« Il est important de valoriser les carrières des jeunes chercheuses »
Cette année 26 chercheuses hébergées dans des laboratoires rattachés au CNRS sont récompensées par le Prix Jeunes Talents France L’Oréal-UNESCO Pour les Femmes et la Science 2020. Trois de ces lauréates racontent leur parcours.
Le Prix Jeunes Talents France L’Oréal-UNESCO Pour les Femmes et la Science 2020 a distingué cette année 35 doctorantes ou post-doctorantes engagées dans des champs aussi variés que la biologie, la chimie-physique ou les mathématiques. Ce prix, créé en 2006, vise à soutenir les travaux de recherche de jeunes femmes scientifique en les récompensant d’une bourse de de 15 000 euros pour les doctorantes et 20 000 euros pour les post-doctorantes. « Aujourd’hui encore en France, les femmes sont sous - représentées dans les études et les professions de recherche : on ne compte que 36 % de femmes en doctorat, 26 % de femmes en écoles d’ingénieurs et 26 % de femmes parmi les chercheurs », rapporte Alexandra Palt, directrice générale de la Fondation L’Oréal. « Ce prix est l’occasion de mettre en avant des carrières féminines construites au sein d’un milieu de la recherche souvent très masculin. Il est important pour le CNRS de valoriser ces carrières », explique Elisabeth Kohler, directrice de la Mission pour la place des femmes du CNRS. Cette année, il récompense 26 chercheuses hébergées dans des laboratoires rattachés au CNRS. Trois de ces lauréates reviennent sur leur parcours.
Mercedes Haiech, entre algèbre et géométrie
Mercedes Haiech a eu le coup de foudre pour les mathématiques à 12 ans. « C’est le challenge qui m’a attiré. Passer du temps à chercher des solutions, c’est ce qui m’a plu. » Pour la jeune doctorante à l’Institut de recherche mathématiques de Rennes
Elle se spécialise en géométrie algébrique, une discipline qui mêle l'algèbre, c’est-à-dire l’étude des structures, à la géométrie, l’étude des formes. L’enjeu de ses recherches est d’utiliser ces deux disciplines pour comprendre le comportement géométrique de système d’équations différentielles. « On peut vraiment faire ce que l’on veut en mathématiques : travailler seul ou à deux, fixer ses thèmes de recherche... C’est cette liberté que j’aime et les grandes découvertes se produisent grâce à cette liberté. »
Alors qu’elle doit soutenir sa thèse le 7 décembre, la jeune chercheuse compte utiliser son prix pour acheter du matériel permettant de lancer des calculs de bases de Gröbner exigeant en mémoire, organiser un worshop autour de ses thématiques de recherche, et soutenir des journées de sensibilisations pour les lycéennes autour des mathématiques. « Au lycée, j’ai eu la chance d’avoir deux amies qui partageaient cette passion et cela nous a aidé. Nous avons participé, par exemple, aux Olympiades de mathématiques, au TFJM² et à d’autres concours de mathématiques… Il y a eu une émulation entre nous qui perdure encore aujourd’hui car, encore aujourd’hui, nous échangeons avec l’une d’entre elle actuellement en thèse d’informatique, sur des problèmes de mathématiques. Depuis la prépa, j’ai été entouré en majorité de garçons - et si dans certains domaines, comme en biologie par exemple, la part féminine a augmenté -, il est important d’organiser des journées de sensibilisation dédiées aux filles afin de leur faire prendre conscience que les mathématiques sont un domaine dans lequel elles peuvent s’épanouir ! »
Stéphanie Jacquet, les relations entre virus et hôtes
Post-doctorante au laboratoire de biométrie et biologie évolutive
Elle se spécialise alors dans l’étude et la compréhension des processus écologiques, évolutifs et moléculaires qui façonnent les interactions entre hôtes et parasites. Après une thèse sur la propagation d’un moucheron qui est le vecteur principal d’une maladie bovine - Stéphanie Jacquet cherche aujourd’hui à comprendre comment les chauves-souris, hôtes de nombreux pathogènes transmissibles à l’être humain, coexistent avec les virus. Pour cela, elle étudie la diversité génétique et fonctionnelle de leur système immunitaire inné, à savoir les mécanismes cellulaires permettant la défense des chauves-souris contre les virus, comparativement à d’autres mammifères. « Les travaux que nous menons peuvent aider à mieux comprendre les interactions entre les chauves-souris et les virus, et peuvent s’appliquer à différentes familles virales, y compris celle des coronavirus. Nous n’avons pas encore commencé à travailler directement sur le SARS-Cov2, mais avons de futurs projets en collaboration. »
Grâce à son prix, Stéphanie Jacquet souhaite se former à des techniques en biologie cellulaire lui permettant d’aller plus loin dans ses recherches, se rendre dans des laboratoires étrangers pour multiplier les échanges, mais également organiser une journée de tables-rondes au cours de laquelle des chercheuses pourraient partager leurs expériences avec les plus jeunes. « Malgré une évolution de la place des femmes dans la science, il y a encore beaucoup à faire. Rien que l’équilibre vie de famille et vie professionnelle désavantage les femmes dans un milieu où nous sommes évaluées sur notre productivité et le nombre de publications. »
Monu Kaushik, l’étude des nanomatériaux pour le développement industriel durable
Post-doctorante au Centre de résonance magnétique nucléaire à très hauts champs de Lyon
C’est à l’université Goethe de Francfort qu’elle effectue sa thèse sur la polarisation nucléaire dynamique, une technique qui améliore la qualité du signal de la spectroscopie de résonance magnétique nucléaire. Aujourd’hui, les travaux de Monu Kaushik portent sur les nanomatériaux et visent à faire progresser le développement industriel dit « durable » pour optimiser les techniques de production tout en limitant l’impact environnemental. La valeur de ses recherches est reconnue et a été récompensée à de nombreuses reprises