SIGSYNCELL, un projet européen sur les cellules synthétiques
Les cellules synthétiques, aussi appelées cellules artificielles, suscitent un engouement international dans le monde de la recherche. Sous une coordination CNRS, le réseau SIGSYNCELL va réunir une dizaine de partenaires académiques européens avec, au cœur de cette coopération, douze doctorats qui démarreront à la rentrée 2024. Ils exploreront des thématiques liées à la communication au sein des cellules synthétiques. Le point avec Jean-Christophe Baret, qui coordonne ce projet européen.
Que sont les cellules synthétiques ?
Jean-Christophe Baret
Les principales applications des cellules synthétiques intéressent les domaines du biomédical et de la synthèse de matériaux, notamment pour la production de molécules selon des processus biomimétiques. Pour ce qui nous concerne, SIGSYNCELL
Comme présenteriez-vous SIGSYNCELL et ses objectifs ?
J.-C. B. : SIGSYNCELL est un consortium qui regroupe une dizaine de partenaires académiques européens
Brique du consortium européen plus vaste SynCellEU, sur la thématique des cellules synthétiques, SIGSYNCELL va durer quatre ans. Ce qui est bien trop court pour développer des applications. Nous allons par contre améliorer la compréhension fondamentale de ces problèmes de communication et d’interaction. Nous allons pour cela employer des technologies et des principes qui n’ont pas nécessairement d’équivalent exact dans la nature. Nous nous autorisons à utiliser tous les processus physico-chimiques à notre disposition. Nous comptons notamment manipuler des cellules artificielles grâce à de la lumière et des champs électriques ou magnétiques.
Dans le vivant, la communication s’opère en effet principalement par le biais de messages chimiques. Ces échanges de molécules entre les compartiments et les cellules se font de manière plus ou moins dirigée, et nous voulons justement imiter ce transport, mais avec des procédés plus contrôlés. Cela ouvre de nombreuses questions de signalisation, sur comment bien envoyer une molécule d’un compartiment à un autre, en étant sûr qu’elle n’arrive pas ailleurs.
Il nous faut également travailler sur les membranes des cellules, afin qu’elles disposent de récepteurs capables de transmettre une information. Cela nécessitera de contrôler la chimie de la membrane pour qu’elle laisse passer le signal au moment choisi. Nous voulons de plus parvenir à déclencher des changements à l’intérieur d’une cellule lorsqu’une molécule spécifique est détectée à l’extérieur.
Synthetic Cell Initiative - Jean-Christophe Baret on making cells that produce new materials (en anglais)
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Sous quelle forme se présente SIGSYNCELL ?
J.-C. B. : SIGSYNCELL est un réseau doctoral financé par la Commission européenne au travers des Actions Marie Sklodowska-Curie (MSCA), dont l’objectif est la formation par la recherche. L’idée est de recruter douze étudiants et étudiantes en thèse qui travailleront chacun dans un laboratoire du consortium, en encourageant la mobilité entre chercheurs et chercheuses. Leur projet scientifique individuel est établi en fonction des spécialités des centres de recherche. Chacun devra passer une partie de sa thèse dans un autre laboratoire du consortium, obligatoirement dans des pays dans lesquels ils n'ont pas déjà séjourné plus d’un an. Les étudiants et étudiantes sont ainsi incités à réaliser leurs doctorats, dans le cadre de SIGSYNCELL, dans des États qu’ils auront l’occasion de découvrir. Tout cela favorise l’intégration européenne entre les partenaires et les thésards.
SIGSYNCELL a reçu une évaluation positive de la part de la Commission européenne, et nous sommes en train de régler la phase de négociation finale. Il s’agit d’une étape surtout administrative. Nous allons ensuite recruter un « project manager » pour début 2024, avant d’entamer la sélection des étudiants afin que les doctorats démarrent à la rentrée suivante.
Comment se déroule la coordination de SIGSYNCELL par le CNRS ?
J.-C. B. : SIGSYNCELL est coordonné par le CNRS, mais reste un réseau doctoral : ce sont les universités qui délivrent les doctorats, en particulier l’Université de Bordeaux qui est partenaire du projet et où je suis professeur. Tous les membres du consortium sont spécialisés dans la question des cellules synthétiques et apportent leur savoir-faire dans la conception et l’assemblage de compartiments spécifiques. Le CNRS va assurer la coordination globale pour que les avancées restent compatibles entre elles, que le partage des connaissances pluridisciplinaires soit pleinement réalisé au sein du consortium et que les activités de formation des étudiants et étudiantes soient mises en œuvre efficacement.
C’est important puisque nos expertises au sein du consortium sont multiples. Mon équipe travaille par exemple sur des technologies microfluidiques, c’est-à-dire de microsystèmes où l’on contrôle avec une précision extrême les liquides (concentrations en molécules, débits, etc.). D’autres vont se focaliser sur la création de membranes avec des pores qui sélectionnent les matériaux pouvant les traverser, ou sur le contrôle des conformations moléculaires par la lumière. Enfin, il va falloir développer des systèmes pour déplacer les micro-compartiments ou contrôler leurs réactivités. Ces aspects multidisciplinaires sont le point le plus important du consortium sur le plan scientifique. Nous allons donc assembler des compétences variées afin de travailler ensemble et efficacement, tout ceci dans le but de fournir une formation de haut niveau par la recherche aux étudiants et étudiantes recrutés.