Quand la science rencontre l’imaginaire
Aux côtés des elfes, sorciers et autres soldats impériaux, un robot qui vise à remplacer les pesticides dans les cultures de demain : bienvenue au festival de l’imaginaire Yggdrasil, où des chercheurs du CNRS et de ses partenaires étaient présents les 4 et 5 février à Lyon.
« Je suis venue pour l’imaginaire mais je me suis laissée happée par la science et j’y passe tout mon temps ! », s’amuse Cécile, rencontrée au festival Yggdrasil. Dédiée à la pop culture, cette manifestation invitait chevaliers, fées et dragons à côtoyer héros de mangas japonais, robots s’échappant de vaisseaux spatiaux et impressionnants accessoires steampunk, le temps d’un week-end au parc d’exposition Eurexpo de Lyon.
Festival Yggdrasil 2023
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Pour la deuxième année consécutive, le festival présentait aussi un lieu ancré dans le réel : l’exposition « Demain, mais en mieux ! » (voir encadré). Il y accueillait des organismes de recherche comme le CNRS, des écoles d’ingénieurs comme l’INSA, les agences spatiales française (CNES) et européenne (ESA), de la R&D avec Airbus ou La ruche industrielle, et des lieux de culture scientifique comme le planétarium de Vaulx-en-Velin. L’Agence nationale de la recherche (ANR) disposait également d’une « alvéole » dans cette « base lunaire scientifique » de 3000 m2 intégrée au festival. « La même logique s’applique du côté imaginaire et du côté scientifique », explique Franck Barataud, qui organisait cet espace : « L’objectif du festival est de mettre le public en contact direct avec les artistes et spécialistes qui créent ces différents mondes, de leur permettre de voir les coulisses et d'interagir autour de prototypes et objets concrets. »
Dans l’alvéole du CNRS, la consigne a été particulièrement respectée. Pas de stand ni d’affiche scientifique en vue, mais plusieurs activités étaient proposées autour d’une expérience atypique : un robot conçu pour détecter des pucerons sur des plantes et les rendre inopérants avec un laser, limitant ainsi voire remplaçant l’utilisation de pesticides. « C’est un projet assez futuriste qui rappelle la “Guerre des étoiles”, mais le prototype, financé par un projet ANR, fonctionne. Il s’agit d’une alternative plausible aux pesticides. », précise Arnaud Lelevé, chercheur en robotique au Laboratoire Ampère
Pour la première fois, le prototype – un robot sur roues de 1,4 mètre de haut et 114 kg – est donc sorti du laboratoire. Un challenge technique nécessitant de sécuriser le système pour que le public mais aussi le robot lui-même soient toujours en sécurité : « Il y a un monde entre les robots de fiction qui volent sans effort et la complexité réelle derrière le simple fait de faire rouler un robot dans un champ ou un espace de démonstration. Nous proposons ici un retour au réel. », illustre Thomas Grenier, spécialiste en intelligence artificielle au Centre de recherche en acquisition et traitement de l'image pour la santé (CREATIS
Demain, mais en mieux ?
Si elle peut aussi apporter des solutions, la science est bien souvent synonyme de catastrophe dans la fiction. L’idée de l’exposition « Demain, mais en mieux ! » est dès lors de montrer qu’elle peut aussi améliorer le futur. « Il ne s’agit pas d’être béat, naïf ou scientiste, mais c’est intéressant de montrer, en parallèle de la science-fiction ou de l’anticipation qui pointent plus aisément les menaces potentielles, que des avancées se font aussi avec la prétention de faire mieux », décrypte Bruno Masenelli, content de « discussions intéressantes avec un public qui a su garder un regard optimiste mais critique ». « Développer de nouvelles technologies peut également émettre du carbone donc il est important de trouver le bon compromis pour ne se tourner vers la technologie que lorsque c’est adapté. », confirme François Feugier.
Un focus sur l’intelligence artificielle complétait la présentation, avec un programme capable de reconnaître non des pucerons mais les humains – même déguisés ! –, leurs sacs à dos ou téléphones portables, et aussi les pots de fleurs qui décoraient l’alvéole. La multidisciplinarité du projet était aussi mise en avant à travers un jeu proposant de relier des étapes de la conception du robot avec des noms de spécialités scientifiques. De quoi découvrir par exemple que, pour simplement détecter le puceron sur une image prise par le robot, sont nécessaires à la fois les apports du biologiste, de la roboticienne, des spécialistes en informatique mais aussi en optique et électronique. À côté, le public était invité à imaginer l’aspect final du robot dans sa version commercialisée à venir qui s’éloignera de l’apparence encore « bricolée » du prototype. Une activité qui a séduit aussi bien les Jedi ou Hobbits adultes que les enfants humains – telle Morine, venue avec sa mère et qui veut « absolument fabriquer des robots et des machines ».
« Ce n’est pas le public de la Fête de la science, venu spécifiquement pour voir de la science », confirme Bruno Masenelli, directeur de l’Institut des nanotechnologies de Lyon (INL
Un constat partagé par François Feugier, président de Greenshield
« Passer des dragons et orcs aux drones et robots, c’est vrai que ça fait bizarre, mais bizarre en bien ! », glissent ainsi deux visiteurs steampunk croisés entre les stands des start-up Losonnante et Kurage (voir encadré). « C’est très intéressant de pouvoir parler avec des chercheurs CNRS pendant 30 minutes autour d’un thé alors qu’on voulait juste voir des combats de sabre laser. », appuie Caitlin, qui a étudié la microbiologie mais ne s'attendait pas à trouver de la science à Yggdrasil : « ça ramène les pieds sur terre et ça donne envie de se renseigner sur tous ces sujets ! ». La recherche, univers du possible qui prépare le futur, aurait donc toute sa place dans un festival où l’on rêve d’autres mondes.
Des alvéoles mais aussi des plateformes et des start-up
14 start-up étaient aussi présentes dans l’espace « Demain, mais en mieux ! » du festival Yggdrasil. La start-up Losonnante produit par exemple des bornes qui transmettent du son par conduction osseuse, dont plusieurs étaient disséminées dans le festival. « Notre dispositif fonctionne beaucoup sur le ressenti, l’émotion et l’imaginaire donc être présent ici est une bonne opportunité. », témoigne ainsi Olivier Lebas, cofondateur et CEO. De son côté, Kurage permet à des personnes avec un handicap moteur de retrouver de la mobilité. Surpris qu’on lui propose de présenter sa start-up dans un festival de l’imaginaire, Amine Métani, directeur scientifique de la start-up, pense « important de montrer que des scientifiques travaillent avec des entrepreneurs pour que les découvertes sortent des laboratoires ». Il décèle même une « vraie affinité de ce public pour les technologies », également constatée par Christophe Marquette, directeur de recherche CNRS à l’Institut de chimie et biochimie moléculaires et supramoléculaires