Différentes expérimentations ont été réalisées afin d'évaluer l'impact des sécheresses sur la vulnérabilité et le bilan de carbone et d'eau des forêts méditerranéennes. © Jean-François DARS/CNRS Photothèque

Développement durable : le CNRS veut compter

CNRS

Le premier organisme de recherche français entend jouer un rôle moteur dans le développement durable, en commençant par mesurer l’impact environnemental de ses activités scientifiques.

Évaluer pour agir. Le CNRS initie une grande démarche nationale pour apprécier et réduire l’empreinte carbone de son millier de laboratoires. Avec un objectif : « diminuer l’impact de la recherche française sur l’environnement, tout en conservant son excellence », explique Alain Schuhl, le directeur général délégué à la science du CNRS.

Première étape vers cet objectif, un séminaire interne le 24 janvier a permis d’identifier les initiatives des laboratoires pour rendre compatibles recherches et développement durable. À la suite de ce séminaire, une enquête menée auprès des participants a fait remonter quatre grands axes prioritaires, désormais inscrits dans une feuille de route en cours de finalisation : porter une politique institutionnelle, devenir un acteur engagé en termes de développement durable au sein de la communauté ESRI, notamment au niveau des marchés publics et accords-cadres, évaluer l’impact environnemental des recherches et soutenir les initiatives internes. Car « beaucoup d’agents sont déjà impliqués dans des actions efficaces et utiles », souligne Alain Schuhl.

Pour les deux derniers axes, le CNRS va notamment s’appuyer sur les compétences développées par le collectif Labos 1point5 qui promeut depuis mars 2019 un modèle de recherche ayant un impact plus faible sur l'environnement. Ce collectif de plus de 1000 chercheurs, chercheuses et personnels du monde scientifique a développé GES 1point5, un outil qui permet de mesurer et caractériser l’empreinte carbone d’un laboratoire en termes d’émissions de gaz à effet de serre. « L’interface web permet de saisir des données sur la consommation des bâtiments (chauffage, électricité, gaz réfrigérants) et les déplacements des agents (véhicules des laboratoires, déplacements en missions et trajets domicile-travail). L’outil calcule alors les émissions de ces activités en équivalent CO2. », explique Odile Blanchard, enseignante-chercheuse en économie de l’énergie et du climat au Laboratoire d'économie appliquée de Grenoble2, annonçant l’ajout de la prise en compte du numérique interne au laboratoire dans GES 1point5 d’ici la fin de l’année.

Graphe des réponses à l'enquête préalable au séminaire du 24 janvier

Cet outil sera prochainement proposé à l’ensemble des laboratoires du CNRS et de ses partenaires. « Ce que nous souhaitons, c’est une prise de conscience globale et nous incitons fortement les laboratoires à s’approprier cet outil et à en analyser les résultats pour prendre des décisions locales. », détaille Alain Schuhl qui invite chaque laboratoire à nommer un référent « développement durable ».

La crise sanitaire du Covid-19 a également aidé à cette prise de conscience, notamment au niveau des déplacements personnels, montrant les avantages - mais aussi les limites - du télétravail, et professionnels, avec une explosion des congrès et réunions virtualisés.

Mais au-delà de l’environnement, c’est vers un développement durable dans l’ensemble de ses implications - économiques, sociales et environnementales - que le CNRS entend se mettre en ordre de marche : un développement qui, selon l'Organisation des Nations unies (Onu), « répond aux besoins du présent sans compromettre la capacité des générations futures de répondre aux leurs ». Ainsi, l’organisme « s’investit depuis longtemps dans des recherches liées aux Objectifs de développement durable de l’Onu », rappelle le directeur général délégué à la science, citant les six grands défis inscrits dans le Contrat d’objectifs et de performance (COP) publié début 2020 pour la période 2019-2023 : changement climatique, inégalités éducatives, intelligence artificielle, santé et environnement, territoires du futur, transition énergétique.

Dans ce cadre, deux thèses en sciences humaines et sociales seront financées cette année par le CNRS : l’une pour évaluer l’intérêt d’une compensation carbone de la recherche, l’autre, à l’interface des sciences environnementales, du droit et de la philosophie expérimentale, explorera la valeur de la Nature comme bien public sans valeur marchande. Des sujets choisis en coordination avec l’Agence de la transition écologique ADEME, avec laquelle la collaboration devrait s’intensifier l’année prochaine.

En tant qu’organisme de recherche public, le CNRS doit également appliquer les 20 mesures du plan « Services publics écoresponsables » engagé par l’État, suite au Grenelle de l’environnement de 2007. « Nous sommes en réflexion pour adapter l’ensemble de ces dispositions au contexte du CNRS. », explique Virginie Boulanger, responsable du pôle Coordination administrative de la Mission pilotage et relations avec les délégations régionales et les instituts du CNRS (MPR). Deux mesures seront mises en place dès juillet 2020 : un forfait mobilité durable de 200 € disponible pour les agents se rendant au travail à vélo ou en covoiturage, et le don du matériel informatique aux associations.

Ces mesures feront partie du plan d’action sur le développement durable que le CNRS développe. « Compte-tenu de son périmètre national et de la diversité des domaines qu’il traite, le CNRS a une responsabilité particulière à jouer. Nous espérons être une force d’entraînement pour l’ensemble du monde de la recherche française vers un développement plus durable. », conclut Alain Schuhl.

  • 2. CNRS/Inrae/Université Grenoble Alpes.