Fukushima : regards pluriels sur l'après-accident
À travers l'exposition "Sur les traces de Fukushima" présentée à la Maison de la culture du Japon à Paris jusqu’au 9 mars, la chercheuse Cécile Asanuma-Brice plonge le visiteur dans les profondeurs de l'après-accident nucléaire. A l’origine de l’exposition, le programme de recherche international Mitate lab. Post-Fukushima Studies qui examine les conséquences socio-environnementales de cette catastrophe sans précédent.
L’exposition « Sur les traces de Fukushima », présentée à la Maison de la culture du Japon retrace 12 années de terrain de recherche dans la zone autour de la centrale nucléaire de Fukushima. Pouvez-vous nous en dire davantage sur cette exposition ?
Cécile Asanuma-Brice
La photographie, outre le fait qu’elle témoigne d’une situation à un moment donné, est un outil de distanciation qui me ramène au rôle d'analyste et d'observateur du chercheur. La restitution des atmosphères, des émotions et des nuances via la photo serait difficile à exprimer uniquement via des textes analytiques. L'approche visuelle ouvre une autre dimension de compréhension. En outre, j'ai demandé à l'équipe de montage de la Maison de la culture du Japon, dont je salue le travail remarquable, d'aménager des cloisons dans le hall d'exposition pour recréer, à travers des jeux de perspectives, la sensation d'immersion dans l'ancienne zone évacuée. Ainsi, les visiteurs déambulent dans les rues, croisent un regard, des objets, des intérieurs de maisons dévastées, ou rencontrent des habitants qui content leur histoire.
Cette exposition, financée par le Centre de Recherche sur le Japon
« Sur les traces de Fukushima », est également le témoignage photographique d’un programme international de recherche pluridisciplinaire, Mitate lab. Post-Fukushima Studies, qui explore les conséquences de l’accident nucléaire de Fukushima. Pouvez-vous nous décrire ce programme de recherche et son origine ?
C. A-B. : Effectivement, cette exposition nous offre l'opportunité, de présenter le projet de recherche international (IRP
Mitate lab. post Fukushima Studies est un programme de recherche international du CNRS, établi entre la France et le Japon, par CNRS Terre & Univers. Je le co-dirige avec Olivier Evrard
Lorsqu'on aborde un sujet aussi complexe que la gestion post-accident nucléaire, il est essentiel d'adopter une approche pluridisciplinaire. La question initiale concerne l'évacuation des populations, basée sur la contamination environnementale et la délimitation du principal panache radioactif. Cela nécessite l'implication d'experts en mesure environnementale et en déplacement des radionucléides, ainsi que d'urbanistes pour analyser la politique de refuge et le relogement des évacués. À long terme, il est crucial de suivre et de s’interroger sur la pertinence des politiques de reconstruction dans les zones toujours affectées. Nous travaillons également avec des sociologues, des épidémiologistes, des psychologues et des biologistes pour étudier les conséquences bio-sociales de l'accident.
Bien que chaque domaine préserve son autonomie, un échange constant entre les sciences de l'environnement et celles des humanités environnementales permet une compréhension globale à long terme de la gestion post-accidentelle. L’accident nucléaire de Fukushima, est l'un des deux plus graves avec Tchernobyl. Cependant, il a été suivi d'une politique de décontamination sans précédent (qui ne concerne que les zones habitées ou cultivées), ainsi que d'une réouverture quasi-totale de la zone évacuée, ce qui est une première au monde. La reconstruction de villes nouvelles sur des sites déjà en déprise démographique avant le désastre est également inédite.
Analyser ces événements nécessite une équipe composite de chercheurs de divers domaines. Nous travaillons ensemble en reconnaissant nos différences d'analyse, de méthodes et de perspectives, car c'est cette diversité des approches qui enrichit notre travail. Mitate lab. se veut résolument interdisciplinaire.
Quels sont les projets futurs pour l'IRP Mitate lab. Post-Fukushima Studies ? Quelles sont les perspectives à venir ?
C. A-B. : CNRS Terre et Univers, qui a permis la création de Mitate lab. et soutient cette initiative, nous a proposé de poursuivre cette collaboration internationale en transformant le programme en un Laboratoire de Recherche International (IRL