Lancement d’un projet phare du CNRS sur l’IA hybride à Singapour
Doté de 35 millions d’euros sur cinq ans, un vaste projet collaboratif sur l’Intelligence Artificielle hybride porté par la filiale du CNRS à Singapour débutera fin 2021.
DesCartes. Derrière ce nom très français se cache un des plus grands projets collaboratifs du CNRS : le « Program on Intelligent Modelling for Decision-making in Critical Urban Systems », dédié à l’Intelligence Artificielle hybride. Avec un budget consolidé de 35 millions d’euros sur une durée de cinq ans, ce programme vient d’être sélectionné par le gouvernement singapourien et sera basé sur le campus CREATE
IA : France – Singapour, une ambition commune
L’objectif principal du programme DesCartes, dont la construction a débuté en janvier 2020 sous la direction de Francisco Chinesta
« Il s’agit réellement de croiser les expertises fortes des deux pays », indique Dominique Baillargeat. Le consortium singapourien est internationalement reconnu dans le domaine des villes intelligentes et pour les disciplines cœurs de l'IA. Quant au consortium français, il est mondialement reconnu dans le domaine des technologies d'hybridation de l'IA et de l'ingénierie, ainsi que dans le domaine des sciences humaines et sociales, qui seront déterminantes pour placer le citoyen au centre des enjeux du programme.
De l’optimisation du réseau d’électricité à la circulation de drones de livraison
Descartes va développer des méthodes d'IA hybrides, associant l'IA à des modèles basés sur la connaissance (physique, ingénierie), pour permettre une prise de décision en confiance et en temps réel « centrée sur les personnes » et « en harmonie avec la société. » Le tout en réponse à des situations complexes liées aux systèmes urbains critiques dans le contexte de la « Smart Nation » de Singapour. Ces recherches seront appliquées, par exemple, à la mobilité urbaine ou la gestion de l’énergie, ou pour anticiper les besoins de futurs réseaux de transports, d’industries intelligentes ou d’immeubles intelligents. « Nous visons par exemple à développer des solutions pour optimiser l’offre à la demande du réseau d’électricité, ou des solutions pour fluidifier la circulation de drones-taxi ou de drones de livraison, ou encore développer une maintenance prédictive intelligente appliquée aux outils industriels », explique Dominique Baillargeat. Des systèmes dans la ville qui sauront analyser des données sur l’utilisation des services par la population puis prendre des décisions d’optimisation. Ces outils seront développés par une trentaine de doctorants et une cinquantaine de post-docs en plus des 80 enseignants-chercheurs et chercheurs Singapouriens et Français dont une partie sera basé à Singapour grâce à des séjours longue-durée financés par le programme.
« Singapour est une véritable vitrine de l’innovation, ouverte aux technologies émergentes—l'endroit idéal pour démontrer que l'IA hybride est une technologie de rupture adaptée aux infrastructures critiques des villes intelligentes », ajoute le directeur de CNRS@CREATE. L’ambition de DesCartes est de déployer cette technologie sur des cas d’étude à l’échelle industrielle en impliquant les agences gouvernementales et les industries locales. « Mais bien évidemment, les applications seront mondiales », conclut-il.
CNRS@CREATE, première filiale de l’organisme à l’étranger
CNRS@Create a été conçu comme un opérateur de programmes et un lieu de construction de collaborations de recherche intégré au Campus for research excellence and technological entreprise (CREATE). Créé par la NRF en 2007 et imaginé comme un pôle de recherche international à Singapour, CREATE développe des collaborations internationales de recherche par le financement de grands programmes menés entre ses partenaires et consacre 100 à 120 millions de dollars singapouriens par an aux projets de recherche. La NRF sélectionne les partenaires de CREATE sur la seule base de l’excellence scientifique et sur leur volonté de s’inscrire dans cette démarche collaborative : aujourd’hui, la tour CREATE accueille deux grandes universités singapouriennes, la National University of Singapore et la Nanyang Technological University, et 9 partenaires étrangers parmi lesquels on trouve le MIT, ETH Zurich, Cambridge ou encore Berkeley. « La NRF a souhaité que le CNRS fasse partie du club : c’est le premier organisme de recherche à avoir été invité dans ce cadre », souligne Dominique Baillargeat.
Au-delà du programme DesCartes, la filiale du CNRS à Singapour coordonne actuellement quatre projets en cours, à différents niveaux de développement. Trois ont été obtenus en réponse à des appels à projets « intra-CREATE », c’est-à-dire ayant pour vocation de financer la collaboration entre les 11 membres de CREATE, allant d’universités Singapouriennes aux meilleurs centres de recherches du monde, du MIT à Cambridge. CNRS@CREATE est porteur principal du projet EcoCTs dans le cadre de l’appel à projets « Cities », en collaboration avec la National University of Singapore (NUS) et l’Agency for Science, Technology and Research (A*STAR), qui propose de développer « une biologie de synthèse pour une bio-économie circulaire ». La filiale - après avoir répondu à l’appel à projets « Intersection of engineering and health » – a eu deux de ses projets retenus : Calipso, sur « la croissance de cellules gérée par intelligence artificielle », dont elle est le porteur principal, et ScaNCellS pour « l’impression 3D de cellules », pour lequel elle seconde la Nanyang Technological University de Singapour. Enfin, plus récemment un quatrième projet en chimie, « bubble : Des déchets alimentaires aux produits chimiques grâce à la sonochimie », a été lancé pour une période de 18 mois. Dispositif interdisciplinaire, agile et réactif, la première filiale du CNRS s’inscrit au cœur de la stratégie internationale du CNRS.