« Le Campus Condorcet a pour vocation de rayonner à l’échelle nationale et internationale »

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Ouvert il y a deux ans, le plus grand centre de recherche en sciences humaines et sociales au monde prend ses marques.

« Le Campus est en pleine ébullition », constate Annick Allaigre, présidente de l’Université Paris 8 Vincennes Saint-Denis. « Après près de deux ans de crise sanitaire, les équipes peuvent vraiment commencer à s’installer ». Implanté à Aubervilliers, au nord de Paris, doté de 100.000 m2 et accueillant près de 4000 enseignants-chercheurs,le Campus Condorcet, dédié aux sciences humaines et sociales, est un objet unique dans le paysage de la recherche internationale.

Ouvert officiellement en octobre 2019, son projet remonte pourtant à plus à la fin des années 2000. « De nombreux établissements de l’ESR français ressentaient alors le besoin d’équiper les sciences humaines et sociales en nouveaux bâtiments avec des infrastructures de grande qualité pour mieux travailler », explique Jean-François Balaudé, président du Campus Condorcet. Il compte aujourd’hui onze établissements membres dont le CNRS1.

« Au fur et à mesure, le projet, essentiellement bâtimentaire à l’origine, a beaucoup évolué et l’idée de coopérations scientifiques renforcées entre les établissements membres et entre les unités de recherche est devenue centrale pour la réussite du Campus Condorcet », se souvient Fabrice Boudjaaba, directeur adjoint de l’Institut des Sciences humaines et sociales du CNRS et représentant de l’organisme au Conseil d’administration du Campus.

1 campus, 80 structures de recherche

« Nous avons installé de façon pérenne deux grandes UMR de l’Université Paris 8 Vincennes-Saint-Denis - l’Institut d’histoire du temps présent2 et le Laboratoire d'études sur le genre et la sexualité3 - en plus d’équipes temporaires pour certains projets, par exemple le projet GEODE4 en partenariat avec le Ministère des Armées, spécialisé en cyber-sécurité », rapporte Annick Allaigre, Présidente de l’Université Paris 8 et membre du Conseil d’administration du Campus. « Le Campus Condorcet est pour nous une façon de nous relier à des objectifs scientifiques plus larges et de bénéficier de la proximité d’établissements avec lesquels nous avions des liens qui en ressortent aujourd’hui renforcés. »

Trente des 80 unités du Campus ont une tutelle CNRS. « A terme, plus d’un quart des effectifs en SHS du CNRS y seront implantées. », ajoute Fabrice Boudjaaba.

Parmi les programmes de recherche emblématiques présents se trouve l’Institut Convergence Migrations5 qui rassemble l’essentiel des chercheurs qui s’intéressent aux migrations dans une démarche pluri et interdisciplinaire associant, entre autres, l’Ined, dorénavant installé sur la Campus, et l’Inserm. L’ICM donne une visibilité internationale très forte à ce domaine de la recherche française. Ou encore l’Institut des langues rares6 porté par l’EPHE et dont l’objectif est de fédérer toutes les forces de recherche du campus et hors campus autour des langues rares. 

De multiples programmes de recherche

Le Campus accueille aussi la plateforme Mémoire et Résilience7 qui a vocation à travailler sur le même modèle que la plateforme SHS Santé8, très active pendant la crise sanitaire et également implantée à Condorcet. « Le CNRS a obtenu des financements pour la création de la plateforme SHS Santé et a décidé de l’implanter sur le Campus Condorcet pour développer les interfaces avec les autres disciplines et avoir un dialogue scientifique à armes égales avec d’autres sciences. La plateforme SHS Santé implique des partenaires du Campus, mais également des partenaires extérieurs. Un établissement aurait des difficultés à porter seul un projet de cette nature. C’est l’intérêt de ce Campus de permettre ce type de collaboration », explique Fabrice Boudjaaba.

L’Équipement d'excellence, Biblissima - qui fédère et structure un ensemble de corpus numériques de données scientifiques sur l’histoire de la circulation des textes en Occident du Moyen Âge à la fin de l’Ancien Régime – est aussi un « bel exemple de collaboration réussie au niveau du Campus, mais également à l’échelle nationale » ; l’Equipex fédère dix équipes partenaires réparties sur le territoire national, dont certaines se rattachent à des membres fondateurs du Campus Condorcet9. Il devient aujourd’hui Biblissima+ en élargissant ses partenariats dans le cadre d’une nouvelle labellisation Equipex+.

50 bibliothèques rassemblées

Un million de documents, ainsi que 5 km linéaires d’archives de la recherche en SHS. Au sein du Campus Condorcet se trouve également inscrite la mise en commun symbolique de 50 bibliothèques de recherche issus de de ses établissements membres, pour former le Grand équipement documentaire (GED). « Ce grand équipement se pense comme une bibliothèque de recherche de nouvelle génération. Elle s’efforce de développer un certain nombre de services aux chercheurs, en lien avec eux, comme la mise en valeur et l’enrichissement des corpus par voie numérique », explique Jean-François Balaudé. Le GED, mais également la TGIR Huma-Num10 – qui a rejoint le Campus Condorcet – devraient permettre de développer de nombreuses coopérations autour du numérique de la recherche sur le Campus et bien au-delà.

Le Campus bénéficie aussi de plusieurs équipements stratégiques, notamment son centre de colloques dédié à l’accueil de manifestations scientifiques, pensé et positionné pour accueillir de grandes conférences. « Sa programmation se fait des mois à l’avance. Il est extrêmement utilisé. » La maison des chercheurs met à disposition 88 logements permettant d’accueillir des chercheurs seuls ou en famille afin de donner le meilleur environnement possible aux chercheurs venus du monde entier. Enfin, l’Hôtel à projets permet d’accueillir de grands programmes nationaux et internationaux en mettant à disposition des bureaux pour une durée limitée.

Un site, un territoire

La relation au territoire de la Seine-Saint-Denis est également un élément fort qui a été très tôt identifié. Plusieurs actions de solidarité et de médiation scientifique sont en cours de création alors que le Campus travaille avec des associations, des collèges et des lycées du département. « La recherche sur le territoire est également importante avec des travaux sur la ville, la banlieue, la diversité linguistique… L’interaction avec et l’intervention dans le territoire sont souhaitables sinon nécessaires pour nous qui nous trouvons au cœur de la Seine-Saint-Denis », souligne Jean-François Balaudé. Le Campus se veut « ouvert » avec son « cour des humanités » qui permet aux habitants de circuler à travers tout le campus. Il s’agit d’une voie publique qui passe par le rez-de-chaussée de la bibliothèque où sont installés des espaces publiques d’exposition.

Crossings : un programme emblématique de la coopération scientifique entre les membres

Dans le cadre du PIA4, l’Établissement public Campus Condorcet a élaboré avec les 11 établissements membres du Campus et a déposé en leurs noms le projet « Crossings » en réponse à l’appel à projets "Excellences sous toutes ses formes". Trente-cinq M€ sont demandés, alors que les membres apportent une contribution financière propre de 467 M€ pour le projet. « C’est un projet ambitieux qui définit un grand programme scientifique autour des inégalités sociales, environnementales et de santé ; un programme pour structurer et développer les pratiques numériques en SHS et favoriser l’expérimentation ; et un programme axé sur l’édition et la science ouverte, et la science en société, explique Jean-François Balaudé. Dès que l’on se met d’accord on va très loin. Le projet « Crossings » le montre bien. »

« L’élaboration de Crossings a été un moment très important pour le Campus Condorcet. On a vu tous les enseignants-chercheurs se mettre au travail collectivement. Mettre onze établissements autour de la table était un pari et il faut saluer ce résultat », souligne Annick Allaigre.

« Les chercheurs sur place insufflent la dynamique scientifique »

Avec les arrivées à Condorcet des équipes de recherche cette année, le Campus est entré dans une nouvelle phase.  Si la construction se faisait jusque-là par le haut, ce sont dorénavant les chercheurs sur place qui insufflent la dynamique scientifique. « Auparavant cette construction scientifique était portée par les établissements, maintenant elle l’est de plus de plus par les unités de recherche présentes sur le campus », indique le directeur adjoint de l’INSHS du CNRS. 

« Depuis que le Campus Condorcet se met en place et s’organise, on voit que notre investissement peut aller plus loin que les SHS : la dynamique sur site favorise l’interdisciplinarité à laquelle nous sommes très attachés »,  indique Annick Allaigre.

Le projet Condorcet prévoit une phase II du projet immobilier11 avec la construction de nouveaux bâtiments sur le campus. Celle-ci devrait permettre devrait profiter à de nouvelles collaborations sur le Campus, mais également avec des partenaires extérieurs. Cette concentration de forces en SHS sur un même territoire n’a pas d’équivalent à l’échelle internationale.

« Cet objet très singulier et puissant qu’est le campus Condorcet a pour vocation de rayonner à l’échelle nationale et internationale », conclut Jean-François Balaudé.

  • 1. Les onze établissements sont : le CNRS, l’École des hautes études en sciences sociales, l’École nationale des Chartes, l’École pratique des hautes études, la Fondation maison des sciences de l’homme, l’Institut national d’études démographiques, l’Université Paris Panthéon-Sorbonne, l’université Sorbonne Nouvelle, l’Université Paris 8 Vincennes-Saint-Denis, l’Université Paris Nanterre et l’Université Sorbonne Paris Nord.
  • 2. CNRS/Université Vincennes-Saint-Denis.
  • 3. CNRS/ Université Vincennes-Saint-Denis.
  • 4. Centre de recherche et de formation pluridisciplinaire dédié à l’étude des enjeux stratégiques et géopolitiques de la révolution numérique.
  • 5. Il existe en France 10 « Instituts Convergences », tous créés en 2016 et 2017 par le 2e Programme des Investissements d’avenir sur l’avis d’un jury international. Leur objectif ? Fédérer des efforts de recherche jusque-là dispersés, en mobilisant sur une question-clef environ 400 chercheurs de plusieurs institutions pour croiser les disciplines et bâtir une formation originale. L’Institut Convergences Migrations (IC Migrations) est le seul institut de ce type qui associe sciences sociales, sciences humaines et sciences de la santé.
  • 6. EPHE/PSL
  • 7. Créée par l’InSHS, la plateforme de recherche Mémoire et résilience a pour ambition de développer et de structurer la recherche en sciences humaines et sociales autour des thématiques de mémoire, de résilience et de coexistence, dans toutes ses composantes disciplinaires, mais aussi dans ses interfaces avec les sciences biologiques.
  • 8. La plateforme SHS Santé - développée en collaboration avec six autres institutions : l’Ined, l’EPHE, l’EHESS et l’Université Sorbonne Paris Nord, établissements membres du Campus Condorcet, ainsi que deux institutions extérieures, l’EHESP et le Cnam - a pour objectif de développer une action collaborative en sciences humaines et sociales (SHS) de la Santé.
  • 9. La BnF, Le Centre d’études supérieurs de la Renaissance, le laboratoire Histoire, archéologie, littératures des mondes chrétiens et musulmans médiévaux, le Centre Jean Mabillon, l’École Pratique des Hautes Études, l’Institut de recherche et d’histoire de textes, le Centre Michel de Bouärd, la MRSH de Caen.
  • 10. (CNRS/Université d'Aix-Marseille/Campus Condorcet). Huma-Num met en œuvre une infrastructure numérique permettant aux communautés SHS de développer, de réaliser et de préserver sur le long terme les programmes de recherche – leurs données et outils- dans un contexte de science ouverte et de partage des données.
  • 11. Le projet initial du Campus prévoit la construction des sièges de l’EPHE et de l’EHESS, de locaux destinés à accueillir d’autres équipes de recherche, ou encore d’un gymnase et d’une crèche. À terme, le site d’Aubervilliers accueillera plus de cent unités et projets de recherche en sciences humaines et sociales (SHS).