Au Centre Poncelet à Moscou, 20 ans de recherches collaboratives
Depuis de nombreuses années, le CNRS partage des engagements scientifiques forts avec la Russie. Exemple notable, l’Interdisciplinary Scientific Center Poncelet, basé à Moscou, qui a récemment travaillé sur la modélisation du COVID-19. Rencontre avec Sergei Nechaev, son directeur.
L’Interdisciplinary Scientific Center Poncelet (ISCP) à Moscou est l'une des plus anciennes collaborations du CNRS en Russie. Quels sont ses sujets de recherches ?
Sergei Nechaev
Vous venez par ailleurs de faire une étude sur le COVID-19.
S. N.: Nous avons en effet récemment mené une étude en modélisation sur sa transmission avec comme sujet « Auto-isolation ou fermeture des frontières : quelle meilleure solution pour prévenir la propagation d’une épidémie ? ». En modélisant la propagation du Covid-19 par des équations sur les réseaux et en déterminant son comportement à travers la résolution numérique de ces équations selon le modèle SIR
Comment votre laboratoire est-il impliqué dans le paysage scientifique du pays ?
S. N.: Nous travaillons avec cinq partenaires russes de premier plan : l’Université Indépendante de Moscou – où le laboratoire est implanté, la Haute École d’Économie – la meilleure université russe dans le domaine des mathématiques, l’Institut de science et technologie de Skolkovo – que l’on peut décrire comme le MIT Russe, l'Institut Steklov de mathématiques – centre de recherche de pointe en mathématiques appliquées et physique mathématique, et l'Institut A. A. Kharkevich, spécialiste en transmission de l'information. Nos équipes comptent aujourd’hui 35 chercheurs, en provenance des laboratoires russes et français, dont 21 Russes et 14 Franco-Russes. Ces derniers ont des affiliations permanentes à des instituts de recherche russes. Être affilié avec le Centre Poncelet donne des avantages pour inviter des collègues étrangers, obtenir des visas et un logement pour les visiteurs, organiser des conférences, etc.
L’objectif est de favoriser les échanges et les idées entre chercheurs russes et français, et nous apportons notre soutien, autant que possible, aux chercheurs extérieurs - 30 visiteurs sont accueillis par an et 1 à 2 visiteurs de long terme sont invités par le CNRS. Nous développons également les échanges pour les étudiants et post-doctorants. J’ai par exemple récemment rencontré l’Université Paris-Saclay pour leur proposer d’entrer dans notre programme d’échange. Cela permet à la fois aux étudiants français de tisser des liens avec la recherche russe, mais également aux étudiants russes de découvrir comment la recherche fonctionne à l’étranger.
Concernant nos recherches conjointes, il s'agit de collaborations 'bottom-up', qui viennent des chercheurs, passent ensuite par leurs laboratoires, et si cela fonctionne, se terminent par des demandes de subventions.
Quelles sont les principales collaborations scientifiques entre le CNRS et la Russie ?
S. N.: L’organisme dispose de quatre autres IRL dans le pays : le Centre d’Études Franco-Russe de Moscou
Plus largement, le CNRS est le 1er partenaire de la Russie en terme de co-publications scientifiques (voir encadré) et reste très engagé avec le pays sur le plan de la physique nucléaire, des sciences de la Terre, du changement climatique ou des recherches polaires.
Comment le monde de la recherche en Russie traverse-t-il la crise du COVID-19 ?
S. N.: Comme partout dans le monde, la première vague de la pandémie de Covid-19 a touché la Russie de février à juin 2020 : tout était bloqué et un confinement a été décrété à Moscou. Comme en France, les restrictions ont été levées durant l’été, mais avec l’arrivée de la seconde vague de l’épidémie en octobre, le gouvernement a annoncé un confinement partiel avec la fermeture des écoles, la mise en place du télétravail pour 30 % de la population et l’interdiction de déplacement pour les personnes âgées de plus de 65 ans. Comme tous les centres de recherche, le Centre Poncelet a annulé et reporté toutes les conférences prévues pour 2020. Certaines d'entre elles se sont malgré tout déroulées en ligne, comme par exemple le 1er Congrès national sur la recherche cognitive, l'intelligence artificielle et la neuroinformatique. Mais le plus difficile pendant cette crise a été l’absence de contacts scientifiques directs entre chercheurs. Nous avons bien organisé quelques séminaires en visioconférence, mais ils n'ont pas remplacé les échanges en face à face. Ainsi, dès la première occasion, en février 2021, nous avons repris les séminaires en présentiel.
Aujourd’hui, la vaccination aide. Les scientifiques russes ont mis au point deux vaccins très efficaces : « Gam-COVID-Vac », connu sous le nom de « Spoutnik V », du Gamaleya Research Institute of Epidemiology and Microbiology de Moscou et « EpiVacCorona » du Vektor State Research Center of Virology and Biotechnology à Novossibirsk. Si la mise au point de ces vaccins est une réussite scientifique, leur production de masse est limitée par les capacités sur le sol national et dédiée en priorité à l'approvisionnement de la Fédération de Russie. Pour faire face à l’afflux de demandes, la Russie doit donc délocaliser sa production vers d’autres pays comme l’Inde. Le taux de vaccination globale en Russie est plutôt faible, et peu homogène dans la population. À Moscou, il n'y a pas de restriction en matière de vaccination et tout citoyen russe peut être vacciné gratuitement et indépendamment de son âge. Cependant on constate une certaine réticence de la population russe et une publicité insuffisante dans les médias sur la nécessité de se faire vacciner.
Les collaborations franco-russes de la recherche
La Russie compte parmi les principaux partenaires scientifiques du CNRS et se place au 4e rang des pays partenaires en terme du budget du CNRS consacré aux actions institutionnelles internationales. Un partenariat qui remonte aux Joliot-Curie, avant même la création du CNRS, avec des collaborations en physique nucléaire qui sont aujourd’hui encore très vivantes. En 2018, le CNRS organisait une journée pour célébrer les 45 ans de relations bilatérales entre le Joint Institute of Nuclear Research