AFRAMED : un laboratoire à distance
Lancé le 31 août, l’International Research Network (IRN) AFRAMED permet à des scientifiques de laboratoires africains de piloter à distance un diffractomètre à rayons X localisé en France. Retour sur ce projet avec son porteur, Claude Lecomte.
Comment est né le projet AFRAMED (Appui à la Formation Doctorale et à la Recherche en Afrique par des Mesures à Distance) ?
Claude Lecomte
Pouvez-vous nous expliquer comment fonctionne l’IRN AFRAMED et quels sont ses objectifs ? Comment va-t-il favoriser la transmission des connaissances ?
C. L. : Le principe du projet est simple. Quatre scientifiques, respectivement du Gabon, d’Égypte, du Cameroun et du Togo, sont actuellement en France pour une formation intensive à l’utilisation du diffractomètre de la Plateforme de mesures de diffraction et de de diffusion des rayons X du laboratoire Cristallographie, résonance magnétique et modélisation (CRM2)
Les scientifiques formés, membres du réseau AFRAMED pourront par la suite se connecter par internet depuis leurs laboratoires à ce même diffractomètre et le piloter à distance grâce à des caméras installées tout autour de l’appareil. La seule action devant être réalisée par le personnel du laboratoire CRM2 sera de centrer le cristal sur l’appareil. Ensuite les scientifiques en Afrique prennent la main pour déterminer les paramètres de maille, mesurer les intensités diffractées et résoudre la structure de leur composé de manière totalement indépendante.
L’IRN va permettre de payer le stage de formation à trois scientifiques pendant 5 ans soit 15 scientifiques de 15 pays africains (l’année prochaine les scientifiques viendront du Congo Brazzaville, du Sénégal et de la Cote d’Ivoire), ainsi que les frais de fonctionnement du diffractomètre lorsque utilisé à distance. Chaque scientifique préalablement formé pourra utiliser l’instrument de l’ordre de 3 jours par an ce qui est suffisant pour analyser une dizaine de cristaux nouveaux et initier les étudiants aux mesures sur instruments scientifiques mi-lourds. L’idée est donc de permettre à nos collègues scientifiques dont le domaine de recherche dépend de la cristallographie – chimistes , physiciens, géologues ou encore biologistes – de réaliser depuis leurs pays des expériences de diffraction en ayant accès par internet à un diffractomètre français. Bien entendu, ces collègues pourront ensuite former leurs propres collègues et étudiants.
Cette mise à disposition des appareillages facilitera également les collaborations Afrique -CNRS pour l’élaboration de nouveaux matériaux naturels ou synthétiques pour applications industrielles et pharmaceutiques. Les liens avec le monde socio-économique constitueront des voies de recrutement potentiels au sein des entreprises.
A terme, le projet a vocation à s’étendre à d’autres laboratoires et d’autres appareils. Pouvez-vous nous en dire plus ?
C.L. : Ce projet est très ambitieux et nécessitera à terme de très nombreuses heures d’utilisation des diffractomètres français d’où l’association future d’autres laboratoires du CNRS et d’universités (Toulouse, Bordeaux, Lille, Grenoble...).
Nous souhaitons aussi prolonger ce projet vers l’accès aux scientifiques partenaires à d’autres instruments mi-lourds, microscopes électroniques, l’imagerie par résonance magnétique qui sont des techniques de recherche importantes en physique, chimie, géologie, sciences des matériaux et biologie. Ce sont des instruments très chers qui peuvent valoir plusieurs millions d’euros, donc inabordables en Afrique. Pour cela, il nous faudra encore plus de financements et nous travaillons sur un partenariat avec l’Unesco, avec d’autres laboratoires du CNRS et l’entreprise Bruker
De plus, le concept du Remote Lab intéresse beaucoup : l’Unesco souhaite étendre le projet aux pays d’Amérique du Sud et d’Asie. Nous sommes actuellement en train de finaliser le contrat. Et plusieurs collègues en Afrique et Amérique Latine ont déjà pris contact avec nous pour organiser des Open Lab et Remote Lab pour leurs scientifiques.