« Les États-Unis ont consenti à un effort financier massif pour la recherche sur le COVID-19 »
Nommée en octobre 2019, Sylvette Tourmente est directrice du Bureau du CNRS pour l’Amérique du Nord. Depuis Washington DC, elle nous explique comment la recherche s’organise dans le pays pour lutter contre l’épidémie de COVID-19.
Où en est l’épidémie aux États-Unis ?
Sylvette Tourmente
Comment s’organise le lien entre le monde scientifique et le monde politique, en ce temps de crise ?
S. T. : La Maison-Blanche a mis en place une Task force, dirigée par le vice-président Mike Pence. Elle est coordonnée par la diplomate et médecin Déborah Birx, coordinatrice américaine de la lutte contre le sida. En font partie des spécialistes du sida et maladies infectieuses, de même que Robert Redfield, directeur des Centers for Disease Control, et l’immunologiste Anthony Fauci, directeur du National Institute of Allergy and Infectious Disease (NIAID), un centre de recherche du Ministère américain de la Santé, qui a conseillé 6 présidents des États-Unis. Cette Task force est le lieu de rapports de force entre politiques et scientifiques, ces derniers ne voulant s’appuyer que sur des résultats de la science.
Mais l’organisation du pays, avec un gouvernement fédéral et 50 États, chacun dirigé par un gouverneur, entraine beaucoup de tensions tant dans l’approvisionnement des hôpitaux, que dans les prises de décision sur le confinement. Sans oublier la levée de ce confinement et la reprise des activités économiques, chères au Président Donald Trump. Après une bataille avec les gouverneurs par médias interposés, celui-ci a admis que la décision de rouvrir un État incombait à son gouverneur, mais il a rappelé que ceux-ci devront rendre des comptes et qu’il interviendrait si les décisions ne lui convenaient pas. Cela traduit bien le climat autour de la gestion de la pandémie en période électorale présidentielle.
Comment s’organise la riposte de la recherche américaine face au COVID-19 ?
S. T. : Les États-Unis ont consenti à un effort financier massif pour la recherche sur le COVID-19. Ils ont lancé un premier plan de sauvetage de 2 000 milliards de dollars, destinés à soutenir les ménages, l’économie américaine, mais aussi les universités en difficulté. Ce plan comprend également 5 milliards de dollars, alloués pour continuer ou réorienter des recherches sur le coronavirus.
De nombreuses agences ou départements d’État, comme les National Institutes of Health (NIH) ou le Department of Defense, financent la recherche sur les vaccins, les traitements ou les diagnostics. La Food and Drug Administration (FDA) garantit aussi la sécurité de la chaîne d'approvisionnement et lutte contre les produits contrefaits, et doit approuver les éventuels vaccins développés. La National Science Foundation (NSF) met en place des programmes flash sur la modélisation et propagation du COVID-19, et la gestion numérique des données. Le Department of Energy met à disposition des supercalculateurs et l’Environmental Protection Agency finance la recherche sur des méthodes de réduction de la contamination environnementale et de la transmission du virus via les surfaces et matériaux contaminés.
Fondations et entreprises privées participent à cet effort. La fondation Bill et Melinda Gates a lancé, en partenariat avec Wellcome

Y a-t-il déjà quelques résultats ?
De nombreuses molécules sont actuellement étudiées et plusieurs font déjà l’objet d’essais cliniques. Comme en France, l’hydroxychloroquine suscite le débat. Néanmoins, des essais cliniques l’impliquant sont déjà en cours et, grâce à l’Emergency Use Authorization publiée par la FDA, plusieurs hôpitaux et médecins de ville l’utilisent déjà.
Des coopérations franco-américaines se sont-elles mises en place sur ce nouveau coronavirus ?
S. T. : Compte tenu de l’activité actuelle dans les deux pays, la situation évolue rapidement et il est trop tôt pour la quantifier précisément. Sur la période 2015-2019, 44 publications franco-américaines, principalement en virologie, biochimie moléculaire, biologie cellulaire, maladies infectieuses, biophysique et sciences vétérinaires, ont été identifiées par l’Ambassade. Elles impliquent essentiellement le CNRS et l’Institut Pasteur et ont été en très grande majorité financées par les agences américaines (NSF et NIH).
À la date du 23 mars, le très petit nombre d’articles parus confirme que le nombre de collaborations actives entre la France et les États-Unis sur la thématique « coronavirus » a été peu intense ces dernières années, sans doute car ce sujet ne constituait pas une priorité de recherche en France. En revanche, les États-Unis ont maintenu un effort de recherche plus soutenu après l’épisode du SRAS apparu en Chine en 2002.
Par ailleurs, dans le cadre de l’International Research Network
Enfin, les International Research Laboratories
Les International Research Laboratories mobilisés pour lutter contre le COVID-19
IRL EpiDaPo : une étude du microbiome nasal
L’IRL EpiDaPo
IRL Georgia-Tech-CNRS : une nouvelle génération de microcapteurs
L’IRL Georgia-Tech-CNRS
IRL iGLOBES : à l’interface des sciences sociales, écologiques, biologiques et mathématiques
Dans une approche interdisciplinaire des grands enjeux environnementaux, iGLOBES
IRL Compass : l’étude des surfaces en contact avec les virus et bactéries
L’IRL Compass
IRL LIRMM-Stanford : l’interopérabilité des données médicales
À côté d’activités robotiques sous-marines et médicales, l’IRL LIRMM-Stanford