très riche en métaux d’intérêt, tels le nickel, le fer, le manganèse et le chrome est le support d’un endémisme d’espèce exceptionnel.
Le CNRS y mène de nombreuses recherches multidisciplinaires autour du socle des sciences de l’Environnement. Trois structures de recherche associées au CNRS y sont implantées.
Par ailleurs, le consortium CRESICA (https://www.youtube.com/watch?v=ERaECtp_Vg0) ouvre l’accès des plateformes scientifiques du territoire aux neuf institutions de recherche membres.
La Nouvelle-Calédonie intègre divers réseaux d’instrumentation scientifique : elle participe ainsi à la recherche en astrophysique par le réseau de télescopes TAROT (https://youtu.be/KGK20X6jrSA?si=EPUzXH6_Bmvce6fZ) opéré par le CNRS et le CNES. Elle fait partie du réseau national d’observation des eaux côtières ReefTEMPS (https://www.reeftemps.science/), associé au Système national d’observation (SNO) de l’infrastructure de recherche ILICO.
Les 28 langues kanaks encore parlées en Nouvelle-Calédonie posent des défis, à la fois pour protéger cette richesse et pour en comprendre les subtilités phonétiques et de transcription orthographique. Des applications numériques sont actuellement développées pour soutenir l’apprentissage de ces langues.
Les sols ultramafiques de Calédonie représentent 30% de la Grande Terre et sont le support d’une flore spécialisée. Plus de 80% des plantes sont endémiques. Elles représentent une richesse exceptionnelle de botanique et de chimio-biodiversité dont les applications touchent autant l’ingénierie de remédiation écologique des sols que la découverte de molécules d’intérêt pharmacologique.
L’étude de la biodiversité marine, de sa dynamique et de ses réseaux d’interaction trophiques s’appuie aujourd’hui sur l’analyse de l’ADN présent dans l’eau de mer. Cette méthode, dite de « l’ADN environnemental », permet de cartographier les espèces et de suivre l’évolution des écosystèmes coralliens. Ces recherches aident à mieux comprendre les effets des changements climatiques sur ces écosystèmes et sur leur dynamique. Menées avec de nombreux partenaires en Océanie et soutenues par des programmes de sciences participatives, elles visent à mieux protéger et gérer les récifs coralliens à l’échelle régionale.
Les écosystèmes marins de Nouvelle-Calédonie abritent de nombreux micro-organismes aux propriétés encore peu connues. Les chercheurs étudient notamment une collection de 600 souches bactériennes afin d’identifier celles capables de produire des plastiques biodégradables ou de contribuer à la dégradation de déchets plastiques. Certaines pourraient également présenter des propriétés antibactériennes ou antifongiques étudiées par les équipes du CNRS.
Les scientifiques développent des modèles pour suivre l’état de santé des écosystèmes marins et des récifs coralliens et anticiper leur évolution face aux changements climatiques, aux transformations des habitats ou aux espèces invasives. Ces recherches s’accompagnent d’outils numériques - comme des cartes interactives, des portails de données ou des simulateurs faisant appel à l’IA qui permettent de transformer les résultats scientifiques en informations et prévisions utiles pour les décideurs et les acteurs locaux.
L’histoire du CNRS en Polynésie est liée au CRIOBE une unité d’appui et de recherche du CNRS localisée à Moorea depuis 1971 et rattachée à l’EPHE-PSL et à l’Université de Perpignan. Ce laboratoire créé pour l’étude des systèmes recifo-lagonaires polynésiens, a élargi son champ de compétences dans les 15 dernières années pour s’intéresser à l’évolution, l’adaptation et la résilience de cet écosystème au changement climatique et aux impacts des activités humaines. Observatoire de l’environnement le CRIOBE héberge aussi le SNO-Corail offrant à la communauté scientifique des suivis de données biologiques et physico-chimiques des îles du Pacifique Sud dont certaines ont plus de 50 ans.
Le CNRS soutient des recherches plus intégratives des socio écosystèmes. Ainsi, en 2017, le CNRS et l’Université de Polynésie française (UPF) ont créé la Maison des sciences de l’Homme, en 2026, avec ses partenaires Ifremer, IRD et ILM, le CNRS et l’UPF ont inauguré une Zone Atelier (la Z’API) visant à rassembler les acteurs de la recherche autour des questions de durabilité des écosystèmes insulaires tropicaux.
Les recherches du CNRS en Polynésie française s’ancrent profondément dans l’analyse des socio-écosystèmes littoraux et marins, en collaborant avec les associations de défense de l’environnement, les pêcheurs, les agriculteurs et les scolaires. Les recherches transdisciplinaires associant l’écologie des bassins versants et de l’écosystème lagonaire et les Sciences Humaines et Sociales au travers d’expérimentations de solutions fondées sur la nature visent à soutenir la réappropriation des milieux par les populations locales. Elles intègrent l’évolution des pratiques ancestrales (Tapu, Rahui…), et fournissent des éléments décisionnels pour les parties prenantes locales.
Les services écosystémiques fournis par les récifs coralliens sont au cœur de la survie des populations locales mais ces écosystèmes sont soumis à de fortes pressions anthropiques et climatiques, qui vont croissantes. Le CNRS met en place ou accompagne des solutions innovantes afin de protéger cet environnement fragile, de limiter les conséquences des changements globaux : sélections de souches coralliennes thermorésistantes, utilisation de panneaux solaires pour réduire l’exposition des coraux, re-végétalisation des ripisylves pour réduire le transfert des sédiments et des polluants vers les lagons, aquaculture de restauration et renforcement de l’herbivorie pour réduire la colonisation des récifs par des algues sont quelques exemples d’études menées par le CNRS sur ces écosystèmes marins.
D’autres travaux du CNRS en Polynésie concernent des recherches de « solutions fondées sur la nature » comme par exemple la dépollution de l’atoll de Hao par des méthodes de bioremédiation par les plantes, ou l’analyse géodésique par muographie de massifs permettant de prévenir des glissements de terrains (projet César). Dans le domaine des Sciences Humaines et Sociales, le CNRS participe à l’étude des nombreuses langues au sein du grand triangle Polynésien reliant Hawaii, la Nouvelle-Zélande et l’île de Pâques (projet HéliCeo : Héritages Linguistiques, Cultures Orales et Education en Océanie).
La majorité de l’énergie utilisée dans les 118 îles non interconnectées de Polynésie Française est basée sur les énergies fossiles. Le CNRS accompagne les acteurs locaux de la recherche dans l’innovation de systèmes de production/stockage d’énergie renouvelables adaptés aux systèmes insulaires (GDR Tranpolyn). Ainsi, des chercheurs de l’UPF et une équipe du CNRS de Perpignan ont développé un système original utilisant des panneaux solaires, pour produire de l’hydrogène stockée dans le système, associés à une pile à combustible produisant l’électricité. L’ensemble est intégré dans un container afin d’être transportable et répondre aux divers besoins des iles Polynésiennes.
Porté par le CNRS et soutenu par l’IR Ilico, le Service national d’observation CORAIL est l’une des bases de données sur les récifs coralliens la plus ancienne et la plus complète. Au-delà des suivis physico-chimiques traditionnels (température, pH, salinité, oxygène, …), des données biologiques sont relevées par des opérateurs du CRIOBE en plongée (couverture en corail vivant, diversité des poissons, macrofaune benthique) et plus récemment, par des captures d’images photogrammétriques et des prélèvements d’eau pour réaliser des analyses d’ADN environnemental. Toutes les données collectées sont mises à disposition de la communauté scientifique dans une démarche de bonne pratique FAIR, accompagnée par l’IR Data-Terra.
Le CNRS est un acteur fort de la recherche en action dans le Pacifique Sud. En signant un accord cadre avec l’UPF en 2025, le CNRS souhaite montrer sa présence et offrir aux chercheurs de l’hexagone des possibilités de collaborer avec les chercheurs du territoire en apportant des compétences qui ne sont pas disponibles sur place. L’excellence scientifique du CNRS est aussi un attracteur de collaboration avec les pays du Pacifique Sud comme l’Australie, la Nouvelle Zélande mais aussi les Etats-Unis.
Associé au CNRS et au CNES depuis 1997 l’Observatoire Géodésique de Tahiti souhaite évoluer vers une structure plus moderne et associée à la NASA : l’Observatoire de Géodésie et de Géophysique de Polynésie (OG2P). Les études en cours montrent que le développement d’une telle structure fait de la Polynésie un centre de référence pour l’observation de la Terre et du suivi de son climat.
Crédit photo : © Thibaut VERGOZ / IGE / CNRS Images