« La recherche française a beaucoup à gagner d’une collaboration forte avec l’Inde »
Une délégation du CNRS, menée par son président-directeur général Antoine Petit, se rend en Inde pour échanger avec ses principaux partenaires sur le terrain. L’occasion de faire le point sur la recherche indienne et ses nombreuses collaborations avec le CNRS.
Avec bientôt 1,4 milliards d’habitants (dont 50 % a moins de 30 ans), l’Inde vient de dépasser la Chine pour devenir le pays le plus peuplé du monde. Elle devrait être la deuxième économie du G20 en termes de croissance (2022-23
Une recherche présente au sein de nombreux ministères indiens
Même si la part du PIB indien investie dans la science reste faible – 0,7 % -, la forte croissance du pays le positionne comme un acteur stratégique de la recherche mondiale à terme. La recherche publique en Inde est une prérogative du gouvernement central et s’organise principalement autour du Ministère pour la Science et la Technologie et du Ministère des Sciences de la Terre. Mais, pour autant, chaque ministère dispose de départements, auxquels sont rattachés des instituts, centres et établissements spécialisés de recherche. Par exemple, le Ministère pour la Science et la Technologie a trois départements clés : le Département des sciences et de la technologie avec 20 institutions autonomes menant des activités de recherche et innovation ; le Département de biotechnologie avec le Conseil de recherche et d'innovation en biotechnologie comprenant 14 instituts de R&D ; et la Direction de la recherche scientifique et industrielle (DSIR), avec le Conseil de la recherche scientifique et industrielle (CSIR) regroupant 38 instituts de recherche industrielle.
Une autre histoire de l’Inde racontée par ses photos
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« Il existe de nombreux autres ministères qui régissent et mettent en œuvre des programmes de recherche liés respectivement à la santé, à l'espace, à la défense, au textile, à l'énergie atomique, à l'informatique, à l'industrie, à l'énergie pétrolière, aux énergies renouvelables, au développement des ressources humaines (établissements universitaires et universités techniques). », explique N. Kalaiselvi, le Secrétaire DSIR, GoI et Directrice Générale du CSIR. « Tous ces ministères contribuent au développement de pans de la science indienne et le premier ministre a directement sous son contrôle le département de l’Énergie atomique. », ajoute Srini Kaveri, directeur du Bureau Inde du CNRS à New Dehli depuis 2015, qui célèbre cette année ses 12 ans.
Particularité du système indien de la recherche, les institutions académiques relevant du Ministère de l’Éducation, comme les Indian Institutes of Technology (IIT), sont des participants actifs dans l'écosystème de la recherche. Côté université, il en existe actuellement plus de mille – pour seulement une vingtaine en 1947, date de l’indépendance de l’Inde. Sur ces mille universités, quasiment la moitié sont privées. « Pour certains de ces établissements, les infrastructures manquent encore… Et si ces nombreuses universités répondent aux enjeux de forte densité de la population, la recherche fondamentale est réalisée dans les instituts publics avec les IIT, dans lesquels il existe une qualité de recherche exceptionnelle. », rajoute Srini Kaveri.
La « pharmacie du monde » est aussi un leader en mathématiques et informatique
L'Inde mise sur des domaines du futur tels que le quantique, les technologies de communication avancée, la transformation numérique, alors que la recherche indienne est particulièrement efficace en mathématiques et informatique. Le pays s’est notamment donné pour objectif de devenir une économie numérique de 1000 milliards de dollars d’ici 2025. Mais il mise également sur l’énergie propre – par exemple l’hydrogène vert
« L'innovation, la résilience et l'adaptabilité sont, selon moi, les principaux atouts et spécificités de la recherche indienne qui ont donné au pays, entre autre, ce surnom : la ‘pharmacie du monde’. » souligne N. Kalaiselvi alors que l’Inde se positionne à la cinquième place mondiale en termes de publications scientifiques, et à la 7e en dépôt de brevets avec 70 000 start-up actives, 335 incubateurs, 130 licornes
Les collaborations franco-indiennes : des ‘success stories’
Si de par son histoire l’Inde est très proche de la recherche britannique et plus largement de la recherche états-unienne, les relations franco-indiennes se sont développées sous le mandat du Président Giscard d’Estaing (1974-1981), au cours duquel est notamment née l’idée de l’Indo-French Centre for the Promotion of Advanced Research (CEFIPRA)
Antoine Petit assistera d’ailleurs à deux workshops CEFIPRA parmi lesquels celui de l’enseignant-chercheur du laboratoire Xlim
Et si le CNRS compte bientôt trois International Research Laboratories (IRL)
L'IRL ReLaX
« RelaX est dédié à la recherche en informatique théorique, ses applications et ses interactions avec les mathématiques. », explique Madhavan Mukund, directeur de l’IRL et directeur du Chennai Mathematical Institute. ReLaX tient d’ailleurs ses origines d’un projet CEFIPRA – entre le Chennai Mathematical Institute et le Centre Inria Sophia Antipolis – qui, au fur et à mesure des années et des collaborations (28 au total), s’est transformé en un réseau de recherche puis en International Research Project pour devenir un IRL. « Le laboratoire soutient les visites de chercheurs et chercheuses, et l’organisation de workshops en France ou en Inde, nous accueillons des professeurs sur plusieurs mois et soutenons l’échange étudiant. À terme, nous souhaiterions nous tourner davantage vers les entreprises pour des collaborations, alors que beaucoup d’entreprises françaises sont présentes sur place. »
L'IRL Scal(e)S
Le tout nouvel IRL Scal(e)S, Self-organisation and control in biological systems, qui devrait être ouvert d'ici la fin de l'année, vise à démêler les mécanismes de la matière et des organismes vivants, et plus particulièrement les caractéristiques complexes qui soutiennent leurs fonctions physiologiques. Il mettra en œuvre des projets interdisciplinaires pour étudier comment les systèmes biologiques s'organisent dynamiquement à travers les échelles, des molécules aux ensembles cellulaires dans les colonies bactériennes, les tissus et les embryons. Scal(e)S a pour objectif de nourrir la recherche collaborative au sein d'un consortium de partenaires basés au National Center for Biological Sciences de Bangalore en Inde, et au Turing Center for Living Systems à Marseille. « Nous prévoyons de favoriser les interactions à travers l'organisation de workshops annuels à Bangalore et Marseille, des échanges d'étudiants et de postdocs. Le résultat attendu de cet IRL est le lancement de nouveaux projets où l'ensemble des différentes expertises apportera de nouvelles réponses à la question de l'émergence des formes biologiques à travers les échelles spatiales et temporelles. », rapporte Thomas Lecuit, directeur de l’IRL.
L’Institut français de Pondichéry
Créé en 1955, l’Institut français de Pondichéry est l’une des plus grandes UMIFRE