Le CNRS au cœur de réseaux internationaux initiés par le Japon
Cinq laboratoires français ont été retenus pour participer à des pôles de recherche de classe mondiale dans des domaines de pointe et d'importance pour le gouvernement japonais.
Créer des réseaux internationaux sur des domaines scientifiques de pointe entre des pays partenaires du Japon : voilà l’objectif du volet « Advanced Research Networks » du programme « Core-to-Core » géré par la Japanese Society for Promotion of Science
Similaire au fonctionnement des International Research Networks
Le premier réseau international de glycobiologie
Par exemple, le projet « Establishment of global research institute for uncovering glycan organized life principle » a été lancé à l’initiative de l’institut japonais iGCORE, nouvellement créé en 2020 par la fusion de deux instituts de la prestigieuse université nationale Nagoya University et de la Gifu University. Avec un financement de 90 000 000 ¥, soit 150 000 € par an, alloué par la JSPS, le réseau rassemble l’Unité de glycobiologie structurale et fonctionnelle

La sélection de ce réseau par le programme japonais « Core-to-core » conforte ainsi des échanges académiques de plus de dix ans autour d’objectifs scientifiques communs, tels que la compréhension du rôle des sucres complexes dans la neurogenèse, dans les infections (virus et bactéries pathogènes) et les maladies neurodégénératives (maladie d’Alzheimer, sclérose en plaques, schizophrénie, etc.), le développement de diagnostics et de thérapies à base d'acide sialique pour des maladies métaboliques comme le cancer ou l’obésité, et – avec une participation moindre de l’UGSF – le développement d'une plateforme de synthèse de ces sucres. En donnant une place importante aux jeunes chercheurs – l’UGSF a par exemple créé un comité scientifique de direction du réseau côté français avec des chercheurs et chercheuses qui ne sont pas chefs de groupe au sein de l’unité –, le groupe préparera un symposium par an, un chez chaque partenaire, et espère obtenir d'autres financements pour agrandir le réseau.
« Le domaine fédère une communauté internationale dispersée et restreinte mais très active, qui a un besoin critique d'interagir étroitement et de diffuser son savoir-faire pour relever les défis sociétaux actuels », détaille Yann Guérardel. Nouvellement directeur de l’unité UGSF, le chercheur entend renforcer la position du laboratoire « au centre du jeu international » sur ce secteur de recherche très prometteur.
Mieux comprendre l’Univers
La nécessité de mettre en commun les expertises est aussi ce qui a poussé la large communauté qui profitera du projet « Exploration of the origin and evolution of matter and space time: a research consortium for cosmic microwave background » à postuler. Elle travaille sur le fond diffus cosmologique
Ce réseau implique des équipes japonaises (Kavli Institute for the Physics and Mathematics of the Universe, High Energy Accelerator Research Organization, University of Tokyo, Kyoto University, Okayama University), ainsi que les États-Unis, le Canada, le Royaume-Uni, l’Italie, l’Allemagne, l’Espagne, la Norvège, la Corée du Sud et la France avec une équipe de 18 personnes réparties à Toulouse, Paris, Orsay et Grenoble. « Notre communauté, répartie autour du globe, fonctionne par projets. Les échanges internationaux et les conférences dédiées sont des outils essentiels pour partager nos travaux et nos connaissances », explique Sophie Henrot-Versille, directrice de recherche CNRS et coordinatrice du projet pour la France dans le cadre de ce programme japonais. « Ce réseau international ciblé sur notre sujet de recherche permettra aux spécialistes des télescopes au sol et spatiaux de partager leurs analyses et leurs résultats. Un plus pour mieux connaître nos instruments et combiner au mieux nos données, afin d'en apprendre davantage sur l'Univers, son origine, sa nature et son évolution. »
Retour d’expérience : un réseau international pour une histoire globale
« Un de nos résultats les plus importants est de montrer, notamment à nos étudiants en sciences sociales et histoire, qu’il est possible de travailler avec des experts japonais sur des sujets autres que le Japon », s’enthousiasme Alessandro Stanziani, directeur de recherche CNRS, en charge de l’IRN
Aujourd’hui, la collaboration continue, tous les financements, dont l’IRN français, ayant été renouvelés. Le groupe étudie l’histoire globale, soit les circulations des personnes, des idées et savoirs, des institutions et des valeurs à travers le monde, en mettant en évidence les connections entre des régions spécifiques et des structures globales. Tous les ans, une des institutions partenaires organise au moins une école d’été et une journée d’étude. Les étudiants ont ainsi pu rédiger des publications « à quatre mains », une « expérience magnifique » selon le coordinateur pour qui l’IRN permet aux équipes françaises de « jouer dans la cour des grands », notamment les États-Unis et le Japon où les financements sont importants.
Mais, malgré le succès de l’IRN et du programme « Core to core », le chercheur reste inquiet pour l’avenir, notamment depuis la crise du COVID-19 : « Je fais partie de cette génération de scientifiques qui pouvaient collaborer avec des équipes et se déplacer aux quatre coins de la planète. Mais j’ai le sentiment qu’avec les crises sanitaires et économiques, cela va changer. Ce serait aussi une bonne chose pour l’environnement. Mais que va-t-il rester de ces réseaux dynamiques qui s’appuient sur des collaborations sur trois ou quatre continents ? La question reste ouverte », conclut Alessandro Stanziani.