Stockage de données : du data center à la capsule ADN
Piloté par le CNRS et doté d’un budget de 20 millions d’euros sur 7 ans, le programme et équipement prioritaire de recherche (PEPR) exploratoire MoleculArXiv vise à inventer de nouveaux dispositifs de stockage de données sur ADN et polymères artificiels. Marc Antonini, son coordinateur, en dévoile les enjeux et objectifs.
Lancé le 30 mai 2022, le PEPR exploratoire MoleculArXiv1 vise à révolutionner les techniques de stockage de données. Quels sont les enjeux ?
Marc Antonini
L’ADN synthétique serait la solution ?
M. A. : Oui, car la caractéristique de l’ADN
Quels sont les défis de ce nouveau procédé, auxquels ce PEPR exploratoire souhaite répondre ?
M. A. : Le PEPR a trois défis à relever. Le premier concerne la chimie de synthèse. La synthèse ADN (soit la création de l’ADN synthétique) est lente et coûteuse. Sa démocratisation va permettre de faire baisser les coûts, certes, mais nous devons accélérer ce processus de synthèse pour arriver à concurrencer les serveurs traditionnels. Il faut aujourd’hui 100 secondes pour écrire 1 bit
Le deuxième défi est de générer des systèmes d’encodage – c’est -à-dire de conversion de la donnée binaire en code quaternaire compatible avec l’ADN – et de séquencage/décodage – une lecture de la donnée robuste au bruit permettant de récupérer de façon intègre les données binaires stockées.
En effet, le processus de synthèse, stockage et séquençage de l’ADN s’apparente à un canal bruité pour lequel nous devons créer des codes robustes pour ne pas perdre ou fausser la donnée lors de son écriture ou de sa lecture.
Le troisième défi consiste à récupérer de façon aléatoire la donnée stockée dans la capsule. Si je mets l’équivalent d’un data center dans une capsule, je dois pouvoir sélectionner rapidement les brins d’ADN stockés que je souhaite retrouver et décoder. Les scientifiques travaillent donc sur la structuration de la donnée lors de la synthèse de l’ADN.
Pour relever ces trois défis, le PEPR fera appel à des recherches multidisciplinaires en chimie, microfluifique, théorie du signal, bioinformatique, biologie du séquençage et chimie des polymères.
L’enjeu est-il présent au niveau international ? Comment se positionne la France ?
M. A. : Les États-Unis ont pris de l’avance. Le pays a mis en place en 2019 le programme national MIST (Molecular Information Storage) doté d’un budget de 50 millions de dollars. Contrairement à la conception du PEPR, le programme privilégie le développement du stockage de données sur ADN via la parallélisation massive de génération des brins d’ADN
L’Europe n’a pas encore bien structuré sa stratégie, mais nous avons des start-up leaders en France comme DNA Script qui développe une imprimante à ADN, ou encore Imagene qui crée les capsules à ADN et des jeunes start-up telles que Biomemory ou encore PearCode. Nous avons toutes les compétences pour relever ce défi de bout en bout, et le PEPR est un moyen non seulement de coordonner l’ensemble de ce savoir-faire au niveau national afin de proposer une solution souveraine, mais également de pousser au niveau européen en visant par exemple un Fet Flagship
Avec un budget de 20 millions d’euros sur 7 ans, comment le PEPR exploratoire MoleculArXiv est-il administré ?
M. A. : Une grande partie du budget sera destinée aux 16 laboratoires directement impliqués dans le PEPR via 4 projets ciblés (pour en savoir plus). Nous allons également financer des appels à projet et appels à manifestation d’intérêt vers les laboratoires français qui souhaiteraient relever ce défi. Enfin, nous gardons également une partie du budget pour l’animation – c’est-à-dire l’organisation de workshops internationaux, d’écoles d’été, ou encore la mise en place de groupes de travail. Le projet a également vocation à financer 4 chaires de jeunes chercheurs afin de créer une dynamique sur le sujet.
Des collaborations avec l’INA
Concernant nos objectifs, nous avons un premier jalon à 5 ans où le PEPR exploratoire commencera à être compétitif et un second à 10 ans, où nous serons complètement opérationnels. Attention, le stockage de données ne va complètement changer du jour au lendemain. Il y aura une coexistence avec les données dites « chaudes » qui resteront au format binaire et stockées sur des systèmes traditionnels tels que les disques durs. L’objectif n’est pas de remplacer totalement les data center d’ici 10 ans mais de stocker l’énorme quantité de données d’archives.