© People in dressing gowns crossing their arms to join hands with each other representing patients with AIDS; a public service message about the need to know about AIDS by the National Association of Social Workers. Colour lithograph. CC BY-NC 4.0

Favoriser une action collaborative en SHS de la Santé

CNRS

Le CNRS, en collaboration avec six autres organismes de recherche, écoles et universités lance une nouvelle plateforme en sciences humaines et sociales sur la thématique de la santé.

Mise en place à l’automne 2020 et financée par le Ministère de l’Enseignement Supérieur, de la Recherche et de l’Innovation (MESRI), la plateforme SHS Santé a pour objectif de développer une action collaborative en sciences humaines et sociales (SHS) de la Santé. Sa création vient d’un premier constat : la multitude de travaux et de données sur la thématique de la santé, toutes disciplines et tous partenaires confondus. « Nous n’avions pas de vision claire et cartographiée de ce qui se faisait, mais nous savions que les SHS étaient très actives sur le sujet », rapporte Marie Gaille, coordinatrice de la plateforme et directrice adjointe scientifique à l’Institut des sciences humaines et sociales du CNRS, qui a piloté cette initiative. « Le MESRI nous a proposé de créer une interface en 2019, et la pandémie de Covid-19 a accéléré les choses ».

Positionnée au sein de l’hôtel à projet du campus Condorcet, la plateforme a été développée en collaboration avec six autres institutions : l’Ined1, l’EPHE2, l’EHESS3 et l’Université Sorbonne Paris Nord, établissements membres du Campus Condorcet, ainsi que deux institutions extérieures, l’EHESP4 et le Cnam5. « C’est ensemble que nous avons bâti les activités et les thématiques de la plateforme », ajoute-t-elle, rappelant que le comité de pilotage scientifique regroupe, en sus du CNRS, ces six membres.

Cette plateforme s’organise selon différentes thématiques et donne lieu à différents appels à projet, contrats de recherche et colloques.

« Des sujets originaux qui ne se font pas ailleurs »

La plateforme est orientée vers trois thématiques : i) l’engagement des patients et du public dans l’organisation des services et l’élaboration des politiques publiques et la recherche ; ii) les effets des mutations structurelles, notamment environnementales, climatiques, démographiques, sur la santé humaine et les modes de vies ; et iii) les enjeux de la mise en œuvre des politiques publiques de santé au niveau territorial, en particulier en lien avec les inégalités de santé de tous ordres. « Nous aurions pu nous intéresser à d’autres sujets, comme le numérique dans la santé, qui est d’actualité. Mais nous avons privilégié des thématiques qui n’existent pas ou se font moins ailleurs et sur lesquelles, au contraire, les membres du COPIL, ont des forces en recherche », explique Marie Gaille.

En ce qui concerne l’engagement des patients et du public dans l’organisation des services, le comité de pilotage a souhaité mettre à profit une action structurante, via un appel à manifestation d’intérêt ponctué par un séminaire de travail réunissant les candidats, puis un appel à projets. Dans le cadre de l’appel à projets, quatre projets de recherche ont été retenus, ainsi que deux projets de séminaire qui recevront un financement pour des séminaires de recherche : les projets sélectionnés portent sur la participation à la recherche dans le  contexte de la résurgence de la tuberculose en Seine-Saint Denis et la prise en charge des migrants, l’émergence de nouveaux acteurs dans les espaces de soins tels que l’usager-coordonnateur,  les pratiques d’écriture et de narration de la maladie et leur contribution à la démocratie en santé, le gouvernement par la communication en santé publique.

La pandémie de Covid-19 et ses conséquences

Pour la deuxième thématique, qui questionne les mutations structurelles — notamment environnementales — sur la santé humaine et les modes de vies, le comité de pilotage « a souhaité profiter du financement pour mettre l’accent sur la pandémie de Covid-19 et ses conséquences. » Un colloque a notamment été organisé au sein du campus Condorcet les 29 et 30 juin réunissant une trentaine d’intervenants et une petite centaine de participants. Pendant deux jours, les chercheuses et chercheurs ont partagé leur travaux et résultats sur différentes questions qu’a soulevé la pandémie : la réorganisation du travail, l’éducation, l’utilisation des outils culturels ; ou encore les effets de l’état d’urgence sur les droits des citoyens ; des analyses démographiques sur le comptage des décès ou encore la prise en charge de pathologies hors Covid-19. Le colloque sera intégralement accessible en ligne dans les ressources du site de la Coordination sur les crises sanitaires et environnementales créée par le CNRS et l’Inserm en mars 2020.

Profiter de l’emplacement du campus Condorcet

La troisième thématique a été imaginée en lien avec l’emplacement de la plateforme au campus Condorcet situé à Aubervilliers en Seine-Saint-Denis pour étudier les mises en œuvre des politiques publiques de santé sur ce territoire. « De quelles manières les politiques de la Seine-Saint Denis prennent à bras le corps le sujet de la santé ? Quelles sont les inégalités sur le territoire ? Comment amène-t-on les populations défavorisées vers la prise en charge de la santé ? », s’interroge Marie Gaille. Pour ce troisième volet, la plateforme finance un contrat post-doctoral de recherche encadré par Zoé Vaillant, maîtresse de conférences au Laboratoire dynamiques sociales et recomposition des espaces6 et spécialiste de ces questions.

La plateforme souhaite être résolument tournée vers la société civile avec notamment les associations d’usagers ou encore les agences publiques. « Nous avons par exemple convié des acteurs de la santé – hôpitaux et associations – pour la mise en place du volet 1 de la plateforme et le montage des projets. Ils sont venus nous faire part de leur regard et offrir un retour aux chercheurs sur leurs projets. Nous souhaitons nous investir pleinement sur ces collaborations pour développer cet interface Science-Société. »

  • 1. L'Institut national d'études démographiques est un établissement public français spécialisé dans les recherches en démographie et les études de population en général.
  • 2. L'École pratique des hautes études est un établissement français d'enseignement supérieur spécialisé dans les Sciences de la vie et de la terre, les Sciences historiques, philologiques et les Sciences religieuses.
  • 3. École des hautes études en sciences sociales.
  • 4. École des hautes études en santé publique.
  • 5. Conservatoire national des arts et métiers.
  • 6. CNRS/Université Panthéon Sorbonne/Université Vincennes-Saint-Denis/Université Paris Nanterre/Université de Paris.