« Le CNRS a un rôle à jouer pour accentuer les partenariats entre le Canada et la France »
Le CNRS ouvre son 9ème bureau à l’étranger à Ottawa, au Canada, afin de mieux coordonner et renforcer ses activités de recherche partenariale sur l’ensemble du territoire. Explications avec son directeur, Jan Matas.
Pourquoi le CNRS ouvre-t-il un Bureau au Canada ?
Jan Matas
Historiquement, la coopération scientifique du CNRS au Canada était gérée depuis son Bureau Amérique de Nord, situé à Washington, D.C. Depuis 2019, une antenne conjointe entre le CNRS et l’Université de Lyon, hébergée par l’Université d’Ottawa, avait été créée afin d’explorer des nouvelles opportunités de coopération. La création du nouveau bureau du CNRS au Canada vise ainsi à amplifier ces efforts menés depuis plusieurs années et à nouer de nouvelles passerelles avec les universités, organismes de recherche et agences de financement.
Quel est l’état actuel des collaborations scientifiques avec le Canada ?
J. M. : Le CNRS s’appuie sur un réseau de coopérations solides et coordonnées avec des acteurs institutionnels et universitaires à l’échelle fédérale. Il bénéficie d’un ancrage historiquement fort au Québec où les communautés scientifiques partagent une langue et une proximité culturelle, et où le CNRS peut compter sur un soutien institutionnel récurrent. A l’échelle du Canada, on comptait, en 2021, quatre International Research Laboratories (IRL
Grâce à son ancrage pluridisciplinaire dans le paysage français de la recherche et de l’innovation, incluant les sciences dites dures ainsi que les sciences humaines et sociales, et au rôle qu’il joue dans la coordination de certaines stratégies nationales françaises, le CNRS bénéficie au Canada d’une reconnaissance institutionnelle forte auprès des décideurs gouvernementaux, des bailleurs de fonds canadiens ainsi que des universités. Le positionnement stratégique du Bureau dans la capitale fédérale nous facilite le travail partenarial avec les forces scientifiques réparties à travers le pays, entre l’Atlantique, le Pacifique et l’Arctique.
Malgré la pandémie, cela nous a permis de signer des accords de coopérations ambitieux avec les institutions canadiennes telles que MITACS
Quelles vont être les premières priorités et actions déployées par ce bureau ?
J. M. : Bien que la pandémie ait significativement affecté la manière de travailler à l’international, nous avons pu lancer de nombreuses actions. Dans le contexte d’une relance « post-pandémie », que j’espère très prochaine, le Bureau accompagnera la mise en place opérationnelle des nouveaux accords signés pour le bénéfice de la communauté scientifique. On peut citer par exemple la mise en place du réseau France – Canada en sciences quantiques avec plusieurs universités canadiennes et françaises, le lancement à venir d’un appel pour constituer un réseau international en intelligence artificielle « responsable » avec le CIFAR ou encore l’organisation prochaine d’un « forum doctoral » avec l’Université de Toronto.
Je souhaiterais également que le Bureau puisse contribuer de manière plus active à la diplomatie scientifique et nouer un partenariat innovant comme par exemple avec le ministère de l’Europe et des Affaires Étrangères et le ministère de l’Enseignement Supérieur, de la Recherche et de l’Innovation. Le CNRS est directement impliqué dans des actions coopératives à l’échelle fédérale et provinciale au travers de ses nombreuses collaborations (IRL, IRP et IRN) et dispose ainsi d’une vision globale de l’enseignement supérieur, de la recherche et de l’innovation au Canada qu’il pourra partager davantage avec l’Ambassade de France à Ottawa et le Consulat général de France à Québec, sachant qu’un lien régulier et constructif existe déjà avec ces derniers. Mais nous avons aussi un rôle à jouer pour faciliter, bâtir et accentuer des partenariats avec les universités françaises, une preuve de concept ayant été faite à travers l’Antenne conjointe avec l’Université de Lyon. L’association d’un organisme national de recherche avec les universités permet de bâtir à l’international des passerelles entre la recherche scientifique et la formation par la recherche ainsi que de conjuguer nos forces et nos complémentarités. Pour s’inscrire dans la durée, les projets de coopération franco-canadiens devraient être connectés non seulement à des projets doctoraux, mais également aux mobilités des étudiants de master en stage de recherche.
Grâce à l’ancrage solide du CNRS dans le paysage européen de la recherche, le Bureau peut aussi se positionner comme un facilitateur de partenariats scientifiques à cette échelle. Le CNRS peut partager son expérience et son expertise avec ses partenaires transatlantiques alors que le Canada souhaite s’approcher davantage de l’espace européen de la recherche dans le cadre du programme Horizon Europe
Quelles sont les perspectives de coopération en lien avec les grandes stratégies scientifiques partagées avec le Canada ?
J. M. : De nouvelles opportunités se sont ouvertes grâce au soutien affiché depuis 2015 du gouvernement fédéral de Justin Trudeau à la recherche et à l'innovation scientifique pour renforcer la coopération autour des sujets stratégiques à l’échelle pancanadienne. Il s’agit notamment de l’intelligence artificielle, des sciences et technologies quantiques, des sciences océaniques et polaires, ou encore de la transition énergétique et de la santé globale.
Dans le budget du gouvernement fédéral, voté en avril 2021, de nouveaux moyens significatifs ont été annoncés dans plusieurs domaines stratégiques. À titre d’exemple, 440 millions de dollars canadiens
Ces thématiques et investissements sont en résonance avec plusieurs programmes et équipements de recherche prioritaires français dont le CNRS est l'un des opérateurs comme par exemple le PEPR Hydrogène décarbonné, le PEPR Technologies quantiques ou encore le PPR Océan et Climat, ainsi qu’avec des priorités du plan « France 2030 » annoncé récemment par le Président Emmanuel Macron.
Ces convergences transatlantiques offrent un large spectre d’opportunités dans lequel la communauté scientifique française pourrait s’inscrire, tant au niveau de la recherche fondamentale que de la valorisation de la recherche. Il est à noter que les acteurs de la recherche et les entreprises canadiennes ont une culture partenariale bien plus développée que celle que nous pouvons observer en France. Ainsi, une coopération et un dialogue transatlantiques peuvent apporter davantage de projets novateurs et d’échanges de bonnes pratiques. Le nouveau Bureau du CNRS au Canada souhaite contribuer également à cette dynamique.
Les IRL du CNRS au Canada
- L’IRL CNRS – Centre de Recherches Mathématiques (CRM)
Depuis sa création en 1968, le Centre de Recherches Mathématiques (CRM) a joué un rôle crucial dans le développement des mathématiques au Québec et au Canada. Grâce à l’appui du Conseil national de recherches du Canada (CNRC) et par la suite du Conseil de recherches en sciences naturelles et en génie du Canada (CRSNG), le CRM est devenu un grand centre international regroupant presque tous les mathématiciens actifs du Québec et plusieurs mathématiciens des autres provinces canadiennes et de l’étranger.
- LN2, Laboratoire Nanotechnologies & Nanosystèmes
Créé en 2012, en partenariat entre le CNRS (Institut des Sciences de l’Ingénierie et des Systèmes), l’Université de Sherbrooke, l’INSA Lyon, Centrale Lyon, CPE Lyon et l’Université Grenoble Alpes, le Laboratoire Nanotechnologies & Nanosystèmes a pour objectif de produire une recherche interdisciplinaire intégrée, dans le domaine des micro-nanotechnologies.
- PIMS Europe, IRL CNRS – PIMS
Le Pacific Institute for the Mathematical Sciences (PIMS) est un consortium d’universités créé en 1996. Elargi au fil des années, il regroupe aujourd’hui 9 universités canadiennes et 1 université étasunienne: University of Alberta, University of British Columbia, University of Calgary, Simon Fraser University, University of Victoria, University of Regina, University of Lethbridge, University of Manitoba, University of Saskatchewan, et University of Washington.
- Takuvik, Centre International d’Etude et de Modélisation des Ecosystèmes et Géosystèmes Arctiques et Subarctiques
Créé en Janvier 2011, l’IRL Takuvik est issu d’un partenariat entre l’Université Laval et le CNRS (Institut national des Sciences de l’Univers). Le programme de recherche de Takuvik vise à mieux comprendre l’impact des perturbations environnementales actuelles d’origine climatique et anthropique, sur les écosystèmes et les géosystèmes arctiques, marins et terrestres.