Sécurité et prévention : des enjeux clés pour le CNRS
Incendies, risques chimiques, lasers, mais aussi archéologues en zone hostile, pilotes de drones, missions en altitude ou plongeurs… Bienvenue dans le monde éclectique de la prévention au CNRS.
« La prévention n’est ni un mot, ni une procédure, encore moins un exercice convenu : il s’agit de la santé et la vie des agents. » Yves Fenech, coordonnateur national de prévention et de sécurité, pose tout de suite le ton : l’affaire est sérieuse. Avec son adjointe Céline Bataillon et l'assistante de prévention (AP) Léna Lecourt (voir encadré), il a accepté de nous emmener dans les coulisses de la prévention au CNRS, à l’occasion du lancement de la seconde phase de l’opération nationale « 2022, l’année des AP ».
Une grande variété de situations
C’est la diversité des risques

Dans chaque cas, la mission est claire : mettre en place des mesures de prévention adaptées. Cela suppose d’analyser les risques en concertation avec les personnes concernées, d’apporter le point de vue des experts de la prévention et, parfois, d’adapter les règles aux situations spécifiques, parfois incongrues et toujours nouvelles, des scientifiques du CNRS. Des surveillances médicales particulières, avec des rencontres plus régulières avec l’équipe médicale, sont par exemple mises en place dès qu’un risque est présent dans l’environnement de travail ou en cas de situations particulières
Un réseau d’acteurs
La prévention et la sécurité au CNRS reposent sur un « réseau essentiel, investi et reconnu », selon Yves Fenech. Au niveau national, celui-ci dirige la coordination nationale de prévention et de sécurité (CNPS), accompagné de chargés de mission pour des risques spécifiques. Le pôle en santé et sécurité au travail du CNRS
Un des principales missions de la coordination nationale est de coordonner l’action des services préventions des délégations qui ont eux-mêmes pour mission de maintenir le lien avec les 2200 assistants et assistantes de prévention. Ces derniers, le plus souvent nommés à temps partiel, bénéficient de formations proposées par les ingénieurs régionaux de prévention et de sécurité rattachés à chacune des 17 délégations régionales du CNRS, qui animent le réseau des AP au niveau régional.
Par extension, cette prévention de la santé des personnes et des biens et équipements au sein des laboratoires participe aussi à la protection de l’environnement et de la santé publique – une « responsabilité sociétale de l’organisme », assure Céline Bataillon. « Un incendie peut aussi détruire des résultats irremplaçables ou entraver la capacité de toute une équipe à poursuivre ses activités : ce que nous protégeons, c’est aussi la recherche. », complète-t-elle.
Une volonté commune
L’histoire de la prévention au CNRS n’est pas nouvelle, elle date des années 80. Aujourd’hui, le CNRS a mis en place un réseau efficace de 2200 assistants et assistantes de prévention dans ses 1100 unités (voir encadré). « Les AP sont l’élément essentiel de notre politique de prévention des risques professionnels. », résume le directeur. Nommés généralement à temps partiel, ils sont pour la plupart ingénieurs ou techniciens, et reçoivent une formation initiale et continue. Cette fonction demande en effet autant de compétences techniques qu’humaines.
L’ensemble de cette prévention se fait en partenariat avec les autres tutelles des laboratoires, la répartition des rôles de chacun étant parfois complexe à déterminer. « Il y a une volonté commune de faire en sorte que tout se passe bien. », assure Yves Fenech, témoignant par ailleurs de « l’appui constant » de la gouvernance du CNRS.
Et dans les faits, l’organisme recense « peu d’accidents par rapport aux risques ». Les taux de fréquence et de gravité des accidents sont respectivement 10 fois et 23 fois moins importants au CNRS que dans le secteur privé
Faisant suite à un questionnaire national sur leurs conditions d’exercice au sein des unités CNRS, cette Année avait pour objectif principal de faire connaître et d’expliquer cette fonction à l’ensemble de la communauté de l’organisme et de ses partenaires. Un important dispositif de communication a donc été déployé, avec la diffusion de témoignages vidéos, podcasts, articles et ressources didactiques sur 6 thèmes
La communication au cœur de 2023
Ce « coup de projecteur » s’accompagnait d’une volonté de « valoriser l’engagement des AP, mutualiser les bonnes pratiques et brasser les idées » parmi les assistants et assistantes de prévention, ajoute Céline Bataillon. L’occasion de rappeler les missions qui sont au cœur de la fonction, de diffuser des outils développés par certains AP pour faciliter leur travail, et de mieux faire connaître les outils et formations conçus par la coordination, notamment l’outil de e-learning pour les nouveaux entrants (NEO). L’occasion aussi d’identifier les besoins qui nourriront les réflexions de demain.
Pour conclure l’Année, chaque délégation régionale a également organisé à l’automne une journée dédiée, pilotée par l’ingénieur régional de prévention et de sécurité sur un fil conducteur national, dans le but de renforcer le réseau des AP au sein de chaque circonscription. Plus de 1500 assistants et assistantes de prévention y ont participé.
Mais l’action se poursuit en 2023, cette fois spécifiquement en direction des AP eux-mêmes. Il s’agira de leur fournir des outils et méthodes de communication modernes, répondant à leurs besoins, afin de développer davantage la culture sécurité au sein de leur laboratoire. « La communication interne est fondamentale car, si le rôle de l’assistant ou de l’assistante de prévention reste crucial, la prévention reste avant tout l’affaire de tous. », conclut Yves Fenech.
« On fait de meilleurs chercheurs »
Léna Lecourt est technicienne à l’Institut de physique du globe de Paris
Quel est le rôle d’une assistante de prévention ?
Léna Lecourt : Notre mission principale consiste à identifier les risques potentiels dans le laboratoire et à mettre en place des solutions pour écarter ces risques. Il faut savoir anticiper, conseiller, partager les bonnes pratiques. C’est un subtil mélange entre des compétences techniques – afin de pouvoir expliquer les mesures de prévention – et du relationnel, pour convaincre. L’humain est capital pour une prévention efficace. Il y a parfois besoin de diplomatie pour gérer les questions et les demandes autant des étudiants et techniciens que des chercheurs ou de directeurs d’unité. Pour sensibiliser, les nouveaux arrivants sont une bonne porte d’entrée mais il ne faut pas hésiter à répéter régulièrement l’importance de la démarche. C’est un travail au quotidien.
Pourquoi vous être investie dans ce rôle ?
L. L. : Je suis technicienne référente dans mon laboratoire : les questions de sécurité font partie intégrante de mon travail. Je suis par exemple en contact direct avec les étudiants et je souhaitais pouvoir leur donner des réponses précises en toute sécurité. Je les forme donc aujourd’hui à la fois à la technique et à la prévention ! Depuis 2018, je suis AP à 20 % de mon temps pour l’ensemble de mon équipe pluridisciplinaire, même si je suis plus spécialisée en biologie. Je réponds surtout aux questions du quotidien, par exemple sur les déchets ou la conservation de produits, et je préviens l’apparition de nouveaux risques lors de la mise en place d’expériences. Mais l’Institut de physique du globe de Paris traite de nombreux sujets, avec autant de risques : OGM, radioactivité, laser, risques biologiques et chimiques, missions à l’étranger en altitude ou en profondeur… Pour 17 équipes de recherche, 22 AP travaillent donc ensemble, dont 13 sur le site parisien du laboratoire, en lien avec l’ingénieur régional de prévention et de sécurité qui nous épaule en cas de besoin, et bien sûr la coordination nationale. Faire partie d’un tel réseau est riche aussi bien humainement que techniquement.
Les personnels dans votre laboratoire se sentent-ils concernés par la prévention et la sécurité ?
L. L. : Mon équipe est toujours demandeuse et à l’écoute de mes conseils. Les étudiants en particulier font très attention à ces questions, peut-être parce qu’ils ne sont pas encore dans les habitudes. C’est stimulant de se dire que les sensibiliser à ces enjeux en fait de meilleurs chercheurs et chercheuses. Je pense aussi que, depuis la crise sanitaire du Covid-19, la sensibilité s’est accrue. Les personnels se sont bien rendus compte des risques potentiels lorsqu’ils étaient seuls ou presque dans le laboratoire. Plusieurs personnes ont depuis demandé à se former sur ces questions. La prévention n’est plus vue comme une contrainte de nos jours, mais comme un élément important à prendre en compte.