GDR Omer : « Le CNRS est l’un des tout premiers organismes de recherche sur les mers et océans au monde »

CNRS

Le CNRS crée le Groupement de recherche (GdR) Omer sur les mers et océans, au sein duquel l’écologie et les sciences du climat se mélangent à la philosophie, l’économie et l’art.

De l’usage intensif de leurs ressources à la destruction massive de leurs habitats, les mers et l’océan subissent une myriade de pressions inédites dans leur histoire. Face à ce constat maintenant bien établi, le CNRS, fort d’une interdisciplinarité exceptionnelle en sciences de la mer, intensifie sa mobilisation en lançant le Groupement de Recherche (GdR)1 Océan et Mers (Omer), pour la compréhension, la conservation et la sauvegarde de l’océan.

4 à 5 000 chercheurs mobilisés

Lancé pour une durée de cinq ans, la création du GdR Omer fait suite à un colloque de la Task force Océan2 du CNRS, en janvier 2020. Cette rencontre avait mis en avant la volonté des scientifiques de « s’organiser pour aborder les défis auxquels sont confrontés les océans », explique Laurent Chauvaud, directeur du GdR Omer et chargé de missions Océans auprès de la Direction générale déléguée à la science du CNRS. « La particularité de ce GdR est son envergure. Nous allons faire de la multi-disciplinarité un paradigme et aborder l’océan aussi bien par la philosophie, le climat, la sociologie, le droit maritime, la biodiversité ou encore le traitement du signal de capteurs nouveaux et bien plus encore. »  À terme, ce GdR devrait regrouper 4 à 5 000 chercheurs avec 1 000 personnes dès le mois de septembre. Car le CNRS est bien « l’un des tout premiers organismes de recherche sur les mers et l'océan au monde. C’est une richesse. Peu de pays ont autant de chercheurs travaillant sur le sujet. » À cette force s’ajoutera celles des organismes partenaires du CNRS qui sont invités à participer et animer ce GdR.

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Mise à l'eau du robot téléopéré Victor pour effectuer des opérations sous-marines par 2 500 mètres de profondeur sur le télescope sous-marin à neutrinos ANTARES installé en Méditerranée, au large de l'île de Porquerolles. © Jean-François DARS/CPPM/CNRS Photothèque.

C’est donc dans une optique d’interdisciplinarité que le conseil scientifique d’Omer – composé de 33 personnes allant du chimiste au géologue en passant par l’acousticien, le géographe ou encore l’écologiste côtier – a monté un GdR structuré en quatre axes, associant « sciences dites dures » – avec par exemple des chercheurs et chercheuses relevant de l’Institut national des sciences de l'Univers (INSU) et de l’Institut écologie et environnement (INEE) du CNRS, et des recherches « en phase avec les attentes de la société » au travers du droit, de l’économie, la philosophie ou encore l’histoire.

« Connaître la santé des océans, mais également comment cette dernière est perçue »

Le premier axe ‘Perceptions et représentations de l’océan, de son potentiel d’inspiration et d’innovation, et de sa valeur patrimoniale’ s’attache à la contextualisation des biens et services fournis par l’océan. Il est question ici d’apprendre à mieux « utiliser le vivant pour le transposer ailleurs », donc de biomimétisme, mais également de mieux appréhender la façon dont les méthodes et approches de la recherche océanographique peuvent faire progresser d’autres disciplines, comme par exemple l’astronomie.

Le deuxième axe ‘Caractérisation et diagnostic des systèmes marins’ a pour objectif de développer de nouveaux outils et approches capables de mieux quantifier ou caractériser l'état actuel de l'océan. « S’il est question de ‘santé des océans’, explique Laurent Chauvaud, il nous faut inventer de nouveaux capteurs et paramètres de mesures pour produire un véritable diagnostique, car il manque encore de nombreux outils ». Fabrizio d’Ortenzio, directeur-adjoint du GdR Omer et chercheur en océanographie, mise lui aussi sur la perception et l’importance des sciences sociales. « Il faut se rapprocher de la sociologie, car il y a la santé réelle des océans, et la façon dont celle-ci est perçue par le public, ce qui est essentiel à mieux comprendre ». 

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Deux scientifiques cherchent à enregistrer les bruits émis par la fonte de masses de glace à la dérive dans l’embouchure du fjord Young Sund, aux abords de la station de Daneborg, au Groenland. © Erwan AMICE/LEMAR/CNRS Photothèque

Mélanger l’approche de l’émotion et l’approche scientifique

Le troisième axe, ‘Modélisation intégrée locale et globale de l’océan et de son évolution’ a pour objectif de faire de « l’écologie théorique et de la modélisation 'façon GIEC3' », explique Fabrizio d’Ortenzio, en déclinant et utilisant différents scénarios de biogéographie4 avec des scénarios de réponses et de réaction du vivant.  « Les scénarios doivent ‘parler’ aux gens. Si on décrit un réchauffement planétaire de 2 degrés, cela reste abstrait, lointain, voire 'prometteur'. Par contre, si on explique que la plage sera détruite et couverte de méduses, où que les grandes algues vont disparaître comme les ormeaux devenus malades de quelques bactéries d’eau plus chaude, cela devient très vite une responsabilité », ajoute-t-il, indiquant réfléchir à inclure des artistes, des musiciens ou encore des écrivains de science-fiction dans ce cadre. « Il nous faut combler une carence et mélanger une approche résolument plus émotionnelle avec nos approches scientifiques toujours plus solides mais aussi plus lointaines. »

Enfin le dernier axe ‘Conservation, préservation et gestion durable des socio-écosystèmes marins’ a pour objectif, une fois les diagnostics faits et les demandes de la société comprises, de devenir « contraignant » en utilisant les résultats de la recherche et les données pour proposer de nouvelles formes juridiques. « Concernant par exemple les aires marines protégées, nos analyses montrent que les objectifs de préservation peuvent être en contradiction avec les méthodes juridiques appliquées », explique Laurent Chauvaud. « Il faut des outils juridiques réfléchis avec la recherche pour contraindre la protection de l’espace marin. »

Un « réveil des consciences » à l’échelle planétaire

Le GdR Omer s’inscrit dans un paysage mondial où les programmes sur l'océan se multiplient, avec par exemple la décennie des océans des Nations-Unis, le programme Starfish de la Commission européenne ou encore le PPR5 Océan piloté par le CNRS et l’Ifremer. « Nous ne sommes pas surpris qu’il y ait un réveil des consciences sur l'océan et cela se traduit par ces explosions d’initiatives sur cette thématique », indique Fabrizio d'Ortenzio. « Nous allons nous tenir à l’écoute de ces programmes et il faudra que le GdR y trouve sa place. Cela viendra d’un contact continu avec la base, avec les communautés des scientifiques engagés dans l’étude de l’océan. »

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Plongeur effectuant des carottes de sédiments dans le lagon de Nouvelle-Calédonie, océan Pacifique. © Erwan AMICE/IRD/CNRS Photothèque

Laurent Chauvaud souligne également la notion de « participation citoyenne » présente au sein de Starfish et de la Décennie des océans des Nations-Unis avec laquelle le GdR est totalement en phase. « Quelles sont les différences entre les recherches actuelles en mer et les priorités de la population ? Comment demander à la société civile de nous rejoindre dans cet effort ? » Pour lui, de nombreuses questions demeurent. « Nous parlons souvent de la ‘santé des océans’ mais qu’est-ce que cela veut dire, un océan en bonne santé ? Est-ce la même réponse pour un chercheur, le grand public, ou des dirigeants ? » Des enjeux incontournables que le GdR Omer compte bien aborder. « Nous ferons appel à la philosophie pour travailler sur la différence entre l’appropriation d’un patrimoine naturel par rapport à un patrimoine culturel », explique Laurent Chauvaud.

Le GdR compte également créer un « think-tank » en collaboration avec des « décideurs » – des journalistes, parlementaires, magistrats ou encore des industriels. « Vu l’urgence et le caractère global de la détérioration de l'océan, nous avons un devoir de transfert des savoirs. C’est une question d’urgence. Nous n’avons plus 20 ans devant nous », conclut-il.

Site « Océan » de la Mission pour les Initiatives Transverses et Interdisciplinaires (MITI) du CNRS : https://miti.cnrs.fr/initiatives-transver/ocean/

  • 1. Un Groupement de recherche (GDR) est un instrument important de la politique scientifique du CNRS. Il a un financement et des missions propres. Il est créé pour une durée maximale de 5 ans et peut être renouvelé. Il existe actuellement 225 GDR au CNRS.
  • 2. Depuis 2018, le CNRS dispose d’une Task force océan regroupant les dix instituts. Celle-ci diffuse les informations sur les programmes et les financements de recherche. Elle a aussi pour vocation de renforcer l’interface entre scientifiques et décideurs.
  • 3. Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat.
  • 4. La biogéographie s'intéresse à la distribution des organismes vivant sur la Terre et cherche à expliquer les raisons de leur répartition géographique.
  • 5. Programme prioritaire de recherche.