GDR Omer : « Le CNRS est l’un des tout premiers organismes de recherche sur les mers et océans au monde »
Le CNRS crée le Groupement de recherche (GdR) Omer sur les mers et océans, au sein duquel l’écologie et les sciences du climat se mélangent à la philosophie, l’économie et l’art.
De l’usage intensif de leurs ressources à la destruction massive de leurs habitats, les mers et l’océan subissent une myriade de pressions inédites dans leur histoire. Face à ce constat maintenant bien établi, le CNRS, fort d’une interdisciplinarité exceptionnelle en sciences de la mer, intensifie sa mobilisation en lançant le Groupement de Recherche (GdR)
4 à 5 000 chercheurs mobilisés
Lancé pour une durée de cinq ans, la création du GdR Omer fait suite à un colloque de la Task force Océan
C’est donc dans une optique d’interdisciplinarité que le conseil scientifique d’Omer – composé de 33 personnes allant du chimiste au géologue en passant par l’acousticien, le géographe ou encore l’écologiste côtier – a monté un GdR structuré en quatre axes, associant « sciences dites dures » – avec par exemple des chercheurs et chercheuses relevant de l’Institut national des sciences de l'Univers (INSU) et de l’Institut écologie et environnement (INEE) du CNRS, et des recherches « en phase avec les attentes de la société » au travers du droit, de l’économie, la philosophie ou encore l’histoire.
« Connaître la santé des océans, mais également comment cette dernière est perçue »
Le premier axe ‘Perceptions et représentations de l’océan, de son potentiel d’inspiration et d’innovation, et de sa valeur patrimoniale’ s’attache à la contextualisation des biens et services fournis par l’océan. Il est question ici d’apprendre à mieux « utiliser le vivant pour le transposer ailleurs », donc de biomimétisme, mais également de mieux appréhender la façon dont les méthodes et approches de la recherche océanographique peuvent faire progresser d’autres disciplines, comme par exemple l’astronomie.
Le deuxième axe ‘Caractérisation et diagnostic des systèmes marins’ a pour objectif de développer de nouveaux outils et approches capables de mieux quantifier ou caractériser l'état actuel de l'océan. « S’il est question de ‘santé des océans’, explique Laurent Chauvaud, il nous faut inventer de nouveaux capteurs et paramètres de mesures pour produire un véritable diagnostique, car il manque encore de nombreux outils ». Fabrizio d’Ortenzio, directeur-adjoint du GdR Omer et chercheur en océanographie, mise lui aussi sur la perception et l’importance des sciences sociales. « Il faut se rapprocher de la sociologie, car il y a la santé réelle des océans, et la façon dont celle-ci est perçue par le public, ce qui est essentiel à mieux comprendre ».
Mélanger l’approche de l’émotion et l’approche scientifique
Le troisième axe, ‘Modélisation intégrée locale et globale de l’océan et de son évolution’ a pour objectif de faire de « l’écologie théorique et de la modélisation 'façon GIEC
Enfin le dernier axe ‘Conservation, préservation et gestion durable des socio-écosystèmes marins’ a pour objectif, une fois les diagnostics faits et les demandes de la société comprises, de devenir « contraignant » en utilisant les résultats de la recherche et les données pour proposer de nouvelles formes juridiques. « Concernant par exemple les aires marines protégées, nos analyses montrent que les objectifs de préservation peuvent être en contradiction avec les méthodes juridiques appliquées », explique Laurent Chauvaud. « Il faut des outils juridiques réfléchis avec la recherche pour contraindre la protection de l’espace marin. »
Un « réveil des consciences » à l’échelle planétaire
Le GdR Omer s’inscrit dans un paysage mondial où les programmes sur l'océan se multiplient, avec par exemple la décennie des océans des Nations-Unis, le programme Starfish de la Commission européenne ou encore le PPR
Laurent Chauvaud souligne également la notion de « participation citoyenne » présente au sein de Starfish et de la Décennie des océans des Nations-Unis avec laquelle le GdR est totalement en phase. « Quelles sont les différences entre les recherches actuelles en mer et les priorités de la population ? Comment demander à la société civile de nous rejoindre dans cet effort ? » Pour lui, de nombreuses questions demeurent. « Nous parlons souvent de la ‘santé des océans’ mais qu’est-ce que cela veut dire, un océan en bonne santé ? Est-ce la même réponse pour un chercheur, le grand public, ou des dirigeants ? » Des enjeux incontournables que le GdR Omer compte bien aborder. « Nous ferons appel à la philosophie pour travailler sur la différence entre l’appropriation d’un patrimoine naturel par rapport à un patrimoine culturel », explique Laurent Chauvaud.
Le GdR compte également créer un « think-tank » en collaboration avec des « décideurs » – des journalistes, parlementaires, magistrats ou encore des industriels. « Vu l’urgence et le caractère global de la détérioration de l'océan, nous avons un devoir de transfert des savoirs. C’est une question d’urgence. Nous n’avons plus 20 ans devant nous », conclut-il.
Site « Océan » de la Mission pour les Initiatives Transverses et Interdisciplinaires (MITI) du CNRS : https://miti.cnrs.fr/initiatives-transver/ocean/