« La France doit devenir un leader mondial de la tech dans les 10 ans »
Le 10 mars, le CNRS participera à la Deeptech Week (9-13 mars), premier rendez-vous international dédié aux technologies émergentes de rupture à Paris. L’occasion de faire le point sur l’actualité start-up et deeptech en France avec Paul-François Fournier, directeur exécutif Innovation de Bpifrance, un des organisateurs de cet évènement.
La Deeptech Week, lancée par Boston Consulting Group (BCG), Bpifrance, École Polytechnique Fédérale de Lausanne (EPFL), Hello Tomorrow, et la société de capital-risque SOSV, est une grande première en France. De quoi s’agit-il ?
Paul-François Fournier : Il s’agit d’une initiative commune pour accélérer la dynamique collective autour de la deeptech et faire rayonner les innovations de rupture en favorisant le dialogue entre les différents acteurs. Du 9 au 13 mars et sur plusieurs lieux emblématiques de la Deeptech en région parisienne, plus de 5000 participants – entreprises, start-up, chercheurs, doctorants, investisseurs, centres de recherche, universités, incubateurs, organisations publiques – provenant de 80 pays auront l’occasion de se rencontrer et d’échanger lors de conférences ou de de séances de networking. Notre objectif durant cette semaine est de réunir un maximum d’acteurs qui construisent, financent et font sortir des laboratoires les technologies capables de révolutionner le monde de demain au travers de la création de start-up. Une semaine qui s’achèvera lors du Global Summit Hello Tommorrow au Centquatre à Paris les 14 et 15 mars.
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P-F. F. : Sous l’impulsion des pouvoirs publics et afin de participer au renforcement de la compétitivité de la France dans le domaine de l’innovation, Bpifrance a lancé début 2019 son Plan « Deeptech », dont l’objectif est de doubler le nombre de start-up issues de la recherche scientifique et de leur permettre de grandir grâce à des dispositifs de financement et d’accompagnement dédiés.
Nous avons déployé une gamme complète d’outils, que nous avons notamment présenté à chaque étape de notre Deeptech Tour. Notre plan Deep Tech prévoit ainsi de déployer plus de 2 milliards d’euros selon trois axes : Stimuler l’émergence de start-up via des sociétés d’accélération et de transfert de technologies et des incubateurs; Amorcer la création de start-up en déployant 800 millions d’euros sur 5 ans via des avances remboursables et des aides à l’innovation; enfin accélérer l’hypercroissance de ces start-up en mobilisant près d’1,3 milliard d’euros de fonds propres qui permettront à terme de générer près de cinq milliards de capitaux spécifiquement dédiés à l’investissement dans les start-up françaises deeptech.
Quel était l’objectif du Deeptech Tour que vous avez organisé de septembre à décembre 2019 sur l’ensemble du territoire français ?
P-F. F. : Puisque le but du Plan Deeptech de Bpifrance est de multiplier les start-up nées de technologies provenant des laboratoires et de soutenir leur croissance, nous devons aller là où se créent ces technologies : c’est-à-dire sur les campus universitaires. Le Deeptech Tour, qui a attiré à ce jour plus de 10 000 participants, nous a permis d’aller à la rencontre des chercheurs et des doctorants afin de créer des ponts entre le monde de la recherche et celui de l’entrepreneuriat. Nous avons pu échanger avec des directeurs de laboratoires, mais également proposer des ateliers très pratiques qui répondent à des interrogations bien réelles : « comment trouver un financement » ou « comment être accompagné », par exemple. Ce Deeptech Tour nous a aussi aidé à présenter les différents dispositifs proposés par Bpifrance pour encourager la création d’entreprise tels que les Concours d’Innovation i-PhD
Et pourtant, il reste des obstacles. Qu’est-ce qui fait hésiter certains chercheurs à monter une start-up ?
P-F. F. : Un manque de partage d’expérience. Lors de notre Deeptech Tour, nous avons recueilli beaucoup de témoignages de chercheurs-entrepreneurs. Ces derniers expliquaient que la création d’entreprise est une aventure humaine magnifique, même s’il s’agit aussi d’une aventure difficile. Il est donc important de partager son désir, son envie et son expérience pour que chacun comprenne que créer une start-up est possible et qu’il existe des moyens de financement et d’accompagnement. C’est l’ambition de notre Deeptech Tour et de la Deeptech Week. Aujourd’hui, on constate en France un vrai désir d’entreprendre. Ce sont en effet plus de 30 % des 18-24 qui déclarent vouloir devenir entrepreneur. Notre objectif est de doubler le nombre de start-up provenant de centres de recherche et de campus universitaires. L’enjeu est donc que le désir de valoriser la recherche devienne un réflexe et que les chercheurs/entrepreneurs se sentent accompagnés.
Et en terme de « scale-up », c’est-à-dire la phase d’investissement qui permet de passer à la vitesse supérieure, Roxanne Varza, directrice du campus Station F à Paris, un des plus grands hubs de start-up au monde, disait récemment que le paysage français avait énormément évolué en 10 ans – avec beaucoup plus de levées de fonds—qu’on appelle « tickets » —à 50 millions d’euros aujourd'hui. Est-ce votre avis ?
P-F. F. : L’écosystème français de l’innovation est en effet encore jeune mais extrêmement dynamique et en plein boom. A titre d’exemple, alors qu’en 2014, 370 startup avaient levé moins d’1 millard d’euros, en 2019, elles étaient 715 à avoir réuni plus de 5 milliards d’euros. Il nous faut continuer de faire croître l’écosystème pour favoriser les tickets significatifs. Le président de la République, Emmanuel Macron a annoncé fin 2019, l’investissement de six milliards d'euros de financements nouveaux sur trois ans pour aider les startups de la French Tech à lever en France des tickets supérieurs à 50 millions d'euros. Bpifrance va gérer une partie de ces financements dans le cadre du plan Deeptech. L’objectif pour Emmanuel Macron est que la France devienne un leader mondial de la tech dans les 10 ans.
L’Europe semble miser de plus en plus sur cette innovation de rupture. Comment les actions de Bpifrance s’inscrivent-elles dans le futur programme-cadre pour la recherche et l’innovation de l’Union Européenne, Horizon Europe ?
P-F. F. : Le Plan Deeptech français intéresse beaucoup l’Europe. Bpifrance travaille déjà avec l’Union Européenne pour son pilier « Europe innovante », qui prévoit la création d'un Conseil européen de l'innovation (EIC), doté d’un budget significatif pour aider la création de startup européennes et en faire des leaders mondiaux. Nous parlons d’outils d’accompagnements pour les entreprises, et il est également question de financements avec d’autres acteurs européens.
Qu'aimeriez-vous dire aux chercheurs futurs entrepreneurs au CNRS?
P-F. F. : Je les encourage vivement à tenter l’aventure. Cela peut prendre des formes extrêmement différentes : le chercheur peut choisir de rester dans son laboratoire tout en participant à une aventure entrepreneuriale, ou, pour certains d’entre eux, décider de passer le pas et de plonger dans le chaudron de l’entrepreneuriat. L’ambition de Bpifrance est de créer un terrain favorable pour accomplir toutes les ambitions.
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