© Forum mondial sur les vaccins contre la tuberculose

6e Forum mondial sur les vaccins contre la tuberculose : « il faut un vaccin pour 2025 »

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La sixième édition du Forum mondial sur les vaccins contre la tuberculose qui se tenait du 22 au 25 février a montré un champ des possibles plein d’espoir, si les investissements savent être au rendez-vous.

« La focalisation médiatique de ces deux dernières années sur la Covid-19 ne doit pas faire oublier que d’autres maladies infectieuses tuent, aux premiers rangs desquelles la tuberculose », rappelait le président de la république Emmanuel Macron au sein d’un édito rédigé à l’occasion du 6e Forum mondial sur les vaccins contre la tuberculose. Et en effet, dix millions de personnes développent la maladie et près de 1,5 million décèdent chaque année (dont 400 000 sont coinfectées par le VIH), ce qui en fait l’infection la plus mortelle dans le monde, hors Covid-19 pour les années 2020-2021. « La pandémie de Covid-19 a provoqué un retour en arrière en termes de diagnostic de la tuberculose avec des hôpitaux surchargés ou encore des centres de dépistage pour la tuberculose détournés pour le Covid-19. Il y a une vraie suspicion d’augmentation des cas », informe Isabelle Saves, responsable de la coopération internationale de l'Institut de pharmacologie et de biologie structurale1  (IPBS), et coordinatrice avec Olivier Neyrolles, directeur de l’IPBS, du Forum qui se tenait en distanciel du 22 au 25 février.

400 participants de plus de 50 pays

Après la dernière édition à New Delhi en 2018, c’est la ville de Toulouse qui avait été sélectionnée pour cette édition, à la base prévue pour 2021 - à l’occasion du centenaire du seul vaccin antituberculeux, le BCG, découvert par les Français Albert Calmette et Camille Guérin de l’Institut Pasteur de Lille, et administré pour la première fois en 1921. Très efficace chez l’enfant, le vaccin de Calmette et Guérin s’avère beaucoup moins protecteur contre la forme pulmonaire de la tuberculose chez l’adulte, moins létale, mais beaucoup plus contagieuse puisqu’elle se propage par aérosols.

C’est la première fois que le forum mondial se tenait sous le haut patronage d’un chef d’État, preuve d’une sensibilisation croissante du monde politique à la problématique. « C’est pour nous une fierté́ de rassembler près de 400 des plus grands noms de ce combat, chercheurs, cliniciens, industriels, ONG et décideurs politiques, venus de près de 50 pays du monde, pour examiner l'état des connaissances et identifier les approches novatrices en matière de recherche et développement sur les vaccins antituberculeux », écrivait Emmanuel Macron. Et depuis le BCG, et avec les travaux des Instituts Pasteur de Paris et de Lille et de l’IPBS, la France tient un rôle de leader dans la recherche contre la tuberculose. « Tous les acteurs de la recherche médicale française étaient mobilisés pour l’occasion, du CNRS à l’Inserm en passant par l’Institut Pasteur, tandis que le Forum bénéficie du soutien des grands acteurs institutionnels régionaux mais aussi nationaux », indique Isabelle Saves.

« Il y a de la place pour l’optimisme »

Imaginé comme espace de dialogue sur des sujets allant de la recherche fondamentale aux essais cliniques, en passant par l'engagement communautaire et la défense des droits, le forum présentait quatre grands objectifs : 1) Partager les dernières recherches et progrès, 2) Identifier des approches innovantes en faveur de la R&D sur les vaccins contre la tuberculose, 3) Encourager les partenariats et les collaborations, 4) Accroitre la reconnaissance mondiale du rôle que les vaccins joueront pour éradiquer la tuberculose.

Sur près de quatre cents participants attendus, dont la large majorité de provenance internationale, on comptait le directeur général de l’OMS Tedros Adhanom Ghebreyesus, ou encore Anthony Fauci, directeur de l’Institut national des allergies et maladies infectieuses aux États-Unis et conseiller en chef pour la santé publique des deux derniers présidents américains. « Il y a de la place pour l’optimisme en termes de R&D concernant la tuberculose », soulignait Anthony Fauci lors de la session d’ouverture du Forum en pointant les résultats prometteurs d’études sur de nouvelles vaccinations contre la tuberculose ou encore le vaccin M72 qui entre en phase 3 d’essai clinique. Pour le conseiller en chef pour la santé publique à la Maison-Blanche, le Covid-19 a prouvé que « un recrutement rapide aux essais cliniques, des investissements sans précédents, le partage de données en temps réel entre les parties prenantes et la conception d’essais cliniques innovants » pouvaient donner des résultats rapides et concrets.

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Anthony Fauci, directeur de l’Institut national des allergies et maladies infectieuses aux États-Unis et conseiller en chef pour la santé publique lors de la session d'ouverture du Forum. © Forum mondial sur les vaccins contre la tuberculose.

La tuberculose, une maladie de la pauvreté
Les acteurs des pays les plus frappés par l’épidémie, ceux d’Afrique et Asie du Sud-Est en particulier, tenaient une place de premier plan au cours du forum alors que la tuberculose est une maladie de la pauvreté, qui sévit surtout dans ces pays. Les trente pays les plus touchés concernent 90 % des décès. Mais dès que la précarité resurgit quelque part, la tuberculose refait son apparition. En France, où 5 000 à 6 000 cas de tuberculose se déclarent chaque année, les départements les plus touchés sont ainsi les banlieues défavorisées de la région parisienne.

Les collaborations seront clés entre les pays et c’est ce que souhaitait mettre en avant une session franco-indienne qui rassemblait Rajesh Gokhale, secrétaire d’état au Ministère de la science et de la technologie indien, Shekhar C. Mande, Directeur général du Conseil de la recherche scientifique et industrielle indien (CSIR), Antoine Petit président-directeur général du CNRS et Stewart Cole, directeur-général de l’Institut Pasteur. « Je suis convaincu qu’il faut mobiliser toutes les disciplines scientifiques pour battre la tuberculose : la biologie bien sûr, mais aussi la chimie, les mathématiques et ses modèles, jusqu’aux sciences humaines et sociales », expliquait Antoine Petit. Il ajoutait : « Nous menons de nombreux projets avec nos partenaires indiens dont une douzaine sont centrés sur la tuberculose et sont au cœur des collaborations entre les équipes des deux pays. Ces projets ont pour objectif de développer de nouvelles stratégies thérapeutiques en étudiant par exemple de nouveaux composés ciblant la mycobactérie de la tuberculose responsable de l’infection. » De plus, le CNRS compte installer un nouvel IRL à Bangalore (Inde) en partenariat avec le National Center for Biological Sciences, spécialisé en biologie physique et mathématique dont les recherches pourraient mener à terme à mieux comprendre le mécanisme cellulaire et moléculaire dans les pathogènes infectieux. »

« La majorité de l’Inde est vaccinée avec le BCG, pour autant le pays est fortement touché par la maladie. L’inde est largement engagé dans la lutte pour la réduction du fardeau qu’est la tuberculose notamment pour le développement de vaccin aux côtés de ses partenaires internationaux », annonçait Shekhar Mande. « L’Inde accueillera le G20 en 2023. Il est important de bien sensibiliser les politiques pour porter la voix de la lutte contre la tuberculose lors de cet évènement politique », souligne Isabelle Saves.

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Les collaborations seront clés entre les pays et c’est ce que souhaitait mettre en avant une session franco-indienne. © Forum mondial sur les vaccins contre la tuberculose

Des vaccins essentiels

Longs et toxiques pour l’organisme, les traitements peinent à venir à bout de bactéries devenues multirésistantes aux antibiotiques. Ils perdent en efficacité face à des souches de Mycobacterium tuberculosis, aussi appelé bacille de Koch, de plus en plus résistantes aux antibiotiques. Certaines demandent jusqu’à deux ans de traitement pour pouvoir être éradiquées, tandis que d’autres échappent tout simplement à toutes les solutions thérapeutiques connues.

Seul un vaccin vraiment efficace chez l’adulte permettra donc de surmonter l’épidémie. La communauté scientifique s’y attèle depuis une quinzaine d’années, et plusieurs stratégies vaccinales aujourd’hui à l’œuvre étaient présentées lors de différentes sessions du Forum. Certains travaux utilisent des vecteurs viraux, qui permettent d’exprimer des gènes de la bactérie pathogène et de produire des protéines sans risques de réplication ou d’infection d’une cellule. Des protéines recombinantes (antigènes), complétées avec des adjuvants pour renforcer l’immunité fournie par le BCG, sont également à l’essai, ainsi que des bactéries vivantes atténuées. Mis sur le devant de la scène avec la lutte contre le Covid-19, les vaccins à ARN suscitent eux aussi un intérêt grandissant. « Un vaccin a technique ARN en cours de développement semble prometteur », pointe Isabelle Saves. Parmi les seize candidats-vaccins en cours de développement, plusieurs essais ont déjà̀ été lancés en Inde (VPM1002 mis au point par l’institut allemand Max-Planck), en Espagne (MTBVAC du laboratoire Biofabri), en Afrique (M72 avec Glaxo Smith Kline et la Fondation Gates - le plus avancé). Ils doivent désormais prouver qu’ils offrent une meilleure protection que le BCG, dont l’efficacité chez l’adulte est estimée à 50 % en moyenne. « On a tous le Covid-19 en tête, pour lequel quelques mois seulement ont été nécessaires pour élaborer des vaccins efficaces à plus de 90 % », ajoute Isabelle Saves.

Refuser le statu quo
Alors que la tuberculose touche surtout les pays en développement et a été éclipsée par la Covid-19, qui frappe davantage les pays riches, l’OMS estime pourtant que les bactéries résistantes aux antibiotiques deviendront la principale cause de mortalité dans le monde d’ici 2050. Et des souches totalement résistantes aux traitements ont déjà été découvertes, en Lettonie et en Italie.

« Il faut un vaccin pour 2025 et nous ne devrions rien accepter de moins. Cela fait des années que les moyens sont en dessous de ce qu’ils devaient être en ce qui concerne la R&D sur la tuberculose. Nous ne devons plus accepter ce statu quo », martelait Lucica Ditiu, directrice du Stop TB Partnership2 au cours du forum. Une vision partagée par les différents panelistes qui soulignaient le besoin pour un engagement politique suivi d’un investissement massif. Pour tous, il n’y a aujourd’hui plus d’excuse alors que le Covid-19 a prouvé qu’il était possible de changer la donne.

Et les chiffres sont parlants. 120 vaccins contre le Covid-19 ont été développés en un an. Et seulement 13 depuis plus de 15 ans pour la tuberculose. « La tuberculose touche majoritairement les pays pauvres, il n’y a pas de rentabilité pour les financements privés de s’investir », souligne Isabelle Saves, pointant que ces financements ont été de 0,1 milliard de dollars sur la recherche de vaccins contre la tuberculose en 2019, contre 8,5 milliards pour le Covid-19 en 2020/2021.

 « Les associations de patients et la communauté doivent être informées au fur et à mesure des avancées pour qu’elles se les approprient », ajoutait Patrick Bertrand, fondateur et directeur de l’ONG française Action Santé Mondiale3 , soulignant l’importance d’éviter les mouvements anti-vaccin comme cela a pu être le cas avec le Covid-19.

Lors de la cérémonie de clôture, le ministre de la Santé, Olivier Véran mettait en avant la pénurie qui guettait le BCG – alors que ce dernier n’est pas assez produit ou est utilisé pour d’autres pathologies - montrant une réelle volonté de remettre des moyens en France sur le sujet de la tuberculose. « Nous devons unir nos efforts pour parvenir à déployer un vaccin au cours des prochaines années qui serait plus efficace que le BCG, alors même que la disponibilité de ce vaccin n’est plus garantie.

Nous devons donc avancer ensemble simultanément sur deux fronts. A court terme, il est impératif de surmonter la pénurie du BCG en renforçant les capacités de production dans une approche multilatérale. Et en même temps de développer un substitut au BCG. »

  • 1CNRS/Université Toulouse III Paul Sabatier.
  • 2Créé en 2001, le Stop TB Partnership vise éliminer la tuberculose en tant que problème de santé publique. Il est composé de 1500 organisations partenaires comprenant des organisations internationales, non-gouvernementales, gouvernementales et des groupes de patients.
  • 3Action Santé Mondiale est une ONG spécialisée depuis plus de 10 ans dans le plaidoyer auprès des politiques français et européens pour soutenir et défendre l’aide publique au développement et les budgets de santé mondiale.