Une mère mandrill dont le jeune dépendant lui mordille le sourcil, sous le regard de sa fille plus âgée. Une scène qui illustre les exigences concurrentes de la maternité. © Michel HALBWAX
Imprimer

La perte fœtale, un ajustement de l’investissement maternel chez les mandrills du Gabon

Paris,
Vivant

Chez les mandrills sauvages, des primates d’Afrique centrale étudiés au Gabon, les femelles qui débutent une grossesse alors qu’elles s’occupent encore d’un jeune dépendant présentent un risque accru de perte fœtale. Ce risque est d’autant plus élevé lorsque le jeune manifeste davantage de comportements de protestation1, suggérant un conflit mère-enfant autour de l’investissement maternel.

C’est ce que révèle une équipe de recherche du CNRS2 grâce au suivi de 117 femelles et 356 grossesses pendant 11 ans. Les pertes fœtales ne constitueraient pas qu’un échec de la reproduction, mais pourraient contribuer à limiter les coûts lorsque deux reproductions sont trop rapprochées.         

Les scientifiques ont en effet observé qu’à moyen terme, les femelles qui perdent leur fœtus présentent une reproduction plus favorable que celles qui donnent naissance et perdent ensuite leur jeune : elles produisent davantage de jeunes survivants et ont des intervalles plus courts entre deux naissances. Ces résultats sont à paraitre dans PLOS Biology le 3 novembre 2026.

Mené dans le cadre du projet Mandrillus3, ces résultats illustrent l’intérêt des recherches au long cours pour relier comportements et événements reproductifs sur plusieurs générations. 

Notes :

  1. Formes de manifestations comparables aux « colères » observées chez les jeunes enfants humains.
     
  2. Travaillant à l’Institut des sciences de l'évolution de Montpellier (CNRS/IRD/Université de Montpellier).
     
  3. Le projet Mandrillus, lancé en 2012 au Gabon, étudie sur le long terme la socio-écologie des mandrills sauvages grâce au suivi quotidien de leurs comportements, de leur démographie, de leur santé et de leur environnement.
Bibliographie

Infant presence and mother-infant conflict predict fetal loss in wild mandrills. Nikolaos Smit, Berta Roura-Torres, Axelle Delaunay, Alice Baniel, Elise Huchard, Marie J. E. Charpentier, PLOS Biology, le 3 novembre 2026. 

Contact

Marie Charpentier
Chercheuse CNRS
Augustin Baudier
Attaché de presse CNRS